Review
Quand on jette un oeil à la quantité de sombres merdes qui pullulent dans nos salles de cinéma chaque semaine, on peut légitimement se demander ce qui se passe dans la tête de nos chers distributeurs. Car à côté de ces outrages permanents au septième art, de véritables merveilles de cinéma restent honteusement inédites. Certains légèrement plus chanceux que d’autres se retrouvent sur les étals de DVDs, sortent dans l’anonymat le plus total et ne peuvent compter que sur le bouche à oreille. On pense toujours amèrement au triste sort réservé il y a quelques années au petit chef d’oeuvre de Jaume Balagueró, Fragile, relégué en bac à soldes comme une vulgaire série Z alors qu’il pulvérisait gentiment la plupart des films sortis au cinéma la même année. Triangle n’a même pas eu cette chance, le seul moyen de le voir sur le sol français était de faire le tour des festivals. Ce n’est avec ce genre de pratiques lamentables rendant les films invisibles que le piratage s’améliorera. Ça c’était pour le coup de gueule. Car à la vision de Triangle, on se dit que lui non plus n’aurait vraiment pas volé quelques écrans en France, bien au contraire! Car après Creep, film de trouille ultra efficace et variation de survival plutôt tendu, et Severance, mélange horrifico-comique savoureux, et avant un Black Death qui a mis une petite claque à tous ceux qui ont pu le voir en festival cette année, Christopher Smith est en train de se faire une filmographie qui frôle le sans faute. Triangle, c’est tout simplement l’exercice le plus brillant apparu dans le thriller horrifique ces dernières années! Ne pas sortir ça en salles est un scandale.
Si vous n’avez pas vu le film il est conseillé d’arrêter la lecture maintenant, certains éléments de l’intrigue risquent d’être dévoilés. Construit sous la forme d’une boucle, Triangle mise absolument tout sur un exercice de style scénaristique fascinant et plutôt risqué. Non pas un twist mais une succession de twists permanente et le tout au sein d’une boucle temporelle. Triangle c’est un peu le un Jour sans Fin ou After Hours du film de genre, et c’est un délice d’en apprécier la précision dans la construction. Sans en dévoiler trop, Christopher Smith mise tout sur le concept de répétition qu’il emprunte presque au cycle de réincarnation bouddhiste en l’appliquant au thriller engoncé dans la forme d’un huis clos maritime. Au choix on trouvera cela brillant ou vain, mais il faut avouer qu’on peut se prendre très rapidement à ce petit jeu sadique et follement ludique, et ce même si on comprend assez vite que le seul enjeu sera de savoir comment se brise ce cercle infernal. Déambulations dans les couloirs d’un paquebot largement inspirées de celles de Shining, meurtres ultra graphiques et morts violentes, le cocktail est savoureux pour l’amateur de cinéma de genre qui n’a que très rarement l’occasion d’apprécier un scénario aussi retors.
Christopher Smith fait des merveilles et trouve le dosage parfait, brisant le cercle au moment opportun afin d’éviter de justesse la routine, risque énorme quand on voit et revoit encore les mêmes scènes, pour aboutir sur un dernier acte assez incroyable d’intensité. la claustrophobie laisse place à la sauvagerie et la violence pure mais également au drame et à une tentative un peu maladroite d’illustration de la folie d’une femme perdue. Les pièces du puzzle continuent de s’assembler avec une virtuosité de chaque instant, n’en finissant plus de nous surprendre et d’apporter un éclairage nouveau sur ce que nous pensions avoir bien saisi. Il s’agit bien d’un pur exercice de style maquillé en film d’horreur et l’aspect ludique prend largement le pas sur les quelques défauts du film qui sauteront aux yeux lors de la seconde vision. En particulier un personnage central écrit à la truelle et qui, sous prétexte scénaristique de faire avancer la résolution de l’intrigue, ne prend quasiment que des décisions complètement stupides et illogiques, pour ne pas dire incompréhensibles et inhumaines.
Dans Triangle, au delà du scénario au premier abord virtuose mais qu’il est possible de démonter par ses approximations dans la construction des personnages, il y a également un réalisateur qui explose sur le plan graphique. Severance et surtout Creep étaient déjà l’oeuvre d’un artisan à tendance esthète, il atteint ici des sommets. Christopher Smith construit ses images avec une précision diabolique, développe des cadres intelligent qu’il s’amuse à détruire sous un autre angle ou en inclinant dangereusement sa caméra. On est devant un film clairement réalisé avec talent et il est dommage que ce travail admirable sur la mise en scène ne se soit pas retrouvé sur les divers effets numériques du film. Certains plans larges sur l’océan ou incrustations de personnages sont juste à vomir tant ils sont moches, et dans un ensemble de qualité ça ne passe clairement pas! Au rayon des réussites, si on suit un petit groupe de personnages le film tourne quasi exclusivement atour du personnage de Melissa George qui incarne à la perfection la folie et la terreur, un peu à la manière de ces héroïnes tragiques du passé, elle y est superbe et presque émouvante.









si vous voulez voir « triangle 2″ repassez vous le premier, etc…
Merci Niko : je ne connaissais pas du tout ce film, je l’ai maté en stre*ming et c’est une petite pépite en effet.
Wilyrath : merci d’avoir ajouté ton commentaire suite auquel j’ai regardé Timecrimes (avant Triangle). C’est effectivement incontestable qu’il y a des ressemblances frappantes (le masque, les différentes « versions » des individus, l’évolution psychologique…), à tel point qu’on peut penser plagiat. Mais je dirais plutot que Smith c’est plutot inspiré de l’oeuvre de son homologue espagnol, et Triangle garde heureusement une identité propre suffisament forte pour oublier ce détail.
Il est effectivement ahurissant que ce film ne soit même pas sortie en DVD ici!!!
Je saurais loin d’être aussi emballé que votre critique. Sympathique exercice de style mais on se lasse assez rapidement. C’était risqué, il s’en sort pas trop mal mais les lacunes scénaristiques et techniques (montage, réalisation) sont de mon point de vue assez évidentes.
Yep,
Tiens je ne connaissais que le triangle de To, Lam et Hark. Hé Bien c’est bon à savoir, reste plus qu’à se le trouver ce film!
Je respecte beaucoup Melissa George.. Je n’ai lu que le premier paragraphe, n’ayant pas vu le film, mais ça donne envie!
Respect aussi à Melissa George qui habite le personnage et suis est complètement convaincante dans le rôle de cette femme complètement à l’ouest…