Review
Révélé avec Toto le Héros, consacré avec le Huitième Jour, on était depuis 1996 sans trop de nouvelles du réalisateur belge qui avait réussi à émouvoir son monde avec cette belle histoire d’amitié mettant en scène un trisomique dont les talents d’acteur étaient tout simplement bluffants mais qui visuellement n’avait rien de très ambitieux. C’est tout le contraire avec Mr. Nobody, film qui commençait sérieusement à ressembler à une arlésienne, projet porté par le réalisateur depuis 7 ans, nanti d’un budget pharaonique pour un film européen (33 m€), d’une ambition visuelle démesurée, avec un casting international… bref quelque chose d’assez énorme sur le papier qui est enfin visible après avoir été judicieusement récompensé par un prix technique à la Mostra de Venise. C’est aussi là l’occasion pour Jared Leto de montrer qu’il est un véritable acteur, et pas seulement un acteur impliqué (ce qui est déjà pas mal bien entendu), car il a beau partager l’affiche, c’est lui qui est tout en haut, au centre du film, et qui le porte du début à la fin, le seul et unique fil conducteur. Le film, souvent comparé à tort à l’étrange Histoire de Benjamin Button (rien à voir pourtant…), est un étrange voyage dans les rouages de la mémoire d’un vieillard de 120 ans, tout du moins au début avant que l’on s’y perde et que le voyage devienne autre. Et si Mr. Nobody porte le même prénom que le célèbre Capitaine Némo, c’est qu’il est clairement question ici d’exploration, celle de la conscience d’un homme… ou d’un enfant. Visuellement c’est la grande classe, par contre on peut regretter que le fond soit si facile une fois l’ensemble dévoilé. Car toutes les vies de Mr. Nobody ne tournent qu’autour d’un seul évènement bien anodin…

Pendant 2h17 (précisément) on est secoué un peu dans tous les sens, baladé d’une histoire à l’autre avec simplement quelques petits détails pour s’accrocher. L’expérience est grisante il faut l’avouer et malgré sa durée importante le film passe relativement vite, sans véritable temps mort faisant décliner l’attention. En particulier si on est amateur de belles images et de mise en scène travaillée car s’il y a bien un point sur lequel le film est inattaquable c’est celui-ci! Van Dormael se fait plaisir, expérimente dans tous les sens, quitte à passer pour un frimeur prétentieux (ce qui serait le cas si le film ne s’y prêtait pas, hors il convient tout à fait à cette forme de folie graphique). Le résultat c’est quelque chose de formellement parfait, chaque mouvement de caméra, chaque effet de montage, chaque effet visuel ou cadre trouve une justification dans le récit. Avec 3 trames principales se mélangent 3 styles de mise en scène bien définis, ce qui rend l’ensemble d’une cohérence graphique qui frôle la perfection.
Alors bien sur, mais cela n’est pas un défaut en soit, on pense pas mal à d’autres films… en effet les références volontaires ou non sont légion. Dans la mise en scène, il est clair qu’on est là devant quelque chose de magnifique mais qui nous rappelle les travaux de David Fincher à l’époque où il tentait encore des choses ou encore de Michel Gondry. On pense beaucoup également à l’esthétique générale de certains spots publicitaires ou clips musicaux de la décennie passée… Sur la construction du récit, ce serait du côté d’Aronofsky qu’il faudrait chercher (Mr. Nobody s’approche parfois étrangement du chef d’œuvre The Foutain), tandis que sur le fond, on pense plusieurs fois à cette vague passionnante du cinéma de science-fiction qui compte dans ses rangs des films tels que l’Effet Papillon, the Truman Show ou Dark City… et qui sont tous des références prestigieuses. Donc sur la forme et le fond, c’est ambitieux oui mais finalement pas si original que ça pour peu que l’on ait vu les films pré-cités.

Mr. Nobody en fait, est un film très artificiel. Le genre de film aussi passionnant qu’ennuyeux car il aborde des thèmes majeurs tout le long pour finalement n’exister qu’autour d’un thème mineur. A partir du moment où le spectateur a saisi le mécanisme, il peut soit continuer à jouer le jeu avec le film pour savoir exactement de quoi il en retourne, soit carrément s’en désintéresser car il n’est plus certain de l’importance des séquences qui défilent les unes après les autres… pour en arriver à cette conclusion un poil décevante il faut l’avouer. Mêler réel et imaginaire donne lieu à des séquences fascinantes, ici mélangées dans un chaos apparent mais très maitrisé qui risque de déranger les cartésiens. Car oui en apparence Mr. Nobody est un film bien bordélique, [Attention Spoiler!!!] sauf que si on se met en tête que toutes ces belles images aux allures irréelles et aux décors kafkaiens ne sont que des visions de l’esprit d’un enfant mis devant un choix impossible [fin du spoiler] il ne l’est pas vraiment.
Alors le film qui tournait autour des thèmes fascinants et inépuisables que sont l’amour et les choix que l’on fait tout le long de notre vie se voit diminué, d’autant plus qu’il souffre d’un défaut énorme, un manque d’émotion flagrant qui rend l’implication impossible. Sans doute trop travaillé sur la forme et pas assez puissant sur le fond, on ne perd jamais de vue qu’il s’agit d’un spectacle et on n’est jamais ému par la vie de Nemo Nobody, alors qu’on aurait vraiment voulu l’être. Et c’est vraiment une question de forme car l’ensemble du casting, et un incroyable Jared Leto en tête, est hyper crédible et fait preuve d’un talent sans limite. Trop froid, trop aseptisé, Mr. Nobody est un objet étrange, formellement parfait mais qui oublie d’impliquer le spectateur…







Un film vraiment étrange, complexe, on est perdu en le regardant. Qui sont ces personnages que l’on voit? Le personnage a t-il vécu tout cela? Bref une confusion totale pour ma part. On ne comprend réellement le film qu’à sa fin, et encore on reste avec une multitudes de questions sans réponses. Une infinité de retour en arrière, le film est trop long. Il reste intéressent à voir si l’on ne s’attend pas à voir une film merveilleux.
@Cachou: Ah je sais pas je l’ai pas encore vu… J’ai tous les films de Medem en DVD mais j’en ai encore vu aucun
En même temps, je suppose qu’il ne pouvait pas trop s’attarder sur celle-ci de peur de faire une redite du superbe « Les amants du cercle polaire » (si ma mémoire est bonne, il faudrait que je le revois pour voir exactement ce qui avait séparé les amoureux).
@Cachou: Ben, le truc c’est que plus les jours passent, plus je le trouve artificiel… c’est mauvais signe, si j’avais fait la critique aujourd’hui j’aurais été plus sévère. En fait c’est comme une longue pub de 2h, très belle, mais j’ai vraiment eu du mal à ressentir autre chose qu’une admiration envers l’équipe technique et Jared Leto :S
Mais c’est vrai que l’histoire adolescente aurait fait un beau film!
Je n’irai pas comme toi jusqu’à le qualifier d’artificiel parce que j’ai sincèrement été émue par l’histoire d’amour adolescent Nemo/Anna (qui aurait en fait mérité un film à elle toute seule et que j’aurais voulu voir concrétisée et montrée comme étant le fil conducteur et la Vérité de ce film…), mais il me manquait en effet un petit quelque chose d’ »humaine » pour concrétiser « viscéralement » l’impact esthétique des images offertes (qui m’ont aussi fait penser à Jeunet dans la colorisation des images).
@Le Cinévore: Salut Delphine
C’est exactement ça. En fait plus j’y pense plus j’y vois une gigantesque publicité de 2h, superbement filmée mais un peu creuse…
Bonjour Niko,
Comme tu l’a si bien écrit, voilà un film qui avait tout pour plaire : Un bon réalisateur , d’excellents acteurs ( mention spéciale à Jared Leto ), une histoire basée sur un choix cornélien pour un petit garçon et qui nous offre un voyage dans l’univers des possibles…
Oui, mais le trop est l’ennemi du bien, trop long, trop “touffu”, trop de questions… et comme tu le dis, à partir du moment où on a saisi le mécanisme, on peut finir par se désintéresser de l’histoire, et c’est ce qui devait arriver, arriva… Dommage !
Amicalement,
Delphine.
@zeek: Merci
Je crois que tout le monde est plus ou moins d’accord sur l’artificialité du truc…
@nelsHD: Y’avait pas mal de spectateurs assez perdus à la fin du film. Pourtant en étant un peu attentif dans la dernière partie c’est vraiment très clair, donc faussement complexe.
Après la Bande Annonce, j’étais très mitigé … je me sentais perdu !
Ta critique me réoriente un poil
je suis entièrement d’accord avec ta dernière phrase
sympa comme critique.
@Phil Siné: Oui j’ai aimé dans l’ensemble même si vraiment ça manque d’émotion, sans quoi ça aurait pu être un très grand film… Pour Némo… ben ça me parait assez logique. Et d’ailleurs plusieurs scènes dans l’eau me confirment ma thèse
@Alexandre: Bon ben on va voir si on est d’accord cette fois
e le vois peut être demain, j’ai hâte, car ce que tu en dis ressemble tout de même à mon idéal de cinéma (dans les compliments que tu fais en tout cas) à savoir le mélange du réel et de l’onirique.
chouette critique et suis content de voir des gens qui ont aimé… j’aime bien l’explication que tu donnes pour le nom du personnage…