Critique
Avant de tenter l’aventure américaine avec le très réussi Midnight Meat Train, Kitamura s’est fait plaisir avec SON chef d’œuvre, un film qui une fois de plus devrait diviser le public qui osera le regarder entre les fans et ceux qui détestent. Faut avouer que le film souffre d’un défaut à la base immense, sa durée… un peu plus de 2h30 chez nous, ça peut vite saouler. Heureusement, et en toute objectivité bien sur, ce film est énorme. Certes il alterne des moments de pure jouissance cinématographique avec des trucs un peu plus faiblards mais ceux qui apprécient son cinéma (ou ceux qui n’ont pas honte de le dire, c’est au choix) en ont pour leur argent, du pur Kitamura à ses meilleures heures, délirant, sans véritables limites, alternant le beau et le moche, le rythmé et le chiant, une œuvre « autre » terriblement attachante.
En adaptant très librement le manga « 69″ de Tsutomu Takahashi (3ème fois qu’il adapte cet auteur après Alive et SkyHigh) Kitamura nous fait son True Romance ou son Sailor & Lula à lui, un mélange de road-movie et de romance, agrémenté d’une bonne dose de violence et d’un humour surprenant. On trouve aussi pas mal d’éléments qui rapprochent le film de l’univers de Takashi Miike. C’est la première fois qu’il s’essaie à un genre vraiment différent de celui dans lequel il a l’habitude d’évoluer, l’action est ici relayée au second plan, il y en a d’ailleurs relativement peu. Que le film plaise ou pas, on ne peut que saluer l’effort d’essayer de se renouveler, d’autant plus quand c’est aussi bien fait.

Il est vrai que le scénario n’est pas son point fort. C’est relativement basique, avec un couple qui doit échapper à pas mal de monde en essayant de garder un gros paquet d’argent. Mais c’est un prétexte pour une succession de scènes qui nous présentent une galerie de personnages absolument géniale. Entre la bande yakuzas amateurs de bowling, des gangsters gays, une autre bande de tueurs très haut en couleurs (leur leader est d’ailleurs interprété par Izam, ancien leader d’un groupe de glam-rock très connu au Japon et travesti), des flics véreux (Susumu Terajima qui se fait même un clin d’œil à ses rôles chez Kitano), un mentor énorme (Riki Takeuchi, sorti tout droit d’un Miike)… Et surtout un trio en tête d’affiche tout simplement excellent.
Il y a bien sur tout d’abord le couple de fuyards interprété par Shinji Takeda (Tabou, Kaïro,…) et la chanteuse NorA, tous deux très juste et jouant à merveille le côté romantique de leur relation. Mais c’est Eiichiro Funakoshi en chef yakuza qui s’est fait arracher le sexe par une balle qui éclipse tout le monde à chacune de ses scènes, il est juste énorme. En plus il a un flingue-godemiché du plus bel effet! A noter aussi la prestation imposante du chanteur Kôhei Ôtomo, qui a vraiment une gueule à jouer les gangsters! Beaucoup d’humour dans ce film, qui se pose finalement comme une comédie romantique et parodique du film de yakuza. Un curieux mélange des genres. On finit même avec une scène longue et magnifique dans le désert qui emprunte carrément aux codes du western.

A manger à tous les râteliers le risque est de lâcher pas mal de spectateurs en route, la narration est chaotique, le rythme souvent posé et si on adhère pas à cet humour souvent graveleux, on risque de pas mal s’ennuyer, et 2h30 quand on s’ennuie, c’est long! Mais si on aime c’est un vrai plaisir coupable, la rencontre entre Miike, Tarantino et Kitamura… un film visuellement léché, avec son lot de scènes cultes, de la violence, du gore, du cul, des personnages complètement barges, un film complètement immature mais un vrai coup de cœur!





