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Les Infiltrés, c’est le soit-disant grand retour de Martin Scorsese, bien plus encore que Gangs of New York et Aviator qui sont deux fascinants essais malades, parfois ratés, parfois grandioses, parfois mutilés, dans lesquels le réalisateur semble s’être légèrement perdu. Sur le sujet principal, Les Infiltrés semble bien mieux s’intégrer dans l’oeuvre globale de Scorsese, c’est une évidence avec l’omniprésence de la pègre (cette fois irlandaise) mais c’est surtout sur les nombreuses thématiques brassées comme le pouvoir, la conséquence de ses actes… en cela Les Infiltrés est le premier film véritablement « scorsesien » depuis longtemps. Au passage il ne faudrait retenir que le titre original « The Departed » (les disparus) et oublier la traduction française, beaucoup trop terre à terre, dévoilant immédiatement un ressort scénaristique majeur, et qui oublie complètement la portée presque philosophique et essentiellement religieuse du cheminement de Billy Costigan au sein de la mafia.

Dans Les Infiltrés, le public est aux anges avec une mise en scène extraordinaire de Scorsese qui est toujours aussi virtuose que par le passé, il signe un polar urbain intelligent et extrêmement efficace, ses personnages et leurs actes sont cette fois au centre du film et seraient presque les dignes descendants des Robert De Niro et Harvey Keitel de la grande époque. Et si Matt Damon et Leonardo DiCaprio jouent extrêmement justes, surtout le second, c’est Jack Nicholson qui une fois de plus bouffe littéralement l’écran. Il incarne le mal absolu, le pouvoir à l’état brut(e). Il n’y a qu’à voir cette scène de l’opéra aux couleurs infernales pour s’en convaincre, ainsi que tous les X présents dans de nombreux plans comme quand le Scarface de Hawks commet un crime. On se dit qu’on tient le meilleur film de Scorsese depuis bien longtemps et qu’il a bien mérité sa moisson d’oscars. Sans oublier qu’il s’agit du polar des années 2000 qui contient les plus beaux seconds rôles, souvent dans l’outrance jubilatoire.

Les Infiltrés serait donc presque parfait, avec sa peinture de la pègre et de la police, ses personnages névrosés, sa violence dans les actes et paroles. Presque car Les Infiltrés est malheureusement un assez vulgaire remake de Infernal Affairs, LE polar qui a réveillé Hong Kong. Et si Martin Scorsese est bien évidemment un bien meilleur réalisateur que Andrew Lau, ce qui ne fait aucun doute, il a complètement oublié, ou éliminé, le côté romantique et lyrique qui faisait de Infernal affairs une oeuvre majeure et bouleversante. La différence d’approche se ressent de façon fondamentale dans une scène d’assassinat et de chute d’un toit d’immeuble. Dans la version de Hong Kong, on en aurait les larmes aux yeux, dans la version américaine, on s’en fout un peu. Martin Scosese a préféré l’efficacité à l’émotion, on est en droit de préférer l’original à la copie, d’autant plus qu’elle l’est parfois au plan près. Ajoutons à cela une conclusion qui choisit la bonne morale comme solution, quand la fin originale osait le triomphe du salaud, et on obtient un film totalement différent dans son sens, bien plus lisse, fade et poli malgré la quantité monumentales de jurons de Mark Wahlberg.

Les Infiltrés pourrait être un grand film, il en a tous les atouts. Sauf qu’il n’est qu’un remake bien gentil d’un très grand polar made in HK. Martin Scorsese a beau être un immense réalisateur, il n’efface pas l’extraordinaire Infernal Affairs qu’il se permet même de souiller le temps d’une poignée de séquences, tout en le sublimant à d’autres moments. Vraiment pas le chef d’oeuvre vu par certains.



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Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.