Review
Dernier immense succès littéraire européen, avec des romans vendus à plusieurs millions d’exemplaires, saga policière passionnante à en croire les lecteurs et déjà devenue mythique à cause du décès prématuré de son auteur Stieg Larsson qui n’aura pu profiter de ce succès, la trilogie Millénium ne pouvait pas ne pas passer par la case adaptation cinématographique, à l’image du très surestimé Da Vinci Code (dans sa version papier, la version ciné s’étant attirée les foudres du public et de la critique). Une fois de plus se pose l’éternelle question stérile à propos de la qualité d’adaptation et une fois de plus la réponse est la même: ceux qui ont lu les romans sont forcément déçus, changement de médium oblige (le cinéma impose une esthétique quand la littérature laisse la voie ouverte à l’imaginaire). Il convient donc soit de faire abstraction des romans si possible soit de ne pas les avoir lus, ce qui est souvent un plus dans ces cas-là, l’esprit critique se focalisant uniquement sur le film en lui-même et rien d’autre. De plus ce premier volume prenant la forme d’une véritable enquête policière longue et dense qui n’est autre qu’un ambitieux whodunit venu du froid, connaitre la conclusion à l’avance amoindrit tout le charme de l’ensemble. Et c’est dommage car Millénium, le film possède un énorme pouvoir de séduction voir même de fascination qui permet de faire filer les 2h30 à toute vitesse. Et rien que pour cela, c’est un joli tour de force! Passionnant sans être inoubliable, Millénium remplit parfaitement son contrat et s’avère être un récit construit avec ambition et application pour un résultat de haute volée malgré quelques réserves.
Objectivement il n’y a rien d’extrêmement original ou de jamais vu là-dedans. Pas de quoi crier au génie donc. Mais Millénium bénéficie d’un atout de choix qui le rend supérieur, et de loin, à la plupart des derniers thrillers du genre, un grand scénario superbement écrit. Et mine de rien, ça se fait rare dernièrement des enquêtes policières finement écrites, raison de plus de se laisser happer par celle-ci. Toutefois, tout reste très convenu et cette attirance en devient presque étrange car peut de choses distinguent Millénium d’autres whodunit dans les évènements et retournements de situation à l’écran. Mais en tant que spectateur, on est tellement tenu par la main, tellement accompagné dans le récit, tellement aidé en termes d’explications, qu’on se retrouve avec la sensation paradoxale de lire un roman, ce qui n’est pas vraiment désagréable alors que d’habitude les récits aussi explicatifs deviennent ennuyeux. Ici on se plait à se faire balader dans ces paysages mystérieux et dans cette enquête qui mêle habilement politique, histoire et meurtres bien sur.
On se prend assez rapidement au jeu dans l’enquête de ce journaliste, une enquête où se mêlent manipulation de la presse, dérapages illégaux des dirigeants de multinationales et relents du passé nazi de certains puissants suédois. Au milieu de cet univers dont la principale qualité est sa densité, ce qui le rend passionnant, apparait petit à petit l’œuvre d’un serial killer aux méthodes assez originales. Alors certes on pense aux modèles du genre, Se7en et Zodiac en tête et qui restent largement hors de portée du thriller suédois, mais très honnêtement Millénium se suit avec un certain plaisir car au delà de l’investigation très classique se développent des personnages superbes avec des relations complexes. L’association entre Mikael et Lisbeth qui se met en place pourtant tardivement, et qui met face à face un duo à priori improbable, fonctionne immédiatement sans artifices émotionnels, simplement avec naturel et finesse d’écriture. On s’attache tout de suite à eux, en grande partie grâce au charisme naturel de Lisbeth, aussi repoussante qu’attachante quand elle se découvre.
En créant des personnages torturés qui n’ont aucun mal à engendrer une empathie immédiate qui grandit encore au fur et à mesure qu’on en apprend sur eux, Millénium apporte un sous-texte salvateur à un récit trop académique pour convaincre totalement. Mais pourtant on se laisse emporter dans le jeu à tel point que le dénouement de l’enquête et le côté ludique de l’analyse photo deviennent notre raison de vivre pendant 2h30 (et pourtant 2h30 c’est très long, le format est vraiment casse gueule). Malheureusement un autre point vient troubler les festivités, et il s’agit de la mise en scène. S’il est clair qu’on est devant un vrai film de cinéma tourné avec sérieux et non devant un téléfilm de luxe comme cela a pu être raconté, ça reste là encore très académique, et c’est plutôt surprenant de la part d’un réalisateur nordique. Le cinéma suédois ou danois a pour habitude de proposer des longs métrages extrêmement travaillés au niveau image mais là ça reste très basique, sans véritable personnalité.
Alors on ne peut pas dire que c’est moche mais quand on pense à ce qu’auraient pu nous sortir certains réalisateurs (au hasard Tomas Alfredson) étant donné le matériau de base qui possède tous les éléments pour une grande fresque policière à l’ambiance travaillée, on peut être déçu par le résultat. Tout est très propre et manque de folie, y compris lors de certaines scènes chocs qui auraient vraiment pu gagner en puissance. Heureusement on se console largement avec des acteurs formidables. Michael Nyqvist nous sort une belle partition en journaliste vaincu qui profite de cette nouvelle enquête pour en faire un baroud d’honneur et se racheter une image publique, entre mystère autour de son personnage et fragilité apparente, sa composition ne souffre d’aucun défaut. Mais en face de lui Noomi Rapace livre une prestation juste démentielle. La jeune actrice trouve le ton parfait pour illustrer un personnage rempli de doutes et de troubles qui s’expriment par son look ultra gothique et qui dénote avec ses capacités professionnelles hors du commun. Leur association est la plus belle idée de Millénium, on y croit dès le début. À l’arrivée, après une séquence finale surprenante, on retiendra du film qu’il introduit plutôt bien la saga par un récit ultra efficace à défaut d’être vraiment original. Toutefois, la durée à priori excessive du film passe comme une lettre à la poste, preuve de la réussite narrative qu’il constitue. Mais on se plait à imaginer ce qu’aurait donné cet univers passionnant dans les mains d’un vrai réalisateur avec d’autres ambitions visuelles, ça aurait pu être très grand!









effectivement ^^
mais j’ai 15 ans, Même si il est trop dure je pense que je pourrais m’en remettre !
sinon je vais lire les livres .
@seve: Tout dépend de l’âge que tu as…
j’adorerais voir ce film mais mon père dit qu’il est dure ( est ce vrai?) et que je suis trop jeune .
Je suis ravi que tu trouves ça important! Il y a un sérieux manque d’histoire de l’art et d’esthétique à l’école, même à l’université Lyon-2 où j’étais, en arts du spectacle, on n’avait pas de cours qui abordait ces notions en général. C’est important pourtant, car quand on étudie l’esthétique d’une oeuvre, on la place dans l’histoire du cinéma (si on connaît cette histoire), mais cette dernière n’est pas déconnectée des autres arts, elle entre dans l’histoire de l’art en général. Sans parler de tout connaître, c’est important d’avoir des notions qui permettent de situer.
De plus, c’est mon credo, je pense qu’on apprend beaucoup en étudiant d’autres arts, ceux du passé en particulier. Car la peinture, le graphisme, la photo… ont fortement influencé le regard du cinéaste et le nôtre.
@Jérémy: Pas de « désolé » mon cher, au contraire ce sont des notions qui me manquent sans doute (j’ai jamais étudié ça en fait) et que je voyais comme équivalentes donc merci pour la précision, importante!
Sans doute que ça aurait eu de la gueule! Mais je trouve la mise en scène très juste, bien sûr on pourrait imaginer plus beau, plus fort, mais bon, je trouve que c’est très adapté à l’histoire. La mise en scène ne manque pas d’ampleur, à la différence de « Millénium 2″, que je viens de voir, dont l’histoire est très intéressante, très bien interprétée, mais dont la structure, le rythme, la mise en scène trahissent l’origine télévisuelle. Le 1er film avait tout de même une plus grande force, une plus grande ampleur, transcendant l’histoire policière, pour moi.
Peut-être que pour toi le classicisme est trop sage, donc académique (moi-même je suis plutôt baroque). Mais je trouve important de rappeler la différence entre les deux (désolé pour le cours) :
- Le classicisme est une manière de penser, un style, qui a son histoire, ses concepts etc. (les 3 unités de Racine, le goût pour la condensation et la simplicité…).
- L’académisme est un style lorsqu’on parle de la peinture officielle de la seconde moitié du XIXème siècle. Mais une œuvre académique peut tout aussi bien être de style classique, baroque, godardienne, tarantinienne ou je ne sais pas quoi. Une oeuvre est académique lorsqu’elle se plie aux normes du pouvoir dominant. Des critiques ont dit de « L’échange » de Eastwood que c’était un film académique, mais en quoi? Un film aussi fort et sincère est à l’opposée du cynisme des oeuvres académiques. « A bout de souffle » à sa sortie n’était pas académique, mais combien de films au style similaire ont été faits depuis pour correspondre à une certaine idée du cinéma d’auteur, par exemple?
Désolé pour ce petit « cours » mais cette distinction est un peu oubliée des critiques (en général), ce qui conduit à des aberrations qui m’irritent un peu… Pas toi, of course!
@Jérémy: Classique ou académique c’est assez proche pour moi
En fait je me suis imaginé ce que ça aurait pu donner devant la caméra de quelqu’un d’autre, genre David Lynch par exemple, et ça aurait eu vraiment une autre gueule!!
J’avais beaucoup aimé, y compris la réalisation que je n’ai pas trouvé si plate, ni académique. Classique, peut-être, mais elle sert très bien le film et témoigne d’une certaine sensibilité. Voir ma critique du film : http://www.jeremy-zucchi.com/article-30141757.html