Review

16 ans d’absence… ça fait beaucoup pour un réalisateur. Véritable pape du cinéma underground new-yorkais des années 80, on doit à Henenlotter trois films cultes: Basket Case, Elmer le remue-meninge et Frankenhooker, trois films tordus, choquant le puritanisme à chaque coin de la pellicule, des films trash, gores, et très sexués. En donnant deux suites ineptes à Basket Case, il tue sa carrière et ne survivra pas à la fin des années 80. Et comme par miracle le voilà qui nous revient par surprise! Son film est sélectionné dans la majorité des festivals, misant sur son nom et son passé. A l’évidence il n’a rien perdu de sa verve, il signe un film complètement « autre », tragique, trash, érotique et très drôle qui prouve qu’il est toujours le même sale gosse qui s’amusait à choquer le bourgeois il y a vingt ans, sauf que le cinéma a évolué depuis et que du coup, Bad Biology (titre bien plus parlant que sa traduction racoleuse) a tout du film hors du temps et d’un côté, c’est tant mieux!

Le principe de départ n’est pas sans rappeler le mythe du Vagina Dentana, métaphore vieille comme le monde de la femme castratrice (et d’ailleurs vu au cinéma dans Teeth) sauf qu’il est ici détourné puisque Jennifer ne possède pas de dents à l’intérieur de son vagin mais sept clitoris… Batz de son côté est assez embêté avec son pénis mutant gigantesque, dopé aux stéroïdes, et qui possède sa propre conscience… Voilà le monde de Frank Henenlotter!! L’occasion de pondre un nouveau truc sexuellement incorrect et de reprendre de vieux thèmes qu’il avait laissé au placard depuis les années 80, avec en tête toutes les formes d’addiction.

Bon, là on est carrément devant un film déjanté! Déjà elle, outre son anatomie plutôt extraordinaire, est une nymphomane insatiable, qui lors de ses multiples orgasmes (et oui, 7 clitoris!) prend en photo ses amants (d’ailleurs les clichés sont magnifiques et bien glauques), et parfois les tue d’une façon relativement violente… De plus elle tombe enceinte à chaque fois d’un bébé qui nait au bout de deux heures et dont elle se débarrasse comme d’un kleenex usagé. Lui gave son sexe de médicaments en tout genre, lui fait des injections, a banni toute activité sexuelle de sa vie, mate quatre films pornos en même temps et s’est construit une sorte de machine de torture, seule solution pour qu’il puisse se masturber… franchement il faut le voir pour le croire! On a droit à de nombreux tête à tête avec Jennifer qui s’adresse directement au spectateur et qui nous fait partager ses pensées, voix off à l’appui.

On est clairement dans du cinéma underground comme on n’en fait plus, et dans le haut du panier de celui-ci car visuellement ce n’est pas de la DV crade, on a une vraie lumière, une vraie mise en scène… bref rien à voir avec du cinéma quasi-amateur cradingue. Les deux acteurs, physiquement en décalage complet avec leur personnage, car très beaux, sont excellents. On ne peut pas en dire autant des seconds rôles sous-exploités, qui n’ont rien à dire et qui ne font jamais avancer l’intrigue. Cela accentue le côté un peu bancal du film et qui souligne que si Henenlotter a toujours des choses à dire pour choquer les bien-pensants, il maitrise moins la façon de le dire…

Mais quoi qu’il en soit on a là un film bien barré, qui comporte son lot de scènes cultes avec des plans subjectifs du vagin et du pénis, un shoot photo avec des mannequins qui portent un masque représentant un sexe féminin, des accouchements dans des lieux incongrus et puis bien sur la rencontre entre ces deux freaks qui est encore plus explosive qu’on en pouvait l’imaginer!

Mais au-delà de l’humour franchement drôle et souvent proche du mauvais goût, au-delà d’un refus de la morale qui éclate à l’écran, on a une vraie réflexion sur la différence physique au sein de notre société moderne et son acceptation qui n’a jamais vraiment évolué… Pas un grand film mais un vrai plaisir coupable, plutôt bien foutu d’ailleurs, la dernière œuvre d’un inconscient en croisade contre le politiquement correct et qui se fait plaisir, une toute dernière fois.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.