Critique
Et voilà sans doute la grosse bête à oscars de ce début d’année, malgré le gros flop aux Golden Globes. Faut dire que Rob Marshall n’a pas fait beaucoup de films (3 en comptant celui-là) mais qu’à chaque fois il accède à des budgets monstrueux (80M$ là tout de même) et donc des castings de fou. Et là comment dire… quiconque a un peu suivi la campagne promo s’est rendu compte que la distribution féminine est assez exceptionnelle! Mais Rob Marshall est avant tout metteur en scène au théâtre ou de comédies musicales sur les planches. Chicago, malgré ses récompenses, était assez moyen, et Mémoires d’une Geisha, même s’il était visuellement magnifique, était une trahison par rapport au roman (faire jouer des actrices chinoises en anglais pour incarner des japonaises, quelle horreur!). C’est donc une nouvelle fois avec appréhension qu’on aborde son nouveau film, qui plus est une nouvelle comédie musicale (pas vraiment le genre le plus excitant au cinéma) et surtout une adaptation d’un show ayant fait les beaux jours de Broadway et qui était déjà une adaptation du film 8 1/2 de Frederico Fellini, qui est au passage un des plus beaux films du monde. Mais, si peu de choses laissaient croire à une réussite (sauf si voir des acteurs chanter et danser constitue une forme de plaisir pervers), il y avait tout de même l’élément clé qui attise la curiosité, la présence de Daniel Day Lewis! On sait de quoi cet acteur est capable, de plus il choisit généralement ses rôles avec attention et aborde ses interprétations avec passion. Et bien entendu, si Nine constitue bien une certaine réussite, le film lui doit énormément.

D’entrée de jeu on est sous son charme, sa façon de se déplacer, son regard, son élocution qui crée l’illusion d’être en face d’un acteur italien déclamant ses dialogues en anglais (il aurait d’ailleurs préparé son rôle en apprenant à parler italien couramment!). Il est tout simplement bluffant et nous ferait presque oublier l’ombre de l’immense Marcello Mastroianni, ancien alter-égo de Fellini dans le film original. Il fallait bien un acteur de cette trempe pour porter ce genre de récit. Car l’air de rien il est quasiment le seul homme au milieu d’une foule de personnages féminins, et pas n’importe lesquels. Autour de lui, tout d’abord Marion Cotillard, sa femme, ancienne muse, délaissée, trompée, elle est le personnage le plus tragique et l’actrice française prouve qu’elle peut se hisser à la hauteurs des stars d’Hollywood. Pénélope Cruz, sa maîtresse passionnée, écorché vive qui vie dans l’ombre et qui dégage un potentiel érotique déstabilisant (Ah sa scène de danse…). Mais aussi Nicole Kidman, la star, sa muse qui ne lui fait plus confiance, elle aussi est splendide. Stacy Ferguson (Fergie des Black Eyed Peas) en prostituée romaine dont la vision presque fantasmée sera le dernier rempart de Guido pour savoir qui il est vraiment. Kate Hudson, la potiche de service qui l’idolatre. Et enfin Sofia Loren et Judi Dench, sa mère naturelle et celle de substitution, les deux véritables adultes de cette histoire folle.
Il est vrai qu’à certains moment Nine fait plus penser à un défilé de mode du gotha hollywoodien, en particulier dans la scène d’ouverture qui nous présente l’ensemble de la distribution dans un même numéro de cabaret. Mais cela va plus loin, et si le fait que ce soit une comédie musicale ne freine pas le spectateur, il y a derrière une histoire passionnante. Car la trame de Nine reprend bien entendu celle de 8 1/2, à peu de choses près. Il s’agit d’un réalisateur incapable de pondre son nouveau scénario et qui sombre dans une forme de folie représentée à l’écran par une suite de tableaux tantôt réels, tantôt passés, tantôt fantasmés. Le regretté Anthony Minghella ne s’est finalement pas beaucoup creusé le cerveau pour son scénario.

Le sujet en lui-même, celui de la création artistique et de la perte de repères personnels que cela entraine, est passionnant pour quiconque s’intéresse à ce qui se passe derrière le rideau (ou derrière la caméra en l’occurrence). On suit donc cette lente plongée de Guido Contini à travers toutes les femmes de sa vie, car toutes ont leur importance, que ce soit pour le remettre en selle, pour lui rappeler de vivre ou tout simplement pour l’inspirer. Le soucis dans tout ça c’est qu’autant les numéros musicaux sont enchanteurs, autant la plupart manquent d’ambition picturale. On retiendra ceux de Daniel Day Lewis, faisant la part belle aux jeux d’ombres, et celui de Fergie, un mélange de fureur d’un rouge agressif et de noir et blanc granuleux magnifique. Ou encore la fraicheur et la déclaration d’amour du « Cinema Italiano » chanté par Kate Hudson. Le reste est soit banal soit hors sujet, malgré la beauté des décors, des chorégraphies, et des actrices.
Dès lors on peut se demander si Rob Marshall n’a pas fait une erreur en choisissant la forme de la comédie musicale. Certes au premier abord cela sied à merveille pour évoquer Fellini et cette folie mais l’arrivée des passages musicaux vient gêner la montée en puissance des émotions et casse un peu l’intrigue. Reste qu’on est devant un spectacle flatteur pour la rétine, superbement mis en scène et qui nous donne une illustration de l’aspect bigger than life de ce genre de cinéma, mais l’hommage au maitre italien aurait été plus judicieux sans les numéros chantés qui malgré leurs qualités viennent plomber le récit. Des stars, des paillettes, des femmes de rêve et un acteur extraordinaire ne masquent pas l’évidence, Nine est un film bien trop artificiel pour être pris au sérieux et pour devenir un classique ou même un succès…






[...] pour les profanes. Mais pour un film intéressant ou un poil original il faut se taper tous les Nine, Chicago, et autres produits sans grand intérêt. Cependant si on peut trouver, à raison, ces [...]
[...] On pense bien sur à un récit assez proche pour ses bases de 8 1/2 de Fellini (mal remaké avec Nine) sauf qu’il s’en éloigne assez vite. À ce récit sur la création, ou la [...]
[...] Penelope Cruz, « Nine » [...]
@dasola: Oui c’est clair que le spectacle sur grand écran séduit, mais franchement c’est décevant au final…
Bonjour Niko, c’est typiquement le film à voir sur grand écran. Après avoir vu la BA, j’attend de le voir avec impatience. Quel casting! C’est le rêve. Bonne journée.
@Boîte à meuh: Comme je l’ai dit, c’est moyen, sans grande saveur… en fait on sort de la salle des paillettes plein les yeux car le spectacle est beau, mais finalement il ne reste que la performance de quelques acteurs, le reste c’est bien trop commun pour passionner.
J’ai vraiment peur que ça ne me plaise pas, je n’aime pas vraiment ce que R. Marshall, je trouve ca sans saveur.
Et pourtant la présence de Nicole Kidman (la meilleure quand elle veut), D. Day Lewis, Marion Cotillard…le fait que Moulin Rouge soit mon film préféré ((comédie musicale alors que ce genre ne m’attire pas) devrait me donner au moins envie de le voir !
@Vlad: Pas de soucis pour avant-hier, moi aussi j’ai bien aimé le film. C’est con qu’on se soit pas croisés
Pour Nine, en fait grâce au site j’arrive à accéder à des projections de presse c’est tout
Coucou,
Ce film fait parti de ceux que je veux voir avec impatience
Petite curiosité, comment fait tu pour voir tout ses films en avant première ? Grâce à ton métier ? Un autre moyen plus subtil ? ^^ En tout cas ça nous permet d’avoir une petite idée avant la sortie c’est pas plus mal
Je voulais te remercier au fait pour l’avant première d’hier. J’ai bien apprécier le film je regrette pas le déplacement
A bientôt,
Vlad