Review
Présenté au mois de mai en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes, Pieds nus sur les limaces est le second long métrage de Fabienne Berthaud qui adapte ici son propre roman éponyme publié en 2004. Titre étrange pour un film étrange, mais finalement bien moins que le roman qui était un concentré de glauque malsain, du genre à mettre mal à l’aise le plus blasé des lecteurs. Après Frankie, son premier film marathon monté sur plusieurs années et qui aura révélé la débutante – à l’époque – Diane Kruger, Fabienne Berthaud replonge dans les méandres de la folie, douce cette fois même si toujours pathologique. Avec une sensibilité typiquement féminine elle nous conte pendant près de deux heures l’histoire de deux soeurs, personnages aussi proches que fondamentalement différents, et qui après le décès brutal de leur mère vont devoir vivre plus ou moins ensemble. L’aînée Clara ayant la responsabilité de sa jeune soeur Lily légèrement instable. Par cette mort brutale en guise d’introduction, la réalisatrice détruit immédiatement et symboliquement la caution morale de ses personnages qui en un sens se retrouvent livrés à eux-mêmes et vont devoir affronter la vie telle qu’elle est pour l’une, apprendre à accepter son passé pour l’autre. Sous ses airs de chronique dramatique et errance solaire comme on en a déjà vu mille, Pieds nus sur les limaces recèle des trésors de sensibilité pour dépeindre une fable initiatique pas comme les autres.

Fabienne Berthaud prend rapidement le contre-pied de son oeuvre écrite. Tant mieux, elle évite ainsi la répétition inutile et propose une vision parallèle à son récit, en l’abordant de façon beaucoup moins subversive et beaucoup plus lumineuse. De cette manière elle s’adresse évidemment plus au grand public, mais pas seulement car elle ouvre une sorte de perspective inédite sur cette relation entre soeurs, comme si tout cela pouvait se terminer dans le bonheur. Si au départ les rôles sont clairement définis, à savoir la grande soeur sage et la petite soeur incontrôlable, ils évoluent considérablement au fur et à mesure. En particulier le personnage de Clara, engoncée dans une vie pépère rassurante mais qui ne lui apporte semble-t-il aucun plaisir. Au plus le film avance, au plus les deux soeurs font le ménage autour d’elles, consciemment ou pas, jusqu’à en faire disparaître les homme et à enterrer toute relation « normale ».
Avec les notions de normalité et de différence, on touche au coeur du propos. Car oui, Pieds nus sur les limaces est une histoire d’amour fraternel et destructeur, oui c’est l’illustration d’une plongée dans la folie, oui on y parle de deuil et d’acceptation d’un passé douloureux, tout cela est vrai. Mais le thème central est celui de la marginalité et c’est ce coeur du film qui peut le rendre désagréable. Qu’on adhère ou pas à ce qui nous est raconté, on assiste tout de même à une charge virulente contre la normalité en même temps qu’à une éloge de la marginalité, plus encore que la notion d’acceptation de la différence. Ainsi, il est tout aussi possible d’y voir un film étonnamment libre que profondément démagogique. On préfère la première solution car Fabienne Berthaud fait preuve d’une sincérité sans égal mais le spectateur risque d’être confus à la sortie de la salle.

Entièrement filmé caméra à l’épaule, Pieds nus sur les limaces déborde d’énergie. Une énergie positive, comme une source de vie. Puisqu’il est question de liberté, la mise en scène est sur le même ton, sans cadre précis, avec une caméra évoluant au gré des mouvements des personnages. Fabienne Berthaud réussit même à nous surprendre en alternant de vrais moments de poésie avec des séquences bien plus inquiétantes, quand elles ne sont pas de véritables scènes chocs. Parfois on pense à Innocence de Lucile Hadzihalilovic ou à certains décors (un en particulier) de Mammuth, descendants du surréalisme. Et Pieds nus sur les limaces c’est également une troupe d’acteurs formidables. Les seconds rôles, de Jean-Pierre Martins à Denis Ménochet, sont impeccables mais le couple d’actrices en tête d’affiche est juste magique. Ludivine Sagnier impose son physique de femme enfant mais jette son image de lolita aux orties tandis que Diane Kruger joue avec son image de femme froide et distante avec un décalage surprenant. Elles sont tout simplement sublimes.







FELICITATION Mme BERTHAUD FABIENNE POUR VOTRE FILM
LE CHOIX DES ACTEURS SAILLIE A MERVEILLE AVEC LES PERSONNAGES
DIANE KRUGER,LUDIVINE SAGNIER,DEGAGENT UNE CLARTEE INNOCENTE.
CE QUI FAIT QUE VOTRE FILM RESTE LEGERS, MALGRE, LE SUJET DOULOUREUX. IL EN EMANE UNE BELLE HARMONIE ENTRE LE TEXTE,LES ACTEURS, LA NATURE,ET LES COULEURS TOUT SE CONFOND…..ET VIENS REMPLIR NOS YEUX DE SES LUMIERES……….. MERCI
CORDIALEMENT YASMINA BEN-YAHIA
Si tu veux … Mais je trouve qu’un film doit pouvoir exister seul, sans qu’il soit pétri de références extérieures. Pourquoi ? Pour être juste envers tous les spectateurs, pour qu’il puisse toucher le plus de gens possible. Alors faire une adaptation en y appliquant un effet de miroir, je trouve ça injuste pour tous ceux qui n’ont pas lu le livre, parce qu’ils ressortent de la salle déçus par la fin, alors qu’elle n’est pas justifiée.
(naïveté, quand tu nous tient !)(faut que j’arrête de commenter au réveil…)
@SaintLaz: Tout à fait. Perso j’aimerais que tous les films ou presque bénéficient de fins ouvertes, il n’y a rien de plus beau au cinéma… cependant là ça reste justifié à mes yeux car la réalisatrice voulait vraiment aller jusqu’au bout dans l’effet miroir vis à vis de son roman
Bien d’accord sur plusieurs points : un césar pour les décors est requis, le films est d’une magnifique sensibilité, Kruger et Sagnier sont très justes. Après, il faudrait aussi prévenir les lecteurs de la fin toute fabriquée, toute artificielle, juste là parce qu’il faut une fin. Une fin ouverte aurait été vraiment magnifique, pas vrai ?