Review
Auteur japonais majeur reconnu comme tel de son vivant, personnage étrange et fascinant qui a été comparé à Cocteau ou Dali, Mishima, que je découvre, a déjà vu pas mal de ses oeuvres adaptées au cinéma, notamment par Kinji Fukasaku, Kon Ichikawa, Kenji Misumi et même Paul Schrader! Auteur d’une quarantaine de romans et de dizaines de nouvelles et pièces de théâtre, il ne s’est tourné vers la réalisation qu’une seule et unique fois, alors qu’il tourné quatre fois en tant qu’acteur (par exemple dans l’excellent Hitokiri d’Hideo Gosha!).
Son unique film derrière la caméra est donc ce court métrage de 30 minutes qui met en scène de façon presque prophétique les derniers instants d’un couple, le mari se donnant la mort par seppuku (hara-kiri) et la femme le suivant, après une dernière étreinte amoureuse suivant la tradition ancestrale. Le film a longtemps été considéré comme perdu, suite au décès de Mishima, c’est donc une pièce rare et une expérience étrange.

La mise en scène de Mishima est extrêmement théâtrale. Une succession de plans fixes, un unique décor de théâtre, quelques transparences dans le premier acte pour symboliser le fantasme de la femme… tout le reste est très austère. Ce que cherche à nous montrer l’écrivain c’est bien entendu ses convictions politiques dans un premier temps, il était plutôt conservateur et pro-impérialiste et se considérait comme descendant de samouraï. Cette forme d’honneur très nippone n’est donc pas surprenante. Il pousse encore plus loin en se mettant en scène, il joue le soldat qui se donne la mort… Mais le message est plus profond qu’une simple illustration par des images, alors que sa forme d’expression habituelle était les mots, d’une conviction purement idéaliste. Ca va beaucoup plus loin car il y a tout le long une réflexion à la fois belle et dérangeante sur le rapport ténu entre mort et amour.
Plus encore c’est l’acte d’amour en lui-même qui est mis en avant et non le sentiment. Après tout ce n’est pas si saugrenu, l’orgasme portant également le nom de « petite mort » chez nous occidentaux… Quoiqu’il en soit, Mishima va peindre ces dernières heures (on ne sait pas vraiment combien de temps tout cela dure) de façon très crue et froide. Aucune parole, simplement des cartons entre les actes et une musique classique continue qui vient amener une sorte de poésie aux images. L’acte de seppuku en lui-même est montré également de façon très crue, en gros plan, il en ressort une sensation assez étrange, mélange de dégoût (c’est quand même un acte assez dégueulasse à voir car si c’est l’âme qui est sensée s’échapper du ventre ce sont aussi les intestins!) et de fascination. Le décor, la musique, la neige à l’extérieur, le visage paisible de la femme font qu’il se dégage une extrême pureté de tout ça!

D’ailleurs le contraste entre l’homme et la femme est saisissant. Elle a un visage doux et expressif, lui a un visage complètement fermé, masqué à moitié par sa casquette. Il n’y a que dans leur acte d’amour (l’uniforme n’est plus là) qu’on voit enfin des expressions sur son visage… une scène absolument superbe, sensuelle et là aussi très pure. Le seul moment où on reverra le visage expressif de l’homme, c’est précisément au moment où la lame entre dans son ventre… comme si l’acte sexuel l’avait préparé à sa mort. Tout n’est que pureté dans ce court métrage, cette détermination, ces idées, ce sens de l’honneur exacerbé, cet amour sincère… C’est vraiment beau et tellement bizarre à la fois. Et heureusement ce film éprouvant si on s’immerge dedans finit sur une note magnifique, un plan sublime qui nous dit que l’horreur est éphémère, la mort libératrice (le couple au milieu d’un schéma zen) et l’amour éternel…
Oeuvre rare et précieuse d’un artiste hors du commun, Yûkoku est d’autant plus troublant que quatre ans plus tard Mishima se donnera la mort par seppuku, comme si son film était la répétition de sa propre mort à venir…







[...] film qu’avait réalisé Mishima (et qui est mentionné le temps d’une scène), Yukoku, rites d’amour et de mort. L’interprétation du regretté Ken Ogata (La Ballade de Narayama, The Pillow Book) est [...]