Review
Fils du grand Costa Gavras, co-fondateur du collectif Kourtrajmé avec Kim Chapiron (qui nous avait mis une belle claque cet été avec Dog Pound , Romain Gavras est en train de se construire une gentille réputation d’agitateur/provocateur franchement doué. Après avoir cité Stanley Kubrick dans son clip pour Stress de Justice puis Peter Watkins pour Born Free de MIA, toujours avec style et un ton en permanence ancré dans la pure provocation, il passe logiquement au long-métrage et ne quitte pas son cheval de bataille. Mais est-ce que ce qui fonctionnait parfaitement sur un format très court s’adapte au format cinéma? C’est rare et si un clip ne nécessite pas forcément un scénario solide, ce n’est pas vraiment le cas pour un long métrage. Avec Notre Jour Viendra, et si les interventions de Romain Gavras semblent empreintes de sincérité, on ne sait pas trop où il veut en venir. Road-movie, comédie noire, parcours initiatique, boule de haine, portrait d’une société, Notre Jour Viendra, s’il est souvent maladroit, se démarque largement du tout venant de la production cinématographique française en mélangeant les genres et en proposant un cinéma sensoriel surprenant de la part d’un réalisateur « débutant ». Et s’il ne parvient pas à totalement convaincre, pour des raisons évidentes, son film ne manque vraiment pas d’intérêt et parvient au moins à déstabiliser, ce qui n’est pas rien. Devant l’errance bizarre de ces deux personnages cramés et en colère contre le monde, on ne sait pas trop quoi penser, mais Notre Jour Viendra possède au moins une sérieuse qualité, il ne laisse pas indifférent. Mais il est tout de même un peu con.
Notre Jour Viendra commence comme une quête identitaire, comme un gros coup de gueule contre la société. Au départ il y a la rencontre entre deux rouquins, un souffre-douleur mal dans sa peau, légèrement dépressif et à la sexualité pas vraiment affirmée, et un psy quarantenaire, rebelle nihiliste et maître à penser manipulateur. Rapidement le film s’oriente vers le road-movie, genre symbolique d’un cheminement spirituel. Road-movie un peu mou d’ailleurs, mais qui pose des bases plutôt intéressantes. Sauf que Romain Gavras brouille les pistes assez vite et ne laisse aucun repère au spectateur. Le pseudo-racisme anti-roux qui semblait au centre du film ne devient qu’un prétexte pour un étalage de haine raciste. Juifs, arabes, homosexuels, jeunes, petites gens, tout le monde en prend pour son grade sans qu’on sache trop quel est le ton du réalisateur derrière les images. Est-il sérieux ou fait-il de l’humour? On choisira la seconde option même si le ton détaché rend l’humour difficile d’accès. C’est de l’humour assassin et vraiment très ambigu, à double-tranchant.
Le personnage de Patrick, sorte de gourou avec des restes de la rébellion post-68 s’affirme comme une variation de vampire se nourrissant de la détresse des hommes, des faiblesses de Rémy qu’il illumine autant qu’il détruit, un sale type méprisant l’humanité au sens large. Ces Bonnie & Clyde d’un nouveau temps, dont la relation est difficilement identifiable, s’embarquent dans une épopée étrange jalonnée de rencontres surréalistes et les menant vers une fin irrémédiablement tragique. Il ne peut pas en être autrement, et ce dès le début. Le soucis c’est que cette aventure haineuse et vengeresse, comme si un duo de roux se mettaient en tête de détruire le monde, crachant sur quiconque croise leur route, n’a aucun sens. Romain Gavras souhaite sans doute retrouver le ton d’Orange Mécanique ou d’un cinéma français irrévérencieux des années 70 – Blier et les Valseuses en tête – mais n’apporte jamais la moindre justification à autant de haine et de bêtise animale. Comme si le monde dans lequel on vivait avait besoin d’artistes subversifs défiant la morale, sauf que le jeune homme arrive un peu tard, et qu’un faux rebelle issu de la petite bourgeoisie n’a pas la crédibilité nécessaire pour assurer la mission.
Crétin, faussement rebelle et finalement très vain, malgré des éléments passionnants, voila comment on pourrait résumer le propos de Notre Jour Viendra, un film souffrant terriblement de son scénario mal torché, pour ne pas dire quasiment absent. Mais à l’inverse Romain Gavras n’a aucun mal à nous convaincre par son traitement graphique. Naturellement doué pour accoucher de plans magnifiques, de mouvements hyper classes et capable de capter une lumière magique, Gavras livre un film techniquement très abouti, sans la moindre approximation. Et c’est finalement plutôt logique suite à ses clips déjà virtuoses même s’ils étaient sous forte influence. Boosté par des choix musicaux intelligents, du classique à des sons rappelant les meilleurs moments de Rubber (autre errance bizarre), Notre Jour Viendra est un objet de cinéma sacrément intéressant, d’autant plus qu’il est mené par des acteurs bluffants. Vincent Cassel ne livre pas sa meilleure prestation, Olivier Barthelemy est insupportable, mais tous deux participe avec talent à construire des personnages pour lesquels on ne peut ressentir aucune sympathie, c’est sans doute l’effet souhaité. Le revers de la médaille est qu’en créant des personnages détestables, on se fout un peu de leur relation qui est pourtant le coeur du film. Dommage, car le parcours de deux tarés de ce type vivant une relation extrêmement ambiguë était un sujet en or.
Pour son premier essai au cinéma, le faux rebelle Romain Gavras, réalisateur parfois inconscient du pouvoir du médium qu’il manipule, peine à convaincre. On peut saluer l’ambition générale et ce désir d’anticonformisme, que ce soit dans le fond ou la forme, dans un paysage cinématographique français généralement frileux. Mais quand on fait un film, et surtout un road-movie, il vaut mieux avoir quelque chose de concret à raconter, ou au moins des bases pour développer quelque chose. Car en l’état, si la mise en scène est virtuose et les acteurs remarquables, Notre Jour Viendra brasse du vide et ressemble trop à un coup de provocation gratuite. Mais aucun doute que le jour de Romain Gavras viendra, il a un potentiel dément.
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Gavras peine à convaincre parce qu’il n’a jamais eu la dalle et qu’il n’avait pas besoin de prendre le rer pour aller en classe? C’est quoi ses arguments fallacieux et stériles? Comment peut-on encore écrire ce genre de conneries en 2010?
Si le doute quant à son orientation politique et ses idéologies règne, il me semble que ce n’est pas vraiment le sujet du film. Que ce soit dans ses clips ou dans son film, la sobriété, la pureté dans la mise en scène ainsi que dans le cadrage est de rigueur, ce qui ne permet pas de définir clairement l’objectif du cinéaste. Et c’est ca qui est formidable! De créer quelque chose d’ambigu, quelque chose de rêche qui nous résiste! D’arrêter de prendre le spectateur pour un con et de ne pas lui cracher à la gueule ce qu’il doit comprendre. De ne pas balancer son journal intime, CV et lettre de motivation au public pour l’assurer de sa propreté, de sa noblesse et de sa condescendance. Voilà l’intelligence Monsieur Gilli! Et si vraiment on veut chercher à comprendre les intentions de Gavras, on passe sur youtube, on regarde ses courts-métrages, on lit ses interviews (où il cite Pialat comme l »une de ses plus grandes influences!) et on se rend compte qu’il ne peut pas être question de racisme. Tous les genres humains, toutes les catégories d’individus sont vitriolées. Y compris ses personnages principaux! Vous parlez de « faux rebelle », mais peut-on dépasser la simple connerie et comprendre que les premiers marginaux, Villon, Rabelais en remontant jusqu’à Baudelaire, ne condamnaient pas la race humaine mais lui manifestaient simplement leur profonde tendresse, le douloureux attachement qu’ils lui portaient!
Et quelle meilleure preuve d’amour que la musique de SebastiAn, que l’encadrement et le soin minutieux porté à chaque plan? Peut-on parler de racisme alors que ce film n’est qu’ amour des sujets filmés, que miroir fidèle de leur lassitude et de leurs inquiétudes, que l’esthétisation de leur violence et de leurs vices?
Pas de narration? Un scénario baclé? Mais qu’appelez vous scénario? La littérature française ne compte dans sa totalité que 3,4 histoires: tout le reste n’est que variations et digressions. Et vous criez haro sur un cinéaste qui n’en est qu’à son 1er long-métrage?
Si la multiplicité des genres est tout aussi manifeste que l’opacité des personnages, soyez-en ravis, et profitez-en! Notre jour viendra est un film qui exalte nos sensations, nos pensées les plus abjectes, qui nous ronge de l’intérieur, qui nous permet de repenser à lui des semaines après sa projection. Quel cinéaste aujourd’hui est capable de faire ca? Qui prend seulement en compte son spectateur et crée un dialogue avec lui parce qu’il le considère en tant qu’il est sujet pensant? Dumont, Panahi, Ameur-Zaïmeche.
En tant que spectatrice, je remercie Romain Gavras de penser que je peux comprendre ses métaphores, son humour noir, son goût pour le double-jeu, je le remercie pour avoir filmé des sujets dans leur réalité, qui parfois est hermétique tout comme le quotidien peut l’être, sans avoir utilisé de surligneur, je le remercie pour avoir laissé respirer sa narration et enfin je le remercie de ne pas avoir créer un scénario trop bien ficelé où tout se succède et se répond avec une synchronisation dissonante, irréelle et artificielle.
« Comme si le monde dans lequel on vivait avait besoin d’artistes subversifs défiant la morale, sauf que le jeune homme arrive un peu tard, et qu’un faux rebelle issu de la petite bourgeoisie n’a pas la crédibilité nécessaire pour assurer la mission. »
Je pense que l’opposition et la défiance de la morale n’a pas d’origine sociale bien que la plus grande des révolutions de notre histoire ait été impulsée par la bourgeoisie. Le monde a besoin d’artistes subversifs qui offrent une vision de la société qui est parfois dénuée des conventions traditionnelles. Ce film va servir de fer de lance à ce réalisateur qui promet enfin des jours heureux au cinéma français.
Je pense qu’il s’agit d’une approche assez mal construite, et cela du a la trop courte durée du film qui ne permet pas d’aller plus loin, de la vision rognée de personnes qui ont trop soufferts de leur physique. Tout le film tourne autour de la psychologie. On comprend que Vincent Cassel est psychanalyste dans ce film, il est donc assez évident que c’est un grand bras d’honneur a toute la psychologie moderne… C’est en fait l’histoire du psychanalyste de 40ans las d’entendre toute la misère du monde et qui, en voulant aider un jeune dans le soucis, finit par péter les plombs en se retrouvant dans ce même jeune. Ce schéma est un peu bateau et c’est pourquoi le film n’a pas grand intérêt. Néanmoins, l’idée d’avoir penser aux roux en est une bonne..
Pour resumer c’est un film sur la psychologie moderne qui déconne et la crise de la quarantaine.
En dehors de ça, comme cela l’est dit la réalisation est très belle au niveau technique, le cadrage, les prises de vue.. Chapeau !
Je trouve la critique très bien écrite, objective et évite de tomber dans l’admiration « hype » du réalisateur. Le film est certes un diamant visuel mais manque cruellement de fond. Du coup à la fin du film on ne voit pas trop l’objectif du réalisateur ni le sens du film, gros problème de scénario mais je le reconseille tout de même car ce film représente peut être une petite ouverture dans un cinéma français majoritairement sans interêt.
Un film tout simplement génial, défiant toute moralité comme cité plus haut, une quête sans but finalement, le craquage de 2 hommes différent et pourtant si proche…
Pour ma part, c’est un chef d’œuvre.
Wow, quel film.
Ca fait bien 5 ans que j’avais pu vu une perle, une perle pareille.
Gavras devrait être uniquement metteur en scène, ou gérer la « photographie » des films (je sais pas trop comment dire), parce que franchement ce film a vraiment de la gueule !
Pourtant plus j’ai du recul, plus je le trouve nul à chier…
La lumière et les paysages son intéressants. Mais l’histoire est une catastrophe. Ca faisait un bon moment que je n’avais vu un film si ennuyeux.
Ah il a du potentiel, c’est certain, mais il faudra faire mieux pour un éventuel prochain long métrage pour réellement accrocher son spectateur sur la longueur…
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