[Critique] 99 francs (2007)
Réalisateur: Jan Kounen
Film attendu par le grand public pour de mauvaises raisons (Jean Dujardin en Frédéric Beigbeder, essentiellement), 99 francs est l’exemple type de l’oeuvre qui déçoit forcément les spectateurs mal ciblés et qui reçoit des critiques catastrophiques de la part des bien-pensants qui croient détenir la vérité artistique. Kounen a l’habitude, les propos assassins envers Dobermann [...]
Film attendu par le grand public pour de mauvaises raisons (Jean Dujardin en Frédéric Beigbeder, essentiellement), 99 francs est l’exemple type de l’oeuvre qui déçoit forcément les spectateurs mal ciblés et qui reçoit des critiques catastrophiques de la part des bien-pensants qui croient détenir la vérité artistique. Kounen a l’habitude, les propos assassins envers Dobermann n’ont sans doute pas été oubliés. 99 francs est un film qui sent le souffre, qui dépeint une réalité tellement surréaliste qu’on ne veut pas la croire, qui nous ouvre les yeux sur un monde merdique et une société aliénée… Oui 99 francs c’est une grosse claque dans la gueule, de celles qui font bien mal en plus. Mais en plus de ça, c’est l’exemple du film qui transcende complètement le matériau d’origine, comme si le roman déjà bien rentre dedans de Beigbeder n’existait que dans l’attente de cette adaptation cinématographique. Ou comment un film qui avait tout pour devenir un gros succès tout public devient une oeuvre à la fois expérimentale et subversive, l’air de rien.
![99 francs 1 99 francs 1 [Critique] 99 francs (2007)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2007/10/99-francs-1.jpg)
Qui d’autre que Jan Kounen pouvait réaliser cet exploit de cracher sur un monde intouchable qui l’a nourri pendant si longtemps (Et oui la bouteille d’Orangina “parce queeeee!” Rouge c’était lui!), et réussir à mettre en image le roman de l’autre fils de pub Beigbeder? Après les réussites artistiques, mais échecs critiques et commerciaux car toujours incompris ou très mal vendus, de Dobermann et Blueberry, ainsi que ses égarements mystiques mais essentiels pour Darshan et D’autres mondes, Kounen revient comme on l’attendait, apaisé mais toujours incisif. Et surtout il montre qu’il est toujours aussi virtuose avec une caméra en main (car le bonhomme cadre aussi, sur tous ses films). C’est bien simple, dans 99 francs il doit y avoir 10 idées nouvelles par plan, ça frise la folie! C’est le genre de film que toute personne intéressée par la technique du cinéma se doit de voir plusieurs fois pour tout capter.
Mais le spectateur lambda qui adhère au film doit le revoir également tant Kounen use et abuse de références à d’autres oeuvres, cinématographiques ou publicitaires… Il cite à tour de bras Terry Gilliam, David Fincher, Wong Kar Wai, sur un plan, un mouvement de caméra ou quelques notes de musique, on est transporté vers des souvenirs. Il brise les tabous, abolit la frontière entre réel et imaginaire, signe un film qui possède tout le potentiel pour devenir culte en régurgitant à la manière de son anti-héros Octave toutes les défections qu’il a avalé. Et le tout porté par une bande d’acteurs au sommet avec en tête un Jean Dujardin qui confirme avec panache son talent versatile et un Jocelyn Quivrin délicieusement surprenant.
![99 francs 2 99 francs 2 [Critique] 99 francs (2007)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2007/10/99-francs-2.jpg)
99 francs est un film à la limite du punk, une oeuvre sincère, sans concession et visuellement éblouissante, à mi-chemin entre Fight Club et Las Vegas Parano. Jan Kounen se sort une fois de plus d’une mission impossible et signe un brûlot virtuose sans se priver de cracher dans la soupe qui l’a nourri pendant si longtemps. Avec Jean Dujardin, il trouve l’interprète parfait et envoie le spectateur dans un trip mémorable. Du grand art.
Date de sortie cinéma : 26 septembre 2007
Synopsis : Octave est le maître du monde : il exerce la profession de rédacteur publicitaire. Il décide aujourd’hui ce que vous allez vouloir demain. Pour lui, “l’homme est un produit comme les autres”. Octave travaille pour la plus grosse agence de pub du monde : Ross & Witchcraft, surnommée “La Ross”. Il est couvert d’argent, de filles et de cocaïne. Pourtant, il doute.
Deux événements vont bouleverser le cours de la vie d’Octave. Son histoire d’amour avec Sophie, la plus belle employée de l’agence, et une réunion chez Madone pour vendre
un film de pub à ce géant du produit laitier. Le doué Octave déjante alors et décide de se rebeller contre le système qui l’a créé, en sabotant sa plus grande campagne.
De Paris, où négocient les patrons d’agences, à Miami, où l’on tourne un spot sous antidépresseurs, de Saint-Germain-des-Prés à une île perdue d’Amérique Centrale, Octave parviendra-t-il à échapper à sa prison dorée ?














