Review
1999 fut une année assez faste pour Johnnie To et sa compagnie MilkyWay Image. En effet, pas moins de 3 films la même année pour le réalisateur, et pas des moindres. Tout d’abord le très intéressant, par son côté « Kitano », Where a Good Man Goes (déjà avec l’excellent Lau Ching Wan), ensuite ce Running Out of Time puis pour finir l’année en beauté son chef d’oeuvre quasi-inégalable The Mission. Quand certains cinéastes passent toute leur carrière à espérer faire un jour un bon film, lui en pond trois la même année, ça doit en faire enrager plus d’un! Running Out of Time, en plus d’être un des films les plus connus de Johnnie To, même si pas forcément parmi ses meilleurs, marque une étape importante car pour l’anecdote il s’agit du premier scénario écrit à Hong Kong par les deux français Julien Carbon et Laurent Courtiaud (co-fondateurs du célèbre magazine HK, scénaristes de Black Mask 2 et Le Talisman, réalisateurs du très attendu Les Nuits rouges du bourreau de jade), scénario par ailleurs récompensé d’un Golden Bauhinia, grande classe. Pourtant dans la filmographie de Johnnie To, Running Out of Time fait figure d’oeuvre relativement mineure malgré ses qualités évidentes, son côté foncièrement ludique et son duo d’acteurs fabuleux.
Ludique car les deux frenchies ont accouché d’un scénario au premier abord extrêmement classique, mettant en scène un affrontement à distance entre un flic surdoué et un voleur/bandit qui se transforme en véritable compétition, mais qui au fil des bobines dévoile un contenu de plus en plus pervers, pour un véritable plaisir de spectateur manipulé en permanence. En résulte donc un récit qui vient multiplier les fausses pistes et qui nécessite une attention toute particulière pour ne pas s’y perdre et ne plus rien comprendre, alors qu’à l’arrivée l’ensemble s’avère pourtant des plus convenus dans le dénouement (pour un film HK, on n’est pas à Hollywood). Le titre est d’ailleurs véritablement représentatif du rythme du film qui ne baisse que très rarement et qui se trouve mené par le tempo de Cheung (Andy Lau), personnage qu’on sait condamné à très court terme. Le gros point fort de Running Out of Time c’est lui, personnage froid et dramatique, animé simplement par sa mort prochaine et son profond désir de vengeance qu’on découvre progressivement.
La mort elle rythme le film qui mêle vrai ludisme pour le spectateur incapable d’avoir un coup d’avance sur les personnages et requiem poignant. À vrai dire, même si le film est assez anecdotique (comparé aux grands films de Johnnie To) il n’empêche qu’il pervertit encore une fois les codes du polar en y ajoutant une romance subtile, presque impalpable, une lutte d’égo qui n’en est finalement pas une, une curiosité qui vire au respect amical (dans un sens on pense pas mal à Heat de Michael Mann dans la relation entre les deux). En fait plus qu’un polar, Running Out of Time contient tous les ingrédients d’une grande tragédie déguisée en un objet de cinéma hybride où le plaisir du spectateur passe avant tout le reste, avec cette sensation géniale de se faire balader par un scénario faussement tortueux mais véritablement bien écrit. Toutefois, s’il s’avère moins mémorable que d’autres oeuvres de Johnnie To, c’est qu’il en comporte clairement toutes les thématiques et le ton, mais sans LA grosse scène qui imprime la rétine. L’ensemble pulvérise assez facilement la majorité de ce qui se faisait dans le genre au moment de la sortie mais il lui manque ce petit quelque chose qui en fait un très grand film.
Côté mise en scène, aucun doute on est bien chez Johnnie To qui n’a que peu d’équivalent quand il s’agit de filmer Hong Kong. Grand adepte du grand angle et de la grue il ne rate pas une occasion d’illustrer la mégalopole en y isolant ses personnages tout en créant des portraits d’icônes. Lui qui a d’habitude tendance à étirer le temps pour mieux ralentir l’action prend ici le contre-pied de toute son oeuvre en jouant sur les accélérations justement. À ce titre, aucun effet de montage n’est gratuit mais s’inscrit complètement dans la logique du personnage de Cheung et son agonie. Mais finalement on trouve peu d’excentricités dans la réalisation, si ce n’est une séquence post-accident à la perception troublée et vascillante ou bien sur, comme souvent, l’utilisation d’une bande son souvent en décalage. Mais là encore un décalage des plus intelligents où les sonorités celtiques rappellent avant tout les compositions funèbres. Running Out of Time c’est également la rencontre de deux brillants acteurs. D’un côté l’inévitable Andy Lau pour une fois tout en sobriété et dans un rôle de gentleman cambrioleur qui lui va comme un gant. De l’autre le bien trop rare (oui on le répète à chaque fois mais c’est tellement vrai!) Lau Ching Wan, un des plus grands acteurs de Hong Kong dans une sublime composition. la rencontre fait des étincelles et joue énormément sur le statut « culte » du film.









[...] comme scénaristes à la Film Workshop de Tsui Hark. Leur nom on le trouve associé au très bon Running Out of Time de Johnnie To et au bordélique, un peu nul, mais cool quand même, Black Mask 2 de Tsui Hark. Leur [...]
@bankai972: Ouais une tuerie la BO, d’ailleurs je suis sur qu’elle a pas mal influencé celle d’Infernal Affairs
Un super film oui, et la BO est grandiose!!!