Review
Après un passage pas vraiment fructueux aux USA avec les faibles Double Team et Piège à Hong Kong, celui qui fut jadis le parrain du cinéma HK revient au pays et il est plutôt en colère… John Woo cartonne aux US, Johnnie To lui a piqué sa place dans l’industrie locale… bref il est au plus bas et c’est dans cet état d’esprit qu’il accouche de ce Time and Tide vendu à tort comme un film d’action comme on n’en avait jamais vu. Le résultat c’est un gros coup de gueule pour rappeler à tout le monde que le génie c’est lui, que personne à Hong Kong (voir même dans le monde) n’est capable de manier une caméra comme il le fait, que c’est le seul maître du chaos cinématographique… bref, ce qu’il nous sort c’est un pur moment de cinéma comme il les aime tant, un polar révolté qui transcende un scénario basique en une œuvre visuellement stupéfiante!
En fait on pourrais très bien voir le film comme un produit de sa jalousie… La première scène aurait très bien sa place dans un Wong Kar Wai, seul réalisateur HK à avoir une véritable image d’ »auteur » au début des années 2000, sauf que ça ne se finit pas pareil (pas de scène d’amour, juste un couple qui vomit dans la rue… c’est une autre approche). On retrouve Anthony Wong dans un rôle similaire à celui qu’il tenait dans The Mission de Johnnie To (le décalage dans la musique fait également beaucoup penser à ce dernier) et là où c’est évident, c’est par rapport à John Woo! On a le final avec le bébé (rappel d’A toute épreuve), des représentations christiques, du mexican stand off, les fringues de MI2… et puis Wu Bai qui s’entraine à tirer sur des colombes!!! Tout y est pastiché à sa manière, c’est même drôle.

Mais ce sont là les seuls regards sur le passé car ce qu’aime Tsui Hark avant tout, c’est révolutionner son art et non pas recycler des figures imposées. Et c’est clair qu’il est allé à contre courant! Aux ralentis qui se sont peu à peu imposés dans le cinéma d’action il substitue des accélérations poussives. En réalisateur fonctionnant à l’énergie il imprime à son film un rythme hallucinant, surdécoupant la moindre scène au risque de perdre les spectateurs souhaitant s’attarder sur des détails, il nous étouffe dans les gunfights qui ne présentent presque aucun temps mort avec en points culminants deux scènes à couper le souffle: la fusillade en Amérique Latine et la scène complète dans l’immeuble de Jack… ce sont deux moments absolument inoubliables, chorégraphiés à merveille et qui l’espace d’un instant semblent sortir les personnages de toute réalité. C’est du grand art!
Et c’est là l’autre aspect inédit de Time and Tide, une approche complètement nouvelle du film d’action. En créant une narration chaotique au possible, usant et abusant d’ellipses et d’effets de montage (dont une belle utilisation du split screen), Tsui Hark cherche à imposer à son film, et donc au spectateur, un aspect purement sensoriel qui l’éloigne définitivement de ce que le genre a l’habitude de nous proposer. Bizarrement malgré la confusion apparente on se sent très impliqué, on est proche des personnages et bien que le montage soit ultra cut ça reste très lisible!! Si on doit faire un reproche à cette merveille c’est vraiment des SFX parfois un peu foireux (dont une explosion en arrière plan qui fait vraiment de la peine) mais dans l’ensemble c’est d’une beauté rarement vue… il n’y a aucune scène à jeter, rien de superflu…

Les acteurs sont tous plutôt bons même si la plupart sont avant tout des chanteurs et n’ont donc pas l’expérience d’acteurs confirmés (à part Anthony Wong bien sur). Et c’est Wu Bai qui crée la vraie surprise avec un charisme incroyable alors qu’il la joue pourtant très sobre!! Il est d’ailleurs également à l’origine de la musique plutôt rock qui habite le film. En tout cas on a droit à une belle galerie de personnages venant de tous horizons (le mercenaire rasta est génial) et qui à la manière du rythme et de l’urgence viennent symboliser la nature même de la ville de Hong Kong.
Il serait facile de démolir le film pour son aspect fourre-tout et bordélique sauf que c’est justement là sa force, comme souvent chez Tsui Hark. Il réussit à créer le chaos total dans la narration et dans la mise en scène mais tout est pourtant calculé et il en sort une œuvre singulière qui est non seulement un de ses meilleurs films (avec The Blade et The Lovers) mais qui est tout simplement un des meilleurs films d’action des années 2000, sans vraiment avoir de concurrent sérieux en face… La grande classe!







[...] à Tsui Hark pour se réveiller. Il n’y a qu’à voir tous ses plus grands films, Time and Tide mis à part, pour comprendre ce qui a motivé l’artiste : faire renaître un nouveau mythe [...]
[...] aperçoit l’affiche dans le vidéoclub), Fenêtre sur cour (O qui surveille Chin à la jumelle), Time and Tide (fusillade dans l’immeuble), Léon (quand Tok apprend à tirer à Chin), Melville, Suzuki, etc… [...]
[...] Blade représente avec The Lovers et Time and Tide le sommet dans la carrière d’un réalisateur hors normes, Tsui Hark, qui mérite amplement son [...]
[...] que John Woo et Wong Kar Wai ne sont pas les seuls maitres à bord et livre une œuvre définitive, Time and Tide, un polar exceptionnel et un chef d’œuvre en puissance. Ces dernières années, avant [...]
[...] sa narration classique et son histoire simple et touchante. Il rejoint sans problème The Blade et Time and Tide, tout en haut d’une grande filmographie que beaucoup doivent lui [...]
[...] Il y a une évidence qu’a souligné il y a peu dans une interview le grand Anthony Wong, les acteurs chinois ne sont pas capables de s’adapter à l’étranger. On l’a vu avec Jackie Chan, Chow Yun-fat, Jet Li… A chaque fois ils se retrouvent dans des rôles caricaturaux et n’ont pas la possibilité d’étaler leur talent, pourtant immense et authentique. Cette affirmation est également valable pour les réalisateurs, et se vérifie tout simplement par l’exemple: John Woo réalise son dernier film à Hong Kong en 1992, A toute épreuve, c’est un chef d’œuvre. Il part aux USA et ça donne Broken Arrow, Mission Impossible 2, Paycheck… (bon ok, Windtalkers et Volte Face sont biens!). Il revient en Chine et on obtient l’immense Les 3 Royaumes et sa suite!!! Autre exemple, le génial Tsui Hark. Il quitte Hong Kong après le chef d’œuvre The Blade et Tri-star, aux USA il nous pond Double Team et Piège à Hong Kong… certes ce sont les meilleurs Van Damme, mais pour le réalisateur c’est très bof!! Il revient à Hong Kong et c’est une claque, Time and Tide! [...]
[...] parfait dans son rôle. Aux côtés de Shu Qi, Jack Kao (Full Alert, les fleurs de Shanghai, Time and Tide…) est magnifique en gangster, et Tuan Chun-hao joue un amoureux jaloux, possessif et pourtant [...]