Review

Réalisateur de courts-métrages et de déjà 2 longs qui ont fait parler d’eux dans plusieurs festivals (bien qu’indisponibles sur support vidéo), Gonzalo Lopez-Gallego tente avec les Proies (en VO: le roi de la montagne) d’emmener le nouveau cinéma de genre espagnol sur des sentiers nouveaux. Ici le survival, genre balisé à souhait et dans lequel la comparaison avec les chefs d’œuvre Délivrance et les chiens de paille fait toujours mal aux nouveaux venus. S’il n’apporte finalement que peu de nouveauté, les Proies reste un petit plaisir de cinéma qui ne marquera pas longtemps mais qui s’apprécie et qui peut même faire réfléchir…

Accumulant dans sa première partie tous les clichés du genre (station-service, rencontre mystérieuse, accident…), le film ne tient la route que grâce à une réalisation très classe, une belle photo et une excellente direction artistique. Mais on est déçus par le manque d’ambition, car il faut l’avouer, le cinéma ibérique nous habitue depuis quelques années à de belles claques ([Rec], Fragile…). ici on s’aventure en terrain connu, seul le décor change. La bonne idée vient du fait de dévoiler l’identité des agresseurs relativement tard, laissant planer un certain mystère. De beaux paysages bien filmés, des personnages plutôt attachants, des agressions bien violentes… On ne s’ennuie quand même pas.

Et puis bizarrement alors qu’on entame la dernière partie, le film change brusquement de registre et de discours. Les tireurs se révèlent au grand jour et l’aspect survival disparait peu à peu pour laisser place à une sorte de critique sociale… L’absence des parents, l’éducation et l’influence des jeux vidéos sur la violence des jeunes sont alors montrés du doigt, on a même droit à des plans subjectifs à la Doom. C’est d’ailleurs une bonne idée du film que de nous faire vivre certaines scènes à travers les yeux des personnages, on alterne entre le rôle de l’agresseur et celui de la victime, l’implication du spectateur est alors renforcée.

Au final, un film relativement oubliable alors qu’il était plein de promesses pour les amateurs du cinéma espagnol. Si le vernis est bien brillant, rien à redire sur la mise en scène excellente ni sur toute la technique, le fond est assez étrange et le mélange des genres opéré n’est pas toujours heureux, même si on peut saluer l’effort d’avoir essayé de faire quelque chose de différent.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.