Review

Pour la première fois de sa carrière, le réalisateur le plus geek d’Hollywood cède au film de commande et accède par la même occasion à son plus gros budget. C’est également la première fois qu’il n’est pas auteur du scénario, qui dans le cas présent faisait partie des scripts non tournés les plus en vue du milieu. À première vue on peut se dire que Top Cops n’est donc pas vraiment un film de Kevin Smith, ce qui n’est pas totalement faux. On peut également annoncer d’entrée de jeu, et sans véritable surprise, qu’il s’agit là de son film le plus faible, de loin. Sauf qu’il faut rester réaliste! Il n’avait aucune autre prétention avec Top Cops que de faire un buddy movie tel qu’il en abondait dans les années 80, un film avec un scénario finalement très fin et qui ne fonctionne QUE sur un duo d’acteurs intelligemment utilisé. Et sur ce point, il serait de très mauvaise foi de nier l’évidence, ce qui devait à l’origine s’appeler A Couple of Dicks (un couple de bites en français dans le texte) remplit parfaitement son contrat de film fun et décomplexé, il n’y a pas d’arnaque! Ainsi on peut se demander si la rafales de critiques assassines que le film s’est pris dans la gueule aux USA (et auxquelles Kevin Smith a très mal réagi) ne s’est pas tout simplement trompé de film! Car s’il y a bien le même nom au générique, Top Cops n’a absolument rien à voir avec Clerks, les deux films n’ont pas la même ambition et ne visent pas le même public. Ici on n’assiste à un truc qui s’inscrit parfaitement dans le revival actuel des 80′s, un film très con, bourré de références dans tous les sens, et surtout vraiment drôle! Alors c’est loin d’être un chef d’œuvre, c’est loin d’être inoubliable, mais 1h40 de franche rigolade même si ça ne vole jamais très haut ça ne se refuse pas.

Plus qu’à l’Arme Fatale qu’ont cité certaines critiques pour atterrir sur l’affiche du film, Top Cops fait beaucoup penser à des oeuvres du type le Flic de Beverly Hills, de la pure comédie pas vraiment prise de tête, pas vraiment intelligente ou profonde mais qui a le mérite de proposer du divertissement de qualité. Avec Top Cops, il est clair que ça ne fera pas rire tout le monde. Pour être accroché par ce récit, il vaut mieux avoir grandi avec les films d’action à tendance comique des années 80, donc on parle ici des productions Joel Silver, Don Simpson et Jerry Bruckheimer, pas vraiment des monuments de finesse mais qui ont abouti il y a quelques années aux buddy movies ultimes, à savoir Bad Boys II de Michael Bay et Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black, dignes héritiers modernes de cette période. Avec Top Cops c’est différent car le film semble tout droit sorti des années 80, un anachronisme à lui tout seul!

Il est vrai que la sauce a parfois un peu de mal à prendre et les fans du Kevin Smith « auteur » pour geeks risquent d’en perdre leur latin. Top Cops est clairement un film de commande et cela se ressent du début à la fin, malgré tous les efforts du réalisateur pour y imprimer sa patte. Mais à aucun moment il ne retrouve son style et en particulier son talent de dialoguiste (il est sans doute un des plus intéressants aux USA avec Quentin Tarantino). Ça devient d’ailleurs presque poussif à de nombreuses reprises quand en voulant à tout prix montrer que c’est bien son film il enchaine et abuse de références cinéphiliques allant de la citation directe (de Heat aux Dents de la Mer) à des utilisations décalées de bandes originales cultes dont une particulièrement réjouissante du Dueling Banjo de Délivrance. Cela reste souvent assez savoureux quand un réalisateur fait des clins d’œils au public qui possède la même culture que lui, mais on frôle l’overdose.

Pour le reste on se retrouve devant une enquête plutôt classique avec un point de départ légèrement stupide (retrouver une carte de baseball) mais qui fonctionne plutôt pas mal. Là où le film devient intelligent c’est dans l’écriture des personnages principaux et leur vie en dehors de leur métier de flic, avec d’un côté celui qui se rend malade de jalousie envers sa femme (superbe il faut dire) et de l’autre celui plein d’orgueil qui a foiré son mariage et qui n’a pas les moyens de payer le mariage de sa fille. Cette qualité d’écriture permet une véritable empathie avec ce duo qui fonctionne du début à la fin par leur opposition improbable et leur complicité évidente. Ajoutons à cela que Kevin Smith emballe le tout relativement bien, sans véritable tour de force mais tout à fait honnêtement. Par contre on se doit de saluer ses choix pour la bande son dans laquelle se croisent les Beastie Boys, SNAP! ou Cypress Hill, un vrai régal auquel s’ajoute les compositions ultra rétro d’Harold Faltermeyer (pas un choix innocent, il avait composé pour le Flic de Beverly Hills et Top Gun).

Autre bon point, le casting. Tracy Morgan réussit à nous convaincre en quelques secondes dans son premier « grand » rôle avec un gros potentiel comique. Qu’il mime Al Pacino ou flippe comme un gosse dans une bagnole, il assure. Partageant l’affiche, Bruce Willis nous sort lui aussi une performance à la hauteur, se parodiant volontiers à grands coups de répliques cinglantes, l’icône chauve n’a rien perdu de son charisme. Kevin Pollack déçoit légèrement, par contre Seann William Scott continue après Southland Tales de prouver qu’il a un potentiel d’acteur assez dément, il écrase ses partenaires à chaque apparition, et face à Bruce Willis ce n’est pas rien! Au final, si on peut trouver pas mal d’éléments positifs, il est vrai que Top Cops n’a rien d’un film majeur. Vite vu, vite oublié, ça reste tout de même un bon moment de comédie à condition d’accrocher à l’humour hyper référentiel et donc segmentant. Très léger, mais il n’avait aucune autre ambition que de divertir à l’ancienne et sur ce point c’est réussi.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.