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A.C.A.B.: All Cops Are Bastards (Stefano Sollima, 2012)

 
A.C.A.B. All Cops Are Bastards de Stefano Sollima (2012)
A.C.A.B. All Cops Are Bastards de Stefano Sollima (2012)
A.C.A.B. All Cops Are Bastards de Stefano Sollima (2012)

 
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Synopsis: ACAB, ou “All Cops are Bastards”, était un slogan initialement utilisé en Angleterre dans les années 1970 par les skinheads. Rapidement il s’est propagé dans les rues et les stades, propices aux guérillas urbaines. Cobra, Nero et Mazinga sont 3 « flics bâtards » qui, à force d’affronter le mépris quotidien, ont pris l’habitude d’être les cibles de cette violence, reflet d’une société chaotique dictée par la haine. Leur unique but est de rétablir l’ordre et de faire appliquer les lois, même s’il faut utiliser la force…
 
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Texte de

 
Critique
 
 

Sollima, un nom qui sonne comme une invitation au voyage pour tous les amoureux du cinéma bis transalpin. Sergio Sollima bien sur, à la filmographie relativement peu fournie mais qui comporte des monuments : Revolver, La Cité de la violence (un des meilleurs films avec Charles Bronson), Saludos hombre ou l’incroyable Le Dernier face à face. Une légende qui représenterait à lui tout seul ce que le cinéma populaire italien a pu faire de mieux dans les années 60 et 70. Après s’être définitivement retiré du monde du cinéma, après un ultime essai dans les années 90, Berlin ’39 avec Ken Marshall et John Savage, c’est aujourd’hui son fiston Stefano Sollima qui prend le relais. Avec A.C.A.B.: All Cops Are Bastards il signe son premier long métrage, après avoir œuvré sur la totalité des deux saisons de Romanzo criminale, la version télévisée du film de Michele Placido. Et pour une entrée en matière, il ne fait pas les choses à moitié. Amoral, violent, très ambigu sur le plan politique et social, A.C.A.B. est très précisément ce que doit être une série B aujourd’hui, en bousculant la morale et le spectateur pour mieux en imposer une nouvelle, moins évidente. Tiens, mais c’est exactement ce qui se faisait dans les années 70…

ACAB 1 A.C.A.B.: All Cops Are Bastards (Stefano Sollima, 2012)

A.C.A.B. est un  juste retour des choses qui va très certainement bousculer le bourgeois, qui n’hésite pas à souiller des valeurs à priori intouchables pour construire une ambiguïté forcément malsaine car en appelant à un jugement moral du spectateur. Entre polar et western, Stefano Sollima puise un esprit FAF comme on n’en voit plus vraiment au cinéma, le dernier à utiliser une contre-morale intelligemment étant Harry Brown. On retrouve ici l’héritage du cinéma italien des années de plomb, nouvelle preuve que le cinéma d’un pays retrouve de son intelligence et de sa puissance en réaction à une situation politique et sociale difficile. Et pour dépeindre les conséquences désastreuses du règne de Berlusconi, A.C.A.B. se pose en œuvre frontale et outrancière qui n’a pas peur de braver les tabous. A travers cette escouade un peu spéciale de CRS, sorte de tribu et famille de substitution, se dessine les contours d’un pays qui semble voué à sombrer. D’abord impressionnant, dérangeant et paradoxalement assez jubilatoire, le film évolue vers le tragique et le pessimisme crépusculaire en proposant une démonstration par l’absurde, brillante du début à la fin et sans doute visionnaire, de ce vers quoi le vieux continent se dirige. Ces CRS, amoureux de leur métier et dévoués corps et âme à leur mission, ne sont jamais glorifiés, et d’ailleurs le montage parallèle des 3 expositions en ouverture est assez clair là-dessus : Sur le tonitruant « Seven Nation Army » ils sont montrés comme des soldats aux valeurs aussi fortes que moralement discutables. Le film est dans l’esprit rock n’ roll mais pas vraiment fun. Comment la violence devient le moyen d’expression d’hommes de loi ? Comment peuvent-ils en venir à revoir ainsi leur jugement de valeurs ? Qu’est-ce qui fait qu’un pays s’embrase et que la violence ne trouve d’autre réponse que la violence ? C’est à ces questions que Stefano Sollima tente d’apporter une réponse dans ce polar social assez magistral parfois, un peu maladroit à différentes reprises, mais qui ose attaquer le problème de front sans se cacher derrière le bouclier moral habituel.  Et pour cela il y va en mercenaire, jouant la carte du réalisme stylisé empruntant autant à la mobilité de Paul Greengrass qu’à la composition de Michael Mann, donnant lieu à des scènes souvent magnifiques, parfois trop chahutées, mais toujours pleines de sens. A.C.A.B. est un film qui transpire la révolte et la colère, mais également le respect pour les symboles. Utilisant souvent la longue focale et les cadres serrés sur ses personnages, Stefano Sollima construit jusque dans le plan final sa propre Horde sauvage, sa démonstration vénère et nihiliste d’une société qui ne croit plus en rien.

ACAB 2 A.C.A.B.: All Cops Are Bastards (Stefano Sollima, 2012)

Bien sur, la démonstration est limite car jonglant avec des propos jamais loin de la thèse réac. Mais intelligemment, Stefano Sollima se garde de tout jugement véritable, préférant faire s’affronter dans le cadre des représentations archétypales de certaines strates de la société. Entre les immigrés roumains, les groupuscules neo-nazis, les hooligans et les CRS, A.C.A.B.: All Cops Are Bastards trace une ligne presque invisible entre le flic et le voyou, voire carrément entre le bien et le mal. Une frontière constamment souillée et qui donne toute sa résonance au propos hard boiled du film, qui n’en oublie jamais sa charge sociale. Expulsions en masse, descentes, maintient  de l’ordre à la sortie des stades et expéditions punitives sont à l’ordre du jour avec une violence des mots et des actes qui ne faiblit que rarement. Stefano Sollima y intègre des développements dramatiques de polar classique, avec les encarts sur l’intime de ces hommes, avec les questionnements moraux des nouveaux venus, avec le conflit générationnel. Tout cela pour aboutir sur une œuvre coup de poing, fruit de l’esprit d’un type en colère qui se place finalement dans la veine d’Oliver Stone à l’époque où lui aussi  exprimait sa fureur par l’image. Il fait de ces hommes le résultat d’une société qui ne repose plus sur aucun fondation, des êtres à la morale certes douteuse mais qui représentent l’ordre punitif inhérent à chaque civilisation décadente. Des gardiens du temple voués à un destin tragique, des symboles qui courent vers leur extinction le sabre entre les dents, ce n’est pas un hasard s’il en fait des héritiers de guerriers romains. Porté par une mise en images dynamique, un propos courageux et intelligent qui refuse les œillères, des choix musicaux du meilleur goût (The Clash, Joy Division, The Chemical Brothers…) et une bande d’acteurs qui se donne à fond, A.C.A.B.: All Cops Are Bastards est assez clairement ce que le polar italien a produit de plus intelligent et percutant depuis bien longtemps. Inutile de préciser qu’il va falloir suivre la carrière de Stefano Sollima de très près.