Review
Martyrs c’est un peu le film qu’on attendait tous depuis longtemps. Le film qui ne cite personne, qui possède sa propre identité, avec un scénario en béton mais surtout le film qui ose aller au bout de ce que certains n’ont fait qu’effleurer. Loin devant tout ce qui a été fait en France auparavant, Pascal Laugier peut même être fier de nous avoir pondu une oeuvre totalement originale à la limite de l’inconscience et qui n’a pas finit de faire couler beaucoup d’encre. Car si Martyrs transpire le cinéma de genre comme aucun avant lui, c’est un film que seuls certains spectateurs seront prêts à accepter, un film qui repousse les limites très très loin, du jamais vu.

On l’avait découvert avec Saint Ange, premier film imparfait mais très attachant, au croisement d’Argento, Polanski et du film de fantômes espagnol. Pascal Laugier revient avec ce qui a été LE scandale de 2008, pour les mauvaises raisons une fois de plus. Et comme pour faire taire les mauvaises langues qui l’avaient vu comme un nouveau Christophe Gans, à savoir un formaliste étalant sa cinéphilie abusivement, il livre un film dans lequel on ne relève aucune influence. Certains l’ont comparé à Hostel ou Saw… A part qu’il y est question de torture, aucun rapport entre ces films!
Martyrs se pose comme une autre vision de Saint Ange, plus réaliste, plus glauque, plus violente. Car oui le film est violent, très violent même. Cette violence est physique dans la première partie, psychologique dans la deuxième. A la manière d’un Pasolini sur Salo ou Noé sur Irréversible dans des styles différents, il ausculte la représentation de la violence au cinéma. Jamais hors champ, il montre tout. Aucun tabou ne vient faire du mal à son film, on y tue des enfants au fusil de chasse dans le premier quart d’heure!
C’est d’ailleurs l’une des nombreuses qualités de Martyrs, Laugier ne s’encombre d’aucune exposition inutile de ses personnages. Il rentre dans le vif direct au risque de perdre une partie des spectateurs, ça s’appelle de l’écrémage: ceux qui restent au bout des 10 premières minutes, éprouvantes, resteront jusqu’à la fin. Et finalement ce qui est le plus effrayant c’est sa façon de nous montrer que l’horreur est partout.
Assumant complètement nombre de scènes gores, choquantes, ne cachant rien des dégâts infligés aux corps meurtris, on ne peut que remercier pour son travail sur le maquillage le regretté Benoit Lestang dont c’est la dernière œuvre et qui doit être fier de lui là-haut. Surfant entre réalisme brut et visions infernales qu’on croirait sorties des écrits de Barker, visuellement on se prend une belle claque. On peut aussi saluer la performance des deux actrices, carrément à fleur de peau elles jouent dur des registres d’émotions difficiles et on y croit. Les seconds rôles sont aussi très réussis.
Là où Martyrs fait très mal, c’est qu’il refuse tout compromis dans son traitement de la violence et qu’il ne prend jamais parti. Aucun humour, aucun grand-guignol qui viendrait perturber le malaise du spectateur. En nous livrant un film aussi brutal Laugier prend un risque énorme et il l’avoue lui-même que s’il avait réfléchi il n’aurait jamais fait un tel film. Dans un pays où Bienvenue chez les ch’tis fait 20 millions d’entrées, le public et la critique ne sont pas prêts à recevoir un tel électrochoc!! Bien plus encore qu’A l’intérieur ou Frontière(s), Martyrs secoue durablement le spectateur jusqu’à la dernière image et nous laisse avec un goût bizarre, avec la sensation de s’être pris un bel uppercut en pleine gueule c’est sur mais avec surtout ce sentiment d’avoir assisté à un moment de cinéma rare. Martyrs est un film d’une autre époque, celle où on pouvait encore aller au cinéma en sachant qu’on allait être surpris et retourné. On a une chance énorme d’avoir un réalisateur aussi doué chez nous, et c’est une honte que la critique ait autant descendu le film.
Martyrs c’est juste du jamais vu, c’est du cinéma qui fait mal, qui met mal à l’aise et qui ne peut pas laisser indifférent. Mais en plus de ça c’est complètement maitrisé et c’est difficile de lui trouver le moindre défaut. Et non content d’avoir un talent immense, Laugier en a une sacrée paire pour oser sortir ça!!!








[...] Suicide Club c’est déjà une scène d’introduction parmi les plus hallucinantes jamais vues. En montage alterné et dans un mélange d’images filmées en guerilla shooting et de plans plus posés, on assiste au suicide collectif de 54 étudiantes japonaises se jetant devant un train à son entrée en gare. Une séquence proprement incroyable par le détachement dont fait preuve le réalisateur, par les torrents d’hémoglobine déversés à l’écran et par la musique totalement décalée. On se dit alors qu’entre le titre sans équivoque et cette entrée en matière, on tient un film abordant de front et par l’excès le thème, bien réel, du suicide chez les jeunes japonais. Mais en fait, pas du tout. Sion Sono n’aime rien autant que de contrer les attentes du spectateur et pervertir le message initial. Et Suicide Club ne nous entraîner dans une séquence en référence immédiate à Ring et donc à toute la vague de films de fantômes japonais. Nouvelle piste, aussitôt désamorcée par l’arrivée à l’écran des forces de police qui semblent tout à coup tirer le film vers le thriller sur fond de secte supposée poussant les jeunes au suicide. Mais là encore, tout n’est qu’apparence, et l’enquête Sion Sono n’en a semble-t-il pas grand chose à faire. Puis on croit comprendre où l’artiste veut en venir, il cherche la rupture de ton permanente, le mélange des genres en forme d’absolu, comme le fera plus tard et dans un style différent Pascal Laugier sur Martyrs. [...]
[...] II) et les Seppuku Paradigm qui signent pour leur troisième bande originale, après Eden Log et Martyrs, encore une petite bombe, ou encore Horace Ma à la direction artistique (c’est tout de même [...]
[...] pour s’orienter dans la direction du chef d’oeuvre incompris de Pascal Laugier, Martyrs. Avec une différence de taille cependant, car quand Laugier cherchait le choc brutal par des [...]
[...] le rythme pour permettre à quelques perles de sortir. Et de temps en temps nous arrive une bombe (Martyrs au hasard) ou une très bonne surprise comme ce Vertige, un film d’amoureux du cinéma, qui [...]
[...] mais surtout un film qui déstabilise dans sa construction. En effet, un peu à la manière de Martyrs (dans un tout autre style toutefois), les Secrets navigue en permanence à travers les genres à [...]
A part la fin que j’ai trouvé un peu ratée, ce film nous plonge dans l’horreur brutale, sans pouvoir le prendre au deuxième degré. Comme c’est généralement le cas dans ce genre de film. Très dérangeant, on est entrainé dans l’impuissance des ‘Martyrs’.
Après la sortie en salles, je l’ai pris en DVD, mais je ne le conseillerais pas à n’importe qui.
@Mat Castle « La horde » c’est faite massacrée, si je puis dire, en distribution. Pourtant il vaut le coup d’oeil, pour son aspect humour à la Groland vers le milieu du film.
@Alex: Ah ben je l’ai déjà revu au moins 2 fois, et la toute première au cinéma en sortant j’étais complètement paumé, je savais pas si j’avais adoré ou détesté…
On est effectivement d’accord sur ce film. J’ai beau avoir adoré Martyrs, je n’ai pas encore eu le courage de regarder à nouveau le film depuis la sortie salles…
Je viens de le voir et je sens que ça va me hanter longtemps.
On ne peut en sortir indemne, c’est sans limites.
Le coup de l’explication est fort plausible mais assez mal rendu.
Mais un tel électrochoc n’est tout de même pas à mettre entre toutes les mains. Pour ma part, c’est vraiment le summum de l’horreur et je détournais le regard bien trop souvent.
Difficile d’y reconnaître Mylène Jampanoï, elle est plus à son avantage dans le conte de Gainsbourg. D’ailleurs, elle tourne en ce moment même dans le dernier Clint Eastwood… Bravo l’Aixoise.
@Mat Castle: Non mais t’as raison, c’est assez navrant de voir comment sont traités les films de genre, et encore plus quand ils sont si différents… c’est vraiment dégueulasse car l’avenir du cinéma français il est pourtant là, pas dans nos comédies de merde!
film éprouvant mais nécessaire en plus la fin m’ a particuliérement plus, à l’étranger ils sont complétement tombé sous le charme des prod horrifiques frenchies (martyrs,haute tension et bientot la horde) alors qu’en france on prend ces oeuvres de haut et personne va les voir, quelquefois j’ai vraiment l’impression d’habiter un pays de merde,désolé fallAit que ssa sorte..