Review

Quel pays surprenant la Thaïlande!! A chaque fois qu’on découvre un nouveau film on ne sait pas à quoi s’attendre… Pour son troisième film le réalisateur aujourd’hui dans les petits papiers des critiques internationales (après Last life in the Universe et Vagues Invisibles surtout) nous conte une histoire d’amour. En celà l’affiche n’est pas trompeuse, sauf que cette histoire est un peu spéciale, pas toujours vraiment heureuse, souvent loufoque, drôle, triste… mais toujours colorée, acidulée et rythmée par des chansons qui viennent mettre des mots sur ce qui ne se dit pas, par pudeur sans doute…

C’est un film très attachant, et si le précédent film de Ratanaruang, 6ixtynin9, le rapprochait d’un Tarantino, celui-ci tendrait plus vers le cinéma de Paul Thomas Anderson (période pré-There will be Blood) pour son image du quotidien fantaisiste et des histoires simples contaminées par des éléments inédits.

On va donc suivre l’histoire de Pèn, chanteur amateur, rêveur, et de Sadao, la plus belle fille du village qu’il sera le seul à pouvoir conquérir… au regret de son beau-père qui aimait le chasser de chez lui au fusil! S’il n’y avait pas la scène d’ouverture dans la prison, on pourrait se croire dans une simple bluette dans la première partie dégouline de bons sentiments… mais comme un écho à ce qui va suivre elle nous annonce que tout ne va pas être rose dans la vie de ce couple. Et en effet c’est loin d’être le cas… à peine mariés et Sadao enceinte, Pèn doit partir au combat. A partir de là, entre ses décisions et le sort qui va s’acharner sur lui (mais vraiment bien comme il faut!), les deux amoureux ne cesseront d’être éloignés.

Le ton du film est très changeant, tantôt très drôle, tantôt grave, et le plus souvent très mélancolique, appuyé par ces nombreuses chansons thaïs, magnifiques. La mise en scène de Pen-Ek Ratanaruang et la narration du film échappent à toutes les régles, comme si le réalisateur s’en fichait complètement. C’est assez déstabilisant comme perte de repères cinématographiques! Avec une désinvolture prononcée et un goût modéré pour les effets clinquants (ce qu’il changera dans Last Life in the Universe) il va faire vivre toutes les galères possibles à ses personnages, directement pour Pèn qui les vit et à distance pour Sadao qui au fur et à mesure qu’avance le film se retrouve plongée dans une tristesse qu’elle ne quittera plus. Leur lien depuis le départ de Pèn jusqu’à la fin sera le fameux transistor du titre, qu’il lui offre pour qu’elle n’oublie pas que son coeur à lui est avec elle.

C’est donc bien une histoire d’amour (Monrak en thaï) plutôt tragique et qui vient nous montrer avec talent vers quels problèmes peut nous entrainer la poursuite d’un idéal fantasmé mais pas vraiment réfléchi… Porté par deux acteurs extraordinaires et très attachants, Supakorn Kitsuwon (les Larmes du Tigre Noir, Sars Wars et même John Rambo) et Siriyakorn Pukkavesh (One Night Husband), Monrak Transistor est un film qui mêle les genres de façon très habile, un film parfois cruel mais qui se suit avec beaucoup de plaisir, avec son histoire universelle, ses dialogues avec le spectateur (on est plusieurs fois pris à parti) et sa musique d’ailleurs, tellement belle et entêtante… Un beau film terriblement attachant et touchant.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.