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Voilà un film qui a un mal fou à cacher ses ambitions. La composition des affiches, la typographie, la bande annonce, tout est réuni pour faire de Percy Jackson la nouvelle franchise à succès qui prendra le relais d’un Harry Potter en fin de course (et qui n’aura été passionnant que le temps d’un troisième épisode de haute volée, continuant à sombrer par la suite jusqu’à un Prince de Sang-mêlé lamentable). Et il faut dire que la saga imaginée par Rick Riordan (dont les 5 tomes parus sont tous dans le top 50 des best-sellers cette semaine aux USA, selon USA Today) avait de quoi séduire avec une idée aussi saugrenue qu’excitante: faire entrer les dieux et personnages de la mythologie grecque dans un environnement contemporain! L’idée est géniale pour quiconque voue un culte sans limites aux histoires de Méduse, Persée, Hercule et tous leurs camarades aux pouvoirs incroyables et aux exploits ayant traversé les ages. De plus les romans sont écrits par un spécialiste qui a tout de même enseigné la mythologie grecque pendant des années, on pouvait donc s’attendre à quelque chose de sérieux à défaut d’être crédible. Et pour qui aime la fantasy, il y avait là matière à faire un gros coup. Sauf que ce n’est pas le cas. Dans les romans les personnages sont des enfants de 12 ans, dans le film se sont des ados de 17, histoire sans doute de se démarquer de ceux de J.K. Rowling ou pour leur emboîter le pas aujourd’hui c’est au choix. Le résultat immédiat est que le film se veut presque adulte alors qu’il reste très (trop) enfantin. Le public qui y sera réceptif est celui qui ne réfléchit pas tant que ça devant un film, ou pour dire les choses clairement, le spectateur adulte est un peu pris pour une buse.

Le film développe pourtant quelques très bonnes idées, qu’on n’attendait pas vraiment, mais les sabote à peu près à chaque fois. Par exemple le thème de la famille qui entoure un être supposé extraordinaire, c’est excellent, les liens qui lient Percy à sa mère et la haine envers son beau-père, on y croit. Sauf que quelques scènes plus tard, la mère de Percy meurt (ou pas), et ça ne semble pas perturber le garçon plus que ça. Il s’agit là d’un exemple parmi d’autres de ce qui ne fonctionne pas dans ce film qui veut en priorité en mettre plein la vue au public sans vraiment se soucier de la construction du récit. En fait, et même si on peut comprendre pourquoi, il est trop court et condense une quantité plutôt impressionnante de péripéties en un minimum de temps. Du coup, on ne peut pas croire une seule seconde à ce qui se passe, l’évolution des personnages (qui pouvait offrir un second niveau de lecture comme métaphore du passage à l’âge adulte, déjà vue mais toujours intéressante) est sacrifiée au profit du dieu spectacle, et pas toujours avec bonheur.

Autre énorme point noir pour un film qui cherche à marier moderne et mythologie, le placement de produits. Au départ on se dit pourquoi pas, après tout ces ados consomment sans doute de la marque. Mais là c’est presque écœurant! Percy se sort de certains problèmes grâce aux sandales d’Hermès qui sont devenues des Converses ailées, leur plan n’aurait jamais pu se faire sans un ordinateur Mac, le dos d’un iPhone est essentiel pour observer méduse comme dans un miroir et quoi de mieux qu’une Maserati pour échapper aux sirènes… on n’avait pas vu placements si visibles dans un blockbuster depuis I Robot (Converse également…).

On en vient à un autre sujet embarrassant, la présence de certaines créatures justement. Le film se déroule dans notre monde moderne, les personnages au début du film sont dans un musée où ils parlent de la mythologie grecque et des héros, dont des créatures tuées par ces héros. Sauf que non aujourd’hui Méduse et l’hydre sont bien vivants, à croire que Persée et Hercule n’ont pas bien fait leur boulot à l’époque et heureusement que Percy Jackson est passé en 2 secondes du statut de lycéen dyslexique à celui de héros pour remettre un peu d’ordre dans tout ça. On l’aura compris, on n’y croit jamais, impossible si on a dépassé les 12 ans. S’ajoutent à l’addition déjà salée des choix parfois très douteux. Le mont Olympe se situe en haut de l’empire state building, l’entrée des enfers à Hollywood (d’ailleurs le départ pour les enfers se fait sur un morceau d’AC/DC tellement cliché qu’on en taira le titre), les sirènes sont à Las Vegas (cliché encore, comme quand le petit black de service de peut s’empêcher de se croire dans un clip de rap US) et c’est du même acabit tout le long.

Le casting n’est pas trop mal choisi avec des caméos très sympa (bémol pour Steve Coogan en Hadès au look de biker), les 3 rôles principaux sont assez attachants, même si Logan Lerman faisait meilleure impression dans 3h10 pour Yuma. La mise en scène de Chris Colombus est, comme on pouvait s’y attendre, très impersonnelle mais l’espace de quelques scènes il montre un certain souffle épique qui manque cruellement au reste du film. Le plus bel exemple reste quand les eaux se déchainent, assez impressionnant. Au final on se retrouve avec un produit extrêmement calibré pour le jeune public américain (pour qui le centre du monde est l’Amérique et pour qui les catastrophes n’arrivent qu’en Europe), un film sans véritable saveur, rarement impressionnant, et qui laisse un sale goût de potentiel immense mais gâché. Dommage! Mais les enfants seront sans doute aux anges.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.