Review
Après avoir travaillé sur les scénarios de Fulltime Killer de Johnnie To et Killer de Billy Chung, le jeune espoir hong-kongais passe à sa première réalisation avec ce film complètement hors normes, et qui annonce le ton de ses œuvres futures (en particulier Men Suddenly in Black pour la perversion des codes d’un genre cinématographique). Il parle ici de ce qu’il connaît à priori le mieux, le milieu des tueurs… avec un film qui se ballade entre le polar, la parodie de polar, la satire et la référence à tout un pan de cinéma occidental et HK, il signe un premier long-métrage très attachant, plein de petits défauts de jeunesse mais qui contient tout ce qui fera son cinéma aussi intéressant, car il est aujourd’hui l’un des réalisateurs les plus originaux à suivre à HK, l’un des plus talentueux aussi! Une bonne dose de folie!!
Il faut dire que le scénariste est plutôt habile pour transformer un sujet qui pourrait paraitre relativement malsain et voyeur en quelque chose de drôle et intelligent. En effet dans You Shoot, I Shoot on va suivre un tueur qui est accompagné d’un réalisateur de cinéma pour filmer ses meurtres, l’idée de départ était pour satisfaire une cliente particulière mais devient leur activité principale! D’entrée de jeu Edmond Pang place son histoire dans le Hong Kong des années 2000, rongé par la crise. Un client de Bart ne peut pas le payer après le contrat à cause de la chute soudaine du marché immobilier, lui-même ne trouve plus de contrat à honorer pendant que sa femme dilapide leur argent… Pang pose un regard très lucide sur la société dans laquelle il évolue, et l’étend même à l’industrie du cinéma!

En effet, Cheun, le réalisateur raté qui l’accompagne pour immortaliser ses œuvres, un grand fan de Martin Scorsese, n’a de cesse de fustiger le milieu en déplorant que le temps nécessaire à la pré-production n’est jamais respecté, ni celui pour le montage et la post-prod… en cela le film est très critique mais sans pour autant cracher dans la soupe. On y trouve une belle référence au Samourai de Melville (Delon s’adresse même à Bart qui l’idolatre jusqu’à s’habiller pareil) et à The Killer de John Woo (ils vont jusqu’à peindre des pigeons en blanc pour les faire passer pour des colombes, dans un restaurant… la scène vaut vraiment le coup d’oeil!). Sachant que Woo s’est inspiré du personnage du Samourai pour the Killer, on apprécie d’autant plus le clin d’oeil…
Dans le rôle du tueur désabusé et attendrissant on retrouve Eric Kot (Juliet in Love, July Rhapsody, A.V., …) et Cheun est interprété par Cheung Tat-Ming (Big Bullet, a mob story…) absolument hillarant, sa scène de gaterie avec la japonaise est juste unoubliable!

A leur côté le petit rôle de Lam Suet est immanquable, énorme! Vision absurde des triades, amour du cinéma, Edmond Pang va très loin finalement pour un premier film. Avec une maitrise de la mise en scène étonnante, même s’il se laisse aller à des mouvements superflus, on sent là un vrai talent. Il en va de même pour le récit, très bien construit mais qui faiblit à cause d’une idylle entre Cheun et une actrice japonaise (à voir à tout prix son explication du métier de « fluffer »!) qui n’a pas vraiment sa place ici ou encore un climax qui s’allonge un peu trop, comme s’il voulait à tout prix caser quelque part les délires qu’il avait en tête.
Mais ce sont des erreurs de jeunesse qu’on pardonne bien volontiers tant ce premier essai manie l’humour noir avec une aisance folle. Voilà, c’est la naissance d’un grand réalisateur qui a des choses à dire et qui possède de grandes idées pour les dire de façon originale, c’est un film de cinéphile pour cinéphiles amateurs de comédie noire et de musique décalée.







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[...] tacle à l’industrie cinématographique locale (ou pas). Il l’avait déjà abordé dans You Shoot, I Shoot, et il en remet une couche en fustigeant ces réalisateurs débutants aux ambitions auteurisantes [...]
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