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[Critique] Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires (Timur Bekmambetov, 2012)

 
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Bottom Line

Il fallait aller trouver l’idée : faire de la vie du président Lincoln une grande chasse aux vampires. Pour paraitre intelligent, la chasse aux suceurs de sangs croiserait le combat contre l’esclavage. Un principe saugrenu à peu près aussi intelligent que de se demander si l’abolition de la peine de mort par Mitterrand ne viendrait pas [...]

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Posté le 10 juillet 2012 par

 
Critique
 
 

Il fallait aller trouver l’idée : faire de la vie du président Lincoln une grande chasse aux vampires. Pour paraitre intelligent, la chasse aux suceurs de sangs croiserait le combat contre l’esclavage. Un principe saugrenu à peu près aussi intelligent que de se demander si l’abolition de la peine de mort par Mitterrand ne viendrait pas de sa détestation pour les fantômes. Que les ayatollahs de l’adaptation littéraire se calment, on sait très bien qu’Abraham Lincoln : chasseur de vampires est à l’origine un roman Seth Grahame-Smith. Et puisque le monsieur porte aussi la casquette de scénariste, il se doit d’assumer comme il se doit le gouffre cinématographique auquel on assiste. Au rang des accusés se trouvent aussi Tim Burton, devenu aussi mauvais producteur que cinéaste, et Timur Bekmambetov, honorable réalisateur de Wanted. Quand on tente un pari aussi risqué que le film de genre croisé avec la grande Histoire, il faut d’office trancher entre premier et second degré. Or, le film patauge. Dans son délire grand-guignolesque d’en mettre plein la vue, il mise autant sur les jump-scare façon horrifique que sur les ralentis fétichistes en mode série B. C’est oublié que d’un, Abraham Lincoln ne fait jamais peur, de deux, l’esthétique hideuse ruine toute tentative formaliste.

abraham lincoln chasseur de vampires 1 [Critique] Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires (Timur Bekmambetov, 2012)

Il faut voir ce combat au milieu de chevaux en furie pour saisir que la bouillie numérique que livre Bekmambetov s’enferme elle-même dans son style bâtard. Aucune jouissance primaire ne découle de l’effet comique involontaire. Face aux ficelles scénaristiques grossières (une séquence de demande en mariage ridicule, l’apprentissage clipesque du combat à la hache), ce pauvre Abraham Lincoln voit sa trajectoire politique jetée aux oubliettes. Pour faire simple, il n’aurait fait de la course au pouvoir qu’un moyen décuplé d’affirmer le pouvoir humain sur celui des morts. Le pendant humaniste contre le racisme se retrouve piégé par les envies manichéennes du scénario. Dès lors, la guerre de Sécession véhicule un message nauséabond. Ces crétins de sudistes furent assez cupides et faibles pour s’allier aux méchants vampires. L’axe du bien, celui de la Maison Blanche donc, combattit corps et âme cette infamie contraire aux principes de la belle constitution américaine. Le ton solennel de l’ensemble s’accorde de manière trop dissonante pour que l’on trouve ça futé. Là encore, le mélange des genres prouve le choc raté de deux univers à priori envoutants. Rien de visionnaire donc, ni dans son propos, ni dans son approche esthétique qui se voudrait moderne. Au contraire, Abraham Lincoln : chasseur de vampires, c’est une compilation de vieux trucs banalisés. Les nuits sont bleues plates, les lueurs du Sud jouent sur les faisceaux poussiéreux du Soleil et les personnages transmettent leur souffrance sous le coup de découpes lumineuses géométriques des visages. Et comme dans un mauvais biopic, Bekmambetov essaie de nous foutre un sosie de Lincoln, à savoir Benjamin Walker, finalement plus proche d’une version rajeunie de Liam Neeson. A ce propos, saluons l’audace des maquilleurs qui, après une ellipse de plusieurs décennies, choisissent qui ils vont vieillir. La femme de Lincoln, Mary Todd, a toujours sa fraicheur des vingt ans alors que son mari porte le poids des années sur lui.

abraham lincoln chasseur de vampires 2 [Critique] Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires (Timur Bekmambetov, 2012)

Cela serait anecdotique si la promesse de combats épiques étaient tenue. Or, si l’on excepte la tronche assez classe de Dominic Cooper en Henry Sturgess, les duels valent à peine mieux que ceux de… Twilight. Car oui, plutôt que d’aller chercher Bram Stoker ou une autre pointure de la fantasy envoutante, le chasseur de vampire mène un combat contre des vampires un peu empotés, incapables de retrouver leur cible pendant des années et pas plus inquiétant que les Volturi de chez Stephanie Meyer. Du coup le réalisateur mise sur un découpage brouillon dont l’on ne comprend pas toujours la logique. Le super-guerrier Lincoln se tire de situations possiblement délicates sans que sa roublardise ne se justifie vraiment. Les effets sont donc gratuits, purement tape-à-l’œil pour un rendu global d’une laideur confondante. Si l’on ajoute à cela une 3D pas toujours confortable au regard, vous obtenez l’une des pires productions de l’année en cours. Burton a voulu un temps le réaliser. A y regarder de plus près, il a bien fait de se retenir tant il aurait pu enterrer encore un peu plus son statut d’auteur respectable qu’il sacrifie à grands coups.


Alexandre Mathis

 
Ancien tenancier de Plan-c, depuis plombier pour Playlist Society et mercenaire bienveillant pour Filmosphere, Accreds et plus si affinités. Ne pas trop toucher aux idoles Miyazaki /Coppola/ Malick sous peine de se faire ridiculiser.


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