Review
Dans la grande famille des maitres de l’horreur qui voient leur oeuvre pillée année après années Romero est peut-être celui qui s’en sort le mieux. La Nuit des Morts Vivants version Savini était franchement sympa, tout comme l’Armée des Morts de Zack Snyder qui envoyait du lourd. On oubliera juste un remake du Jour des Morts Vivants sortis il y a 2 ans et qui était une purge insoutenable. Et voilà que débarque un peu de nulle part la relecture d’un de ses films les moins connus (les moins bons aussi) qui avait été retitré la Nuit des Fous Vivants chez nous histoire de surfer sur le succès de ses trois premiers films alors que les points communs entre the Crazies et la trilogie des morts vivants étaient pour ainsi dire nuls. Quoi qu’il en soit si le film n’était pas forcément mémorable il y avait comme toujours chez Romero un profond discours social des plus intéressants (en rapport avec l’affaire du Watergate en l’occurrence) qui le prêtait à l’analyse malgré des défauts formels et narratifs évidents. Ce remake a pourtant vu le jour sous une bonne étoile avec l’implication de Scott Kosar, scénariste émérite de the Machinist et du remake de Massacre à la Tronçonneuse, mais le choix de Breck Eisner à la réalisation avait de quoi éveiller certains doutes. En effet le bonhomme est tout de même responsable de Sahara, film des plus inoffensifs. Et au final, entre les propos du réalisateur (et peut-être ses intentions de départ) et le résultat à l’écran, il semble y avoir un monde. Car the Crazies ne présente non seulement rien de bien original mais s’embourbe totalement dans son propos en ne sachant jamais sur quel pied danser. Et on se retrouve à l’arrivée avec un simple film de contaminés qui n’arrive jamais à la cheville de ses modèles.

En laissant de côté le point de vue des militaires qui constituait un des points les plus intéressants de l’original, et donc en transformant l’ensemble du discours politico-social en simple sous-texte jamais développé, Breck Eisner prend clairement le parti de l’horreur pure. L’intention est louable mais l’exécution de la chose n’est jamais à la hauteur. Le film de Romero ne faisait pas peur mais distillait une ambiance oppressante liée à la paranoïa qui faisait sa force, et à l’inverse le remake se veut effrayant immédiatement. Sauf que ça ne fonctionne jamais. Pour créer la peur au cinéma il faut que le spectateur y croit, même si la menace est invraisemblable il faut y adjoindre des situations crédibles, naturelles. Devant the Crazies on a l’impression qu’Eisner cherche en permanence à justifier sa place aux commandes d’un film d’horreur, et que pour y parvenir il récite simplement des mécanismes éculés du genre « moi je sais comment on fait peur, regardez comme je connais les trucs pour vous faire sursauter », en vain. Car à multiplier les jump-scares jusqu’à l’overdose, la seule chose qu’il réussit à faire est nous ennuyer.
Pas une seule situation crédible dans cet essai aussi laborieux qu’oubliable dès la sortie de salle. À chaque plan serré sur le visage d’un personnage on sait que la caméra va se déplacer lentement et qu’il va y avoir un infecté derrière, à chaque situation qui semble perdue on sait qu’on va avoir un sauvetage in extremis complètement farfelu, le tout accompagné bien entendu d’une bande son qui s’enflamme. Rapidement on sature de voir les mêmes schémas répétés et on plonge carrément dans le ridicule à de nombreuses reprises. À ce titre la scène du lavage automatique est un summum de n’importe quoi (la peur par la brosse de lavage, grande idée, l’hélicoptère en mode silencieux aussi) et on en vient même à éclater de rire devant ce passage du couteau dans la main qu’il faut à tout prix voir pour comprendre comment on tue en quelques secondes le sérieux d’un film. À vouloir trop en faire en mixant film d’infection pompé sur 28 Jours plus Tard et grand spectacle technico-pyrotechnique à la Tony Scott, Breck Eisner se prend les pieds dans le tapis et livre un film qui flirte souvent avec le nanar se prenant bien trop au sérieux.

Il nous sort ses deux plans en vue satellite qui n’ont rien à faire ici, balance des grosses explosions et des hélicos alors qu’il ne développe jamais l’aspect militaire du truc, bref il passe carrément à côté de son sujet. Il faut dire qu’il n’est pas aidé non plus par un casting qui semble peu impliqué avec en tête Radha Mitchell qui n’a jamais été aussi mauvaise et à côté de la plaque et un Timothy Olyphant qui continue film après film de briser tous les espoirs qu’on avait pu mettre en lui depuis Deadwood (d’ailleurs il a même droit à une scène sous un camion qui rappelle furieusement un fight similaire de Hitman). Entre les séquences d’horreur qui ne fonctionnent pas on s’ennuie quand même assez ferme, la faute à une mise en scène plate et sans âme qui ne trouve le ton juste que dans LA scène réussie du film, celle avec la fourche, bien tendue du slip. Pour le reste il faut avouer que la séquence d’ouverture (rythmée comme celle de l’Armée des Morts par du Bob Dylan) nous laissait espérer un spectacle de bien meilleure qualité.
Pas grand chose à sauver du naufrage que constitue the Crazies. Un final pas dégueulasse, quelques scènes réussies et une photographie plutôt haut de gamme (logique avec le chef opérateur de La Colline a des Yeux et Mirrors) peinent à relever le niveau.







[...] ne jure plus que par les morts vivants ou presque. Pour un excellent [REC], combien de the Crazies, la Horde, Survival of the Dead ou autres pelloches foirées dans les grandes lignes? Beaucoup [...]
Ben zut, j’ai l’impression d’avoir vu un film complètement différent! Je suis rentrée à fond dedans, j’ai sursauté tout plein, j’ai été en état constant de tension. Bref, je suis sortie de là ravie, ayant reçu une décharge d’adrénaline comme je n’en avais plus eue depuis « Vertige »…
@Youto: Je sais… et je suis très triste car il s’attaque à un monument là et il a certainement pas les épaules pour. :/
Ben, dis donc…
Tu sais qu’il s’attaque à un autre remake de film culte? Celui du « Escape from New York » de John Carpenter.
Ca s’annonce mal.