Critique
On est gâtés en France… les deux premiers films de la saga Twilight la même année! Quelle chance! On peut enfin retrouver la jolie Bella, le beau Edward et tous leurs amis tous aussi charismatiques les uns que les autres dans un mélodrame vampirique qui renvoie tous ses modèles au vestiaire… Bon, en fait pas du tout. Autant Twilight Chapitre 1 était déjà très mauvais mais on pouvait lui accorder le bénéfice du doute (quoique, voir une réalisatrice de la trempe de Catherine Hardwicke se vautrer de la sorte laissait peu d’espoir), autant là ça confirme tout le mal qu’on peut penser de ce phénomène de mode.
Je n’ai pas lu les romans et je ne compte pas les lire. Un film se doit d’exister par lui-même et non en tant qu’adaptation, c’est donc l’œuvre cinématographique qui est jugée ici, et ce n’est pas glorieux. Premier point négatif, les deux heures sont très très longues, mais vraiment. On a comme l’impression d’assister à un immense remplissage qui accompagne une intrigue aussi basique que pas terrible… un triangle amoureux (enfin amoureux c’est un grand mot) adolescent. Dit comme ça pas de soucis ça peut être intéressant sauf que leur histoire on n’y croit pas une seule seconde, la faute à des acteurs pour la plupart lamentables, et un script risible en plus de véhiculer des idées nauséabondes, dans la lignée du premier film. Dès lors on peut s’interroger sur les intentions d’un truc pareil, qui souffre d’un sacré paradoxe.
En effet, entre les plans au ralenti sur Pattinson (j’aurais parié gros que sa première apparition serait comme ça) et les plans gratuits sur les pectoraux du boys band de loups garous (ça à la rigueur on s’en fout je ne suis pas réfractaire aux plans nichons dans d’autres films) le film cherche clairement à émoustiller le jeune public féminin. Sauf que d’un autre côté il nous montre une romance plus que platonique, où des presque adultes de 18 ans se tournent autour sur un laps de temps qui parait interminable pour en arriver à un petit bisou mignon tout plein alors que chaque fois qu’elle se retrouve en face d’un de ses deux prétendants, Kristen Stewart la joue avec un regard qui crie braguette… Y’a comme un soucis là non?? En fait non, car ça rejoint très bien l’idéologie conservatrice mise en place depuis le premier film.
En fait la saga Twilight est le porte-drapeau idéal de l’église catholique à tendance rétrograde (oui c’est un pléonasme), on massacre sans le moindre remord le mythe du vampire en se donnant l’excuse de le réinventer, on en retire tout ce qui peut choquer la pensée puritaine, le sexe et le sang, pour en arriver à ce message que j’estime dangereux : porter au pinacle la sainte abstinence et faire l’apologie du sexe post-mariage… j’invente rien, la métaphore vampirique, la morsure, représente l’acte d’amour. Le message est très clair tout le long du film et enfoncé dans la dernière scène du film, tout aussi ridicule que puante. Très franchement je ne sais pas si ce sont ces propos très limite ou le fait que des millions et des millions de spectateurs y trouvent leur compte jusqu’à l’hystérie qui me fait le plus peur… et je ne parle même pas de la vision du suicide qui nous est donnée, là par contre l’église ferait la gueule.
Donc, sur le fond idéologique, c’est mauvais. Sur le scénario ça n’est pas mieux. On a droit à une exposition ennuyeuse, puis coup de théatre, le beau Edward s’en va car Bella s’est coupée avec une feuille de papier… du coup on ne voit presque pas Pattinson du film (ce qui n’est pas un mal, car en plus d’un physique ingrat il joue comme un cochon) et Kristen Stewart trouve là une belle occasion de montrer qu’elle est sans doute la meilleure actrice pour faire la gueule pendant tout un film. En gros il ne se passe quasiment rien, c’est un film profondément dépressif, les scènes s’allongent jusqu’à l’écœurement (la réparation de la moto… que c’est long!), et les rebondissements se comptent sur les doigts d’une seule main. Mais heureusement ce deuxième épisode est moins avare en action que le premier et nous sort quelques grosses scènes qui se voient pourtant plombées par une utilisation abusive des ralentis… ce n’est pas la meilleure idée pour imprimer un semblant de rythme à tout ça…
Techniquement c’est plus réussi que le premier, on n’a plus vraiment l’impression d’être devant un téléfilm mais la mise en scène de Chris Weitz est sans surprise très impersonnelle et cumule les effets de style certes beaux à voir mais inutiles… du côté des SFX là encore il y a une progression mais on a parfois l’impression que le film a 5 ans de retard. Un bon point par contre pour la BO du film vraiment excellente (Muse, The Killers, Grizzly Bear…)
Peu d’action, un script en carton, aucun rythme, un mythe sacrifié sur l’autel d’une bonne morale douteuse… reste le passage plutôt réussi en Italie mais trop court, avec la présence imposante de Michael Sheen et quelques scènes qui en jettent par ci par là. C’est bien maigre pour expliquer un tel succès, et si on me dit que ce sont les adolescents d’aujourd’hui qui se retrouvent dans ces personnages c’est assez effrayant. Quand je pense que le film culte de ma génération, en pleine adolescence, c’était Fight Club, il y a de quoi se poser des questions sur l’évolution de certaines choses…








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