Critique
Au sein d’une filmographie plutôt fournie en excellents films, on trouve chez les frères Coen une poignée de véritables chefs d’œuvres: Fargo, Barton Fink, The Big Lebowski… À ceux-là il convient aujourd’hui d’ajouter le présent No Country for Old Men, pas loin d’être leur film le plus abouti depuis leurs débuts! En adaptant à leur sauce le roman éponyme de Cormac McCarthy (à qui on doit également la Route) les frangins trouvent le matériau de base idéal pour mettre fin à leur période de récréation cinématographique qui donna les sympathiques mais bien gentillets Intolérable Cruauté et Ladykillers, deux films presque indignes de leur talent… On aurait pu croire qu’ils en avaient oublié leur côté sombre pour se consacrer à temps plein à de la pure comédie, ils nous livrent avec celui-ci la preuve magistrale que non, qu’ils sont toujours parmi les réalisateurs qui comptent le plus à notre époque et que finalement ils sont tout à fait capables de s’amuser sur un film puis de livrer juste après une œuvre gigantesque… et cette fois ils disent au revoir à l’humour de bas étage, retrouvant une certaine forme d’humour noir presque inaccessible et dérangeant dans un film qui mêle habilement thriller et western au sein d’un univers crépusculaire que n’aurait pas renié Sam Peckinpah, un film sur une génération qui s’éteint, largement dépassée par les évènements qui se déroulent devant leurs yeux et qu’ils observent avec un recul qui ressemble plus à de l’impuissance qu’à une démission. En cela, il ne fait aucun doute que le personnage central de ce récit, même si ce n’est pas lui qui possède le plus de temps à l’écran, est celui interprété par Tommy Lee Jones… c’est lui le vieil homme pour qui ce pays n’est plus…

Mais ce que nous content les Coen ce n’est finalement ni une traque, ni un duel ou une enquête. Certes la trame est là, servant de base nécessaire à l’enchaînement des scènes mais ils voient beaucoup plus loin que ça, cherchant à pondre ce qui restera sans doute comme leur film ultime. Ultime dans ses thèmes qui poussent leurs réflexions passées dans leurs derniers retranchements, mais également ultime sur la forme qui n’aura jamais atteint une épure aussi totale et magnifique. Dans No Country for Old Men les frères Coen se refusent catégoriquement à l’esthétisation outrancière en vogue dans le néo-western, pas de ralentis, pas de photographie hyper travaillée aux filtres, et pas de musique mélancolique… de partition musicale il n’y en a pas de toute façon, si ce n’est furtivement lors d’un réveil mexicain ou lors du générique final, leur dernier chef d’œuvre est épuré jusqu’à ce point.
Mais image épurée ne rime pas forcément avec « moche ». Au contraire les Coen construisent leurs cadres soigneusement, ne laissant aucun élément au hasard pour un résultat qui transpire le perfectionnisme obsessionnel dans chacune des scènes du film. Esthétiquement c’est donc superbe, que ce soit lors de ces visions des étendues désertiques infinies ou de tous ces plans serrés sur les personnages, c’est d’une précision clinique dans la mise en scène, ce qui rend le film glacial et paradoxalement magnétique… car si les images sont belles comme un tableau naturaliste c’est bien ce qui se passe dans le cadre qui nous prend aux tripes sans qu’on le sente arriver. 3 hommes, 3 destins tragiques, 3 visions de la solitude de notre existence, et 3 acteurs formidables.

Les frères Coen nous ont souvent montré des solitaires, thème qu’il explorent ici à l’extrême avec un flic dont le métier l’empêche d’avoir une vie de famille normale alors que c’est pourtant ce à quoi il aspire profondément, un tueur impitoyable, froid, méthodique, cruel, le genre de pitbull qui ne lâche jamais, et un type tout à fait normal qui fait juste les mauvais choix, qui est au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’isole pour écarter le danger de ceux qu’il aime (à sa façon toute texane bien sur). Ces 3 là ne se croiseront finalement que très peu, voir pas du tout, et passeront la totalité du film complètement isolés, soit en fuite perpétuelle, soit en chasse… Étrange, noir, violent, le film est à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre des frangins qui livrent leur vision pessimiste du pouvoir du destin sur nos vies. Crépusculaire jusque dans les dialogues, rares et finement écrits, où les protagonistes semblent peser chaque mot comme si c’était le dernier, No Country for Old Men a tout du film somme, comme si les deux réalisateurs atteignaient enfin leur zénith d’artistes, ré-inventant leur cinéma tout en s’affranchissant de la plupart des codes en vigueur. Ce qui fait que ce film ne peut appartenir à aucun style en particulier alors qu’il en aborde plusieurs (thriller et western donc mais aussi survival).
Un scénario inventif et intelligent, une mise en scène fabuleuse, ne manquaient que de grands acteurs pour accéder au firmament. C’est le cas avec un Tommy Lee Jones vieillissant, taciturne, absolument parfait dans le rôle du shérif qui a perdu sa foi en l’homme. Mais aussi et surtout Javier Bardem en tueur psychopathe, presque grotesque avec ses cheveux longs mais terrifiant à chacune de ses apparitions. Et pour compléter le trio un immense Josh Brolin revenu d’entre les morts et qui trouve enfin (et la même année que Planète Terreur) un grand rôle à la hauteur de son talent, dans la peau du mec qui lutte pour sa survie… on peut bien sur ajouter une galerie de seconds rôles tous excellents sans qu’on retrouve les habitués du cinéma des frères Coen, chose presque révolutionnaire! Une scène finale aussi abstraite que mélancolique finit d’enfoncer le clou d’une œuvre précieuse, le retour en grâce des frères surdoués du 7ème art qui nous livrent un des quelques chefs d’œuvres des années 2000, stupéfiant d’inventivité et virtuose à tous les niveaux.






[...] très longtemps, à ranger juste à côté du dernier chef d’oeuvre en date des frères Coen, No Country for Old Men, sorti à quelques mois [...]
[...] le western. De The Big Lebowski (l’ouverture du film, le personnage de l’étranger) à No Country for Old Men (toute l’iconographie des paysages de l’ouest américain) on a toujours trouvé des [...]
[...] drôle de voir les frangins les plus doués du monde revenir au genre après l’incroyable No Country for Old Men en signant une nouvelle adaptation du roman de Charles [...]
[...] Miike avec Sukiyaki Western Django, Alex de la Iglesia avec 800 Balles, les frères Coen avec No Country for Old Men, Andrew Dominik avec l’assassinat de Jesse James, John Hillcoat avec The Proposition… [...]
[...] ils affectionnent particulièrement les philosophes à tendance désabusée (Tommy Lee Jones dans No Country for Old Men). Et à chaque fois une grosse galère les entraine dans une série d’évènements aussi [...]
[...] bien qu’on pouvait penser de lui grâce à ses seconds rôles (la série Deadwood, la Route, No Country for Old Men, l’Assassinat de Jesse James…) il n’imprime pas autant que Davis Hess dans le [...]
[...] avait été impressionné par l’enjeu, contrairement aux Frères Coen qui se sont appropriés No Country for Old Men. En résulte un côté un peu impersonnel, c’est sans doute son plus gros défaut. Mais il [...]
[...] plus cools de l’histoire et bien entendu pour cet extraordinaire western moderne qu’est No Country for Old Men, un des plus grands films des 10 dernières [...]
[...] de pondre un nouveau film après l’extraordinaire succès (amplement mérité) de No Country for Old Men, surtout quand les frères Coen annoncent que ça sera une comédie… On se dit que ça va [...]
@Tietie007: Comme souvent en effet!
Exceptionnel Javier Bardem !
@Yuko: Merci c’est sympa
J’en discutais avec d’autres il y a quelques jours, après l’avoir revu, et vraiment pour moi il est du niveau des meilleurs, à savoir Barton Fink et Fargo. Rien que pour la mise en scène ils n’ont jamais été aussi bons je trouve.
C’est vrai que ce tueur froid, implacable nous donne des frissons dans le dos. La mise en scène, maitrisée, nous offre une vision nouvelle du roman de Cormac McCarthy et nous plonge dans le coeur noir des hommes avec des scènes d’une incroyable beauté.
Par contre, je ne pourrais peut-être pas dire que c’est le meilleur Cohen…
J’en profite aussi pour te dire que ton nouveau blog (oui, je suis en retard…) est super ^^ Je découvre des tas de nouveaux articles et ai hate de découvrir les prochains ^^ A très vite !!
@I.D.: Clair que Woody même si on le voit pas beaucoup il assure bien (d’ailleurs je viens d’y penser mais son perso dans Zombieland est relativement proche)
Ça me fait plaisir de voir que quelqu’un d’autre a su apprécier Burn after Reading tiens!!
Les Coen, j’en suis fan. Avec No Country for old men, ils tapent fort. Cette oeuvre c’est du lourd, je suis tombé sous le charme par leur dextérité derrière la caméra et enchainé peu de temps après Burn after reading c’est un régal.
Du grand.
Je m’étonne aussi que ce film ait si bien marché aux Oscars, en effet il n’est pas facile d’accès.
Une spéciale pour la coupe de cheveux de Bardem et surtout le guest de Woody Harrelson (que j’adore) en une espèce de pecno cow-boy succulent.
Ouais ben, pour l’instant, je trouve l’adaptation cinématographique très proche du roman et j’ai du mal à voir comment le scénariste aurait pu mieux faire. J’t'en reparlera quand j’arriverais au bout =).
@Nicolinux: Très grand, mais pas si facile d’accès en fait, je suis étonné de son succès aux oscars
@nelsHD: C’étaient pour moi les 2 plus grands films de l’année, avec la nuit nous appartient aussi
@Silice: Pas lu le bouquin pour l’instant, par contre j’ai lu la Route qui est un grand roman. D’ailleurs j’aimerais bien savoir quand tu auras fini le livre tes impressions par rapport au film
Film géniale qui mérite ses prix !
Je suis en train de me lire le bouquin de Cormac McCarthy -et après la, je lirai La route *-* quel programme =D-, reçu à Noël pour mon plus grand bonheur même si ni le film ni le bouquin ne nous donne vraiment envie de rire !
Le film était très bon et pour l’instant le livre aussi =D !
Je suis un très grand fan de ce film !
Avec There will Be Blood (de la même année), ces deux films ont pu me réconcilier avec le film US « qui raconte des choses »
Tout à fait d’accord, un grand film ! Je me souviens encore de la claque dans la salle… Faudrait que je le revois d’ailleurs.
Et il faudrait surtout que je lise le roman de McCarthy.