Review
Après 2046, film somme assez exceptionnel et bilan d’une carrière déjà incroyable traversé de tant de souvenirs et de fantômes de ses films passés qu’il en devient encore plus nostalgique que tous les précédents réunis, on attendait de Wong Kar Wai un vrai renouveau formel et narratif. On était en droit de l’attendre avec ce premier film tourné à l’étranger avec des acteurs anglo-saxons, un nouveau directeur de la photo (Christopher Doyle a cette fois laissé sa place à Darius Khondji… un génie en remplaçant un autre), la chanteuse Norah Jones dans son premier rôle au cinéma… Mais histoire de couper court au suspense insoutenable, non Wong Kar Wai n’a pas renouvelé son style, il n’a rien révolutionné du tout, et en un sens tant mieux. Quand on voit le résultat, il est clair que le génie hong-kongais ne sera jamais aussi à l’aise que dans ce romantisme mélancolique, dans cette sur-stylisation si belle, dans l’errance amoureuse. Avec My Blueberry Nights, c’est une nouvelle preuve de son talent fou, et tant pis pour les détracteurs.

En effet, de la même manière qu’il avait réussi à s’approprier l’ambiance si particulière de l’Argentine dans Happy Together, ou Hong Kong à différentes époques dans tous ses autres films, il filme l’Amérique comme on l’a rarement vue. Si le film est vendu comme un road-movie il n’en est pas vraiment un car il y a peu de lieux différents malgré les rencontres d’Elizabeth (surprenante Norah Jones). On est toutefois dans un projet assez proche, et sur de nombreux niveaux, du chef d’oeuvre de Wim Wenders, Paris, Texas. Une fois de plus son film parle d’amour. Cette fois, comme dans Chungking Express, il s’intéresse aux conséquences d’une rupture. Mais il ne verse jamais dans le pathos gratuit et les lieux communs liés à ce genre d’expérience, souvent douloureuse. Il apporte grâce à son talent une poésie et une philosophie au drame sentimental d’Elizabeth, par le biais du personnage de Jude Law.
On retrouve des images connues de ses précédents travaux, le fait que l’action se passe aux USA importe peu finalement: un café, un restaurant, une histoire d’amour, une séparation… Tout cela est universel. Il filme Norah comme il avait filmé Faye, avec passion. Il garde cette faculté à impliquer le spectateur dans chaque scène, comme si on était présent, par le biais d’éléments de décor au premier plan. Tous ces destins qui se croisent sont sublimés par sa mise en scène magique et des acteurs au sommet. Le résultat est à la hauteur des espérances, même si plus léger que ses autres films (malgré la photo beaucoup plus sombre), au détour d’une scène de baiser, lors de regards perdus quand résonne le thème de In the Mood for Love à l’harmonica, l’émotion est bien là, réelle et poétique.







