Review

Il y a des films dont on ne sait rien, dont on se protège sans forcément le vouloir et qui un beau jour se retrouve sur un écran face à nous. Parfois on se dit qu’on aurait préféré en rester protégé indéfiniment, mais parfois on a droit à de belles surprises, comme Saint Ange. Dès les premières minutes, on ressent une immense joie devant une scène aussi choc dans un film français souvent à l’état de légume. On continue le visionnage,, intrigué par cette production assez inédite dans notre « beau » cinéma hexagonal, en attendant de voir surgir le commissaire Navarro ou une bande de jeunes pour retrouver un peu de critique sociale, ou un couple parisien dépressif histoire de servir au spectateur cinéphile qui n’attend que ça un peu de branlette intellectuelle mais non… rien de tout ça. Alors on écarquille les yeux et on se dit : « Bon sang! Ils ont produit un vrai film de genre en France! » Un film de genre oui, mais un bon en plus, qui n’a pas vraiment à rougir face à la concurrence internationale.

Car le résultat est assez formidable, et ce n’était pourtant pas gagné vu le peu d’expérience récente de notre cinéma national dans cet exercice, et surtout vu les références étrangères dans le domaine, quelques chefs d’oeuvres à compter tout de même… alors Pascal Laugier n’apporte pas vraiment d’innovation dans le traitement visuel, qui se rapproche énormément de la nouvelle vague horrifique espagnole. On pense souvent à Les Autres d’Alejandro Amenabar, mais aussi à La Secte sans nom et Fragile de Jaume Balaguero, et ce ne sont pas de petites références! Pour l’interprétation c’est du tout bon aussi avec une Virginie Ledoyen très juste et Lou Doillon dont la sale gueule se prête parfaitement à ce rôle de névrosée. Là où Pascal Laugier apporte une vraie originalité, c’est dans la dernière partie, après une immersion progressive qui nous fait penser qu’on a tout compris, on se rend compte que le personnage de Ledoyen n’est pas vraiment comme on le voyait. Et tout cela nous apparait dans une très longue scène qui fait terriblement penser au dernier acte de 2001, l’odyssée de l’espace, la réflexion métaphysique en moins mais l’horreur en plus. Après une variation quasi-mystique autour du mythe d’Alice au pays des merveilles, on a de quoi être étonné, et plutôt agréablement.

Bourré de scènes chocs (Virginie Ledoyen devant le miroir, l’avant dernier plan où on la voit…), Saint Ange est une belle illustration du traumatisme d’après guerre mais aussi de la plongée vers la folie d’une personne et qui transfère son problème sur un autre personnage (il semblerait qu’on appelle ça la cristallisation en psychologie). En plus pour une fois on a un film français qui s’aventure sur un terrain horrifique assez difficile, et qui réussit!

En plus d’être un film de genre qui, en jouant avec les même cartes, vient titiller les modèles espagnols, Saint Ange s’essaye au mystique et à la métaphysique avec un véritable talent. Pascal Laugier est à la fois un amoureux du genre et un metteur en scène suffisamment doué pour faire de cet essai une petite pépite qui donne un coup de fouet au cinéma horrifique français.

Date de sortie cinéma : 23 juin 2004

Synopsis : Anna est chargée de nettoyer Saint Ange, un orphelinat désaffecté. Petit à petit, elle entend des pas, des rires, des voix. Elle en est convaincue : quelque part dans la maison, il y a des enfants…



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.