Critique

Quand le réalisateur du très oubliable Blood Heat et de l’étrange mais un peu râté St. John’s Worth s’attaque à l’adaptation cinématographique de l’anime des studios Gonzo, Basilisk, lui-même adapté du roman Koga Ninpo Cho (classique de la littérature japonaise) et du manga Basilisk, ça donne Shinobi, un film qui nous a été vendu comme un chambara new age à la sauce manga-live. En celà la bande-annonce est une pure publicité mensongère, à croire qu’il n’y a que des films d’action avec des fights dans les airs qui n’intéressent le public occidental… c’est lassant à force, d’autant plus que le film s’éloigne complètement de cette idée. Amateurs d’action autant passer votre chemin, Shinobi est un pur drama agrémenté de rares scènes de fight, une histoire d’amour tragique aux échos Shakespeariens, avec en toile de fond ces combattants ninjas légendaires appelés Shinobis. Le sous-titre « Heart under Blade » est pourtant sans équivoque…

On pense à Roméo et Juliette mélangé à du Azumi avec une bonne dose d’imagerie manga. Le scénario un peu bateau et facile (ils sont de deux clans qui se haïssent et se combattent depuis des générations, ils tombent amoureux pendant la trève, comme par hasard ils sont choisis pour défendre leurs villages respectifs… et tout ça finit plutôt mal). Un petit air de déjà vu donc mais qui ne gâche rien car l’aspect romance n’est pas ennuyeux du tout, mieux on y croit presque même si tout ça manque cruellement d’émotions. La faute sans doute à des personnages de cire, beaux à en mourir mais tristement figés.

Et ce sont pourtant ces personnages qui constituent le gros point fort de Shinobi. Les 10 guerriers choisis possèdent tous un pouvoir bien spécifique, c’est bien sur le couple central qui montre les plus impressionnants. Interprétés par une Yukie Nakama tout en fragilité et en finesse face à un Jô Odagiri un peu fadasse, ils sont souvent éclipsés par les autres, bien plus charismatiques. Kippei Shiina et Tak Sakaguchi en particulier, qui en imposent à chaque apparition, malgré leurs maquillages légèrement abusifs (grosse tendance androgyne). Le problème c’est qu’aussi charismatiques soient-ils, la plupart des personnages sont sous-exploités et sous-développés alors que le poentiel était absolument énorme!

C’est un peu le défaut principal du film, de très bonnes idées sous-exploitées… les talents des shinobis ne sont à l’écran que furtivement, heureusement l’espace de 2 scènes de combat magnifiques on les voit véritablement à l’oeuvre. Dommage que tout le côté ultra violent de Basilisk ou de Ninja Scroll (autre adaptation très libre de l’oeuvre mais qui est ici une source d’inspiration) soit aux abonnés absents…

Mais ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir devant une histoire simple mais prenante et une galerie de personnages attachants avec des pouvoirs géniaux! De toute façon à la base un film avec des ninjas c’est bien, quand en plus c’est un excellent manga-live, c’est tout à fait recommandable!



À propos de l'auteur

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.