Review

Il y a 2 ans se formait un duo qu’on n’attendait pas forcément, 2 artistes appartenant certes à la même nouvelle vague de réalisateurs de genre espagnols mais dont les univers différent totalement. Leur rencontre fût un film concept dont le succès inattendu (même si espéré) aura inspiré d’autres réalisateurs avec plus ou moins de succès, la plus grande réussite surfant sur le concept du cinéma-réalité caméra à l’épaule restera Cloverfield et son réalisme bluffant. [•REC] premier du nom restera dans les mémoires comme un concentré de trouille su pellicule, le genre de film à donner des sensations devenues bien rares au cinéma, jonglant avec la peur immédiate par des artifices classiques et une peur beaucoup plus insidieuse par une immersion totale dans cet immeuble rempli d’infectés, une dernière partie dantesque à vous clouer au siège après une (trop) longue accalmie… La mise en chantier d’une suite était inévitable vu le succès gigantesque du premier (avec la consécration du remake immédiat, l’inutile Quarantaine), une suite à la base purement commerciale mais qui s’avère d’une véritable intégrité artistique, une suite qui ne tombe ni dans le piège de la redite, ni dans celui de la surenchère qu’on pouvait craindre, qui n’est toujours pas parfaite mais qui entre dans le cercle restreint des suites qui se hissent au moins au niveau de l’original.

A la manière de James Cameron quand il s’est attaqué au mythe d’Alien, le révolutionnant avec respect, les deux compères livrent un film qui n’appartient plus au même genre que le premier, tout en gardant le même esprit… exit l’horreur et les zombies, et comme on pouvait s’en douter au vu du dernier acte de [•REC], place à l’action et au paranormal! On aime le changement ou pas, mais au moins personne ne pourra leur reprocher de refaire la même choses… ces deux-là ont tout compris à ce que le public attendait d’eux, bravo!

Comme dans Aliens, c’est l’apparition des militaires, histoire d’apporter un petit côté « Badass Motherfucker » qui manquait aux journalistes du premier (même si le pompier était pas mal dans ce style), le mot d’ordre n’est donc plus la frayeur mais le bourrin, et le premier des 3 actes du film ne sort jamais de cet état d’esprit! Jaume Balagueró et Paco Plaza en viennent à assumer pleinement leur héritage culturel du cinéma de genre et du jeu vidéo. Une scène d’intro directement issue d’une intro de FPS avec le briefing d’avant-mission des soldats en caméra subjective, caméra disposée sur leur casque qui rappelle autant ce type de jeu que le film de SF de Cameron. Et on est parti pour une très grande première demi-heure qui justifie à elle-seule l’existence du film! L’ambiance est un mélange de cette sensation de danger permanent et d’action pure, car l’avantage des militaires sur le commun des habitants de l’immeuble ou même sur de simples flics, c’est qu’ils sont armés, et lourdement. Donc on assiste tout de même à un beau nettoyage de zombies, filmé de façon bien plus naturelle que dans le premier film, ce qui le rend encore plus efficace.

Alors heureusement on sursaute encore un peu malgré les ficelles classiques mais toujours efficaces, mais c’est surtout du bon gros délire bien bourrin avec des personnages qui sont venus pour faire le ménage et qui ne comptent pas vraiment s’en aller sans avoir sauvé ce qui pouvait l’être. La surprise c’est le personnage qui les accompagne… alors que le film précédent dressait un gentil procès de l’église catholique au détour des révélations finales, on a ici droit à une lutte du bien contre le mal, le bien étant symbolisé par un homme d’église. C’est donc assez surprenant de voir débarquer dans cet univers crucifix, chapelets et versets de la Bible… pour combattre les infectés! Mais on se dit « pourquoi pas? », après tout les réalisateurs réussissent à nous prendre à revers, et c’est plutôt une bonne chose.

Puis arrive le second tiers du film qui sera son ventre mou, un peu comme les séquences d’interviews du premier film qui venaient un peu ruiner le rythme. La multiplication des points de vue, une des nouveautés du film car on ne suit plus seulement l’action par le biais d’une seule caméra, qui est au départ une bonne chose, se pose dans cette partie comme le plus gros défaut de l’ensemble du film… en suivant des personnages inutiles, on perd pas mal de tension même si on a tout de même droit à quelques séquences assez jouissives.

Heureusement on retrouve assez rapidement nos soldats qui sont les seuls et uniques maîtres de l’action, et qui nous en donnent tant et plus!! Rien de tel que des fous de la gâchette lâchés dans un lieu où la situation est incontrôlable pour symboliser l’instinct de survie extrême. Sauf que, nouvelle surprise, le film n’est pas QUE le film bourrin qu’on espérait, c’est un film qui vient renouer avec une certaine tradition du cinéma fantastique, celle de la représentation du paranormal… alors certes à la fin de [•REC] on comprenait bien qu’il y avait dans cette contamination une vague histoire de possession plus que de virus mais en aucun cas on ne pouvait imaginer que ça en arriverait à ce point!! Car [•REC]² l’air de rien nous rappelle au bon souvenir d’un certain Exorciste de monsieur Friedkin… mais va encore plus loin en introduisant une autre figure du fantastique « classique », celle de l’univers parallèle, par une astuce assez habile d’ailleurs, et très logique.

Bien entendu on ne va pas voir un film comme [•REC]² pour ses acteurs, même s’ils font le boulot plus qu’honorablement (sauf ceux de la partie centrale…), on va le voir pour les sensations qu’il procure. Et cette fois à la place de la peur, c’est un vrai bonheur déviant car [•REC]² est un film violent, sanglant, drôle (quelques gags d’humour noir très bien sentis), et très très très bourrin, brut de décoffrage. A cela on peut ajouter que la mise en scène des deux réalisateurs est toujours aussi bien sentie, encore plus réaliste et immersive, avec toujours un soin incroyable apporté à la photographie. En résumé [•REC]² ça fait moins peur que [•REC], mais en s’attaquant à un genre nouveau avec une générosité infinie sans complètement abandonner le concept de départ, c’est une suite moins originale mais peut-être encore plus jouissive que son modèle. Et bien que le film souffre de quelques défauts évidents (quelques soucis au montage, manque de crédibilité de certaines séquences), ça n’en reste pas moins un grand moment de cinéma décomplexé et bien badass, en plus d’un nouveau tour de force technique.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.