Review
Pour son quatrième effort derrière la caméra, le comédien Richard Berry rencontre Jean Reno (Léon forever) dans une production Europacorp (qui avait déjà produit ses deux films précédents) en adaptant librement le roman éponyme de Franz-Olivier Giesbert, déjà librement inspiré d’un fait divers intervenu dans une guerre des gangs se déroulant à Marseille dans les années 70, quand Jacques Imbert (dit Jacky le Mat) s’est relevé après avoir reçu 22 balles dans le corps, dans un parking de Cassis. Berry confirme après la Boîte Noire son goût prononcé pour le film plutôt noir justement, et une certaine volonté de remettre le film de mafia sur le devant de la scène française (on se souvient de sa prestation dans le Grand Pardon d’Arcady, il y a déjà bien longtemps). L’Immortel entre de plein pied dans cette nouvelle vague de films de genre, des polars qui avaient été si longtemps laissés à l’abandon et qui sont revenus des limbes de la production hexagonale grâce à, entre autres, Ne le Dis à Personne ou 36 Quai des Orfèvres, films qui renouaient avec de vieilles traditions. L’entreprise est plus que louable, d’autant plus que le réalisateur s’entoure d’un casting et d’une équipe technique de très haut niveau (le chef op de Chrysalis, Thomas Hardmeier et le compositeur de Pirates des Caraïbes, Klaus Badelt), mais malheureusement, à l’image de son film précédent, l’Immortel alterne le très bon et le beaucoup moins bon dans un ensemble encore une fois trop bancal pour complètement convaincre.

Ce qui est fou, c’est que ce déséquilibre se retrouve à peu près à tous les niveaux. Tout d’abord dans la peinture de Marseille. D’un côté le réalisateur a parfaitement capté cette ambiance si spéciale de la capitale phocéenne et de ses environs. La lumière, le bruit, ce parfum méditerranéen, cette fierté qu’on ne trouve pas vraiment ailleurs, tout cela sent l’immersion totale. Mais en marge de ça, on nous dépeint la ville comme une cité de truands, soit le pire cliché qui soit, une image qui ne parlera sans doute qu’à une certaine frange de la population qui vit dans le fantasme. À ce titre, le pire est atteint lorsque les flics se rendent dans « le lieu le plus visité de la ville », à savoir la prison des Baumettes… impossible de retenir un rire nerveux devant ce genre de connerie. Rire qu’on se surprendra à retrouver plusieurs fois devant un film au sujet plutôt sérieux et limite glauque, puisqu’il s’agit tout de même d’une histoire de vengeance froide, étonnant!
Cet humour, parfois volontaire et parfois pas, est sans doute la chose qui plombe le plus le film, qui n’en avait vraiment pas besoin. Des scènes pourtant fortes se voient sacrifiées à cause de gags complètement décalés et hors sujet. Le personnage de Luc Palun par exemple, sorte de variation d’un Joe Pesci chez Scorsese dans l’idée, voit son aura incontrôlable donc effrayante amoindrie par la scène de la montre, déplacée et limite ridicule. Mais le pire est atteint avec le personnage de Kad Merad. Ok, le contre-emploi d’un acteur d’habitude comique ça peut être une bonne idée (l’acteur a prouvé dans Je vais bien ne t’en fais pas qu’il pouvait être exceptionnel dans le registre dramatique) mais ce n’est pas toujours le cas. Ici, en parrain de la pègre locale, il ne convainc pas. Il surjoue la parano, impressionne à de rares occasions, et se voit affublé d’un bégaiement qui le décrédibilise à chaque fois qu’il pète les plombs. Ce genre de polar a besoin d’un bad guy efficace pour fonctionner à plein régime, c’est raté.

Autre point noir, si le scénario convenu n’est pas une surprise (on attendait un film de vengeance violent, rien d’autre), on voit se greffer des sous-intrigues qui sonnent comme des fausses-pistes incompréhensibles. Par exemple, les apparitions de Richard Berry ou Joey Starr sont réussies et savoureuses si on les prend indépendamment, mais au sein du film elles font tâche. Vraiment dommage car à côté de ça on frise le très bien! Techniquement, Richard Berry pond une majorité de belles images, travaillées et bien noires, souvent très efficaces (même si le cadreur semble souffrir de la maladie de Parkinson lorsqu’il s’agit de shooter les scènes d’action qui deviennent souvent illisibles). Le rythme est plutôt bien géré, ponctué d’exécutions froides ou de poursuites (en Audi of course) et on appréciera le final qui joue la carte du faux happy end appréciable. De même le traitement du concept de famille si cher à la mafia est bien senti, influencé dans le bon sens par le cinéma de Coppola, Scorsese ou Gray, modèles indissociables du genre.
Tout n’est pas noir quand vient l’heure du bilan. Les acteurs sont pour la plupart très bons et à leur place, avec un beau casting de gueules dominé par un Jean Reno jamais aussi bon que quand il joue les personnages taciturnes et efficaces. Richard Berry ne recule jamais devant l’illustration de la violence sourde lors des nombreuses exécutions, étapes essentielles du processus de vengeance, ça flingue, ça saigne et c’est très bien comme ça. Et on se prend à rêver de ce qu’aurait pu être le film sans tous les éléments cités ci-dessus qui viennent parasiter un concept simple et efficace. On pouvait espérer un grand film noir, on n’en a qu’un aperçu handicapé par des fautes de goût énervantes, dommage.







J’ai oublié des petits trucs aussi… m’enfin.
Visuellement je le trouve tout aussi réussi que la boîte noire (faut pas oublier que le genre est différent aussi, il pouvait pas se permettre les mêmes choses) et surtout ce n’est pas aussi confus, d’où une évolution que je vois dans le bon sens…
à l’heure du bilan, j’avais préféré la Boite Noire. Bancal mais plus immersif. Notamment dans le travail du cadre et des couleurs. Ici j’ai toruvé les scènes d’extérieurs réussies, mais moins les appartements (sauf le coup de la piscine et des volets fermés ù se repose le ‘parrain Merad’. Merde j’ai oublié de reparler dans ma critique du coup du lieu le plus visité.