Review
À force de former les réalisateurs de demain à grands coups de Nouvelle Vague et pas grand chose d’autre, le cinéma français n’en finit plus de tomber dans sa propre caricature, jusqu’à l’excès. Des films de pseudos auteurs vides de sens et chiants comme la mort on en voit à la pelle dans les salles, et tous se ressemblent: des discussions (inter)minables autour de sujets dont on n’a rien à foutre, des non-évènements, des personnages caricaturaux, tout ça pour aboutir sur du vide. Le constat peut paraître sévère et lui aussi caricatural mais c’est pourtant un fait. Comme si aucun, ou presque, ne généralisons pas, de ces soit-disant artistes n’avait compris l’enseignement principal de la révolution qu’a constitué la nouvelle vague: il faut sans cesse réinventer l’art cinématographique et briser les conventions. Au lieu de ça ces réalisateurs, dont certains sont sans doute bourrés de talent, nous servent toujours la même soupe, une photocopie de photocopie qui n’a plus rien d’original et qui n’en finit plus d’agacer. Pourquoi ces propos aigris? Tout simplement car avec Memory Lane, malgré quelques qualités évidentes, Mikhaël Hers (diplômé de la Fémis, ceci expliquant sans doute cela) tombe pile-poil dans ce schéma caricatural de cinéma qui ne fait que peu d’efforts pour se sortir de l’ombre de ses influenceurs, dont Eric Rohmer comme une évidence. À l’arrivée la promesses d’une rêverie post-adolescente pas inintéressante n’aboutit que sur un ennui profond et une sensation de vide vertigineuse.
Pendant 1h40 on suit péniblement les souvenirs d’un été d’une bande de potes trimbalant chacun leurs drames existentiels. Tous quasi trentenaires, ils ont grandi ensemble dans cette banlieue Sud-Ouest de Paris, sont pour certains musiciens, travaillent à la FNAC pour d’autres, ou sont de jeunes et heureux parents pour les derniers. C’est bien beau tout ça mais entre celui qui est incapable de grandir (il est retourné vivre chez sa mère dans une école), celui en pleine crise identitaire et dépressive ou celle dont le père est atteint d’un cancer en phase terminale, c’est déjà trop. On fait déjà plus que frôler la caricature et la parodie d’une certaine idée du cinéma français mais après tout, il s’agit la de la came favorite d’un certain public et d’une certaine presse, alors pourquoi pas? Pour les autres, il faut se farcir une accumulation de clichés parfois désagréable, comme l’agression des skinheads, souvent futile. Toujours est-il que si ça ne fonctionne pas c’est qu’à aucun moment on ne se sent proche de ces personnages bien trop sclérosés.
Sans doute faut-il avoir vécu et grandi dans une de ces banlieues de classe moyenne. Mais si ce n’est pas le cas, jamais on ne ressent la moindre empathie envers ces jeunes pourtant débordant d’une nostalgie à priori séduisante. On se console avec une illustration plutôt habile du rythme estival, comme si toute cette histoire sans intérêt flottait dans une bulle temporelle. Mais très franchement, à recycler encore et toujours ces figures de jeunes adultes tellement ancrées dans une certaine bulle sociale qu’on s’en trouve irrémédiablement exclu, ce cinéma là est en train de se tirer une balle dans le pied. En même temps, ce n’est pas la première et il semble toujours debout, fier comme Artaban de son image de cinéma intello, nombriliste et ennuyeux. Memory Lane en est une « belle » illustration.
Car si le film de Mikhaël Hers est bel et bien un objet cinématographique qui tourne à vide, il n’en possède pas moins d’évidentes qualités formelles. La mise en scène vaporeuse fait preuve d’une élégance certaine dans la contemplation, preuve que ce garçon a du talent. De jolis cadres, une photo pas dégueulasse du tout, un bon sens du rythme qui colle à la composition sous influence mais remarquable de David Sztanke, Memory Lane aurait pu être un excellent film à la sensibilité à fleur de peau s’il n’était pas engoncé dans des portraits psychorigides et finalement peu intéressants. D’autant plus que, fait rare, la majorité des acteurs fait preuve d’un jeu privilégiant enfin le naturel à la théâtralité, avec la douce maladresse que cela suppose, ce qui rendrait presque les personnages attachants.








