Review
Point limite zéro est un peu le pendant sur quatre roues du cultissime Easy Rider, mais sans les stars et les Harley Davidson. Une ode à la liberté avant tout et une autopsie d’une Amérique métissée, le tout prenant la forme imparable d’une course poursuite interminable. Assez méconnu du grand public, le film constitue une découverte fascinante de par tout ce qui s’en dégage, en plus de son évident rôle de pilier.
Comment ne pas remercier Quentin Tarantino de ramener à la vie de pareils films, oubliés malgré des qualités évidentes? Connus essentiellement de quelques cercles cinéphiles. Grâce à son Boulevard de la mort, et malgré ses gros défauts, notre génération peut enfin découvrir, même si elles étaient déjà accessibles, des oeuvres extrêmement attachantes. Et Point limite zéro est de ces films exceptionnels qu’on aimerait voir diffusés plus souvent. Certes le vent de liberté et d’anarchie qui s’en émane ne peut pas plaire à tout le monde et dérange encore aujourd’hui, mais quel bonheur!

Kowalski, impassible et déterminé, est le dernier héros américain, un homme qui représente la liberté après un passé qu’on découvre sombre au fil des flashbacks. Un as du volant bien sur mais aussi un adepte du speed, qui emmène ce road-movie vers des sommets presque métaphysiques. Au fil de ses rencontres on découvre des hippies, des bikers, des rednecks… tout ce qui a fait l’Amérique profonde et pluri-ethnique. Et au volant de sa somptueuse Dodge Challenger blanche il va devenir un symbole pour le peuple, guidé et représenté par un animateur radio noir et aveugle, qu’il ne rencontrera jamais physiquement malgré leurs dialogues « virtuels ».
En plus de son message fort, le film impressionne surtout par la qualité de sa mise en scène, et il fallait un talent certain pour faire une course-poursuite avec les forces de l’ordre d’1h30! Aucune baisse de rythme malgré un bon nombre de plans contemplatifs sur le paysage, la voiture est bien sur filmée sous tous les angles, les cascades sont impressionnantes de réalisme (on est presque malheureux pour le destin de la belle jaguar type E, presque une miniature à côté de la Dodge)… bref un film important qui n’était pas forcément connu dans notre pays et qui s’ajoute à cette fameuse liste des curiosités à découvrir de toute urgence! Et le rôle d’une vie pour Barry Newman.

Hymne à la liberté, autopsie de l’Amérique telle qu’on ne la connaissait pas, trip métaphysique, et le tout déguisé en une gigantesque course-poursuite d’1h30. Point limite zéro est un tour de force comme on n’en trouvera sans doute plus jamais au cinéma, une oeuvre libre et extrême, un brin anarchiste et exutoire. Une merveille qui gagne à être découverte.
Date de sortie cinéma : 12 mai 1971
Synopsis : Kowalski, un ex-flic vétéran du Vietnam, champion de stock-car, parie qu’il ralliera Denver à San Francisco en moins de quinze heures. Les policiers de Californie et du Nevada ne tardent pas à se mettre à sa poursuite …
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