Review
On entend beaucoup de choses sur ce film, par exemple qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre… Cette expression n’a parfois plus aucun sens et si on compare ce premier volet de Syndicat du Crime à The Killer ou Une Balle dans la Tête (qui sont eux de véritables chefs d’oeuvre, dans le sens où ils constituent un aboutissement formel et narratif dans la carrière de leur auteur et qui ne présentent concrètement que très peu de défauts) on se rend vite compte que l’expression est largement galvaudée. La trilogie des Syndicats du Crime est une série culte du cinéma Hongkongais et du cinéma de Woo oui c’est une évidence qu’il serait idiot de nier, mais des chefs d’oeuvre certainement pas.

Ce qui fascine dans ce film c’est qu’il contient vraiment les germes de ce qui fera le cinéma de John Woo par la suite. C’est la transition entre ses comédies qu’on qualifiera de « alimentaires » et ses oeuvres bien plus personnelles. C’est la première fois qu’il transporte dans une histoire contemporaine sa vision de l’homme et du héros, un idéal chevaleresque directement issu de son maître à penser et mentor Chang Cheh et de ses films de sabre (sur lesquels John Woo a fait ses armes en tant qu’assistant). C’est le film qui va lancer une immense vague de « hero-movies », ces polars dont les protagonistes sont iconisés au maximum, bien que l’ambition de Woo n’était pas vraiment de créer des héros mais plutôt de vrais hommes.
Le Syndicat du Crime c’est aussi une histoire de rencontres… Tsui Hark qui lance avec ce film sa structure Film Workshop (qui restera pendant une dizaine d’années le plus gros studio de production à HK), la 1ère collaboration avec le génial monteur David Wu, les prémices de chorégraphies martiales appliquées aux gunfights… Et aussi une histoire d’acteurs: Ti Lung, véritable star du film de sabre de la Shaw Brothers dont la carrière s’essouflait et qui trouve là un nouveau départ. Leslie Cheung (Phantom Lover, Happy Together…) qui passe en un film du statut de méga star de la canto-pop adulé par des millions de fans à celui de véritable acteur capable de nous faire pleurer.

Et enfin Chow Yun-Fat (A toute épreuve, et qui s’est dernièrement prêté à l’humiliation suprême dans Dragonball: Evolution). Son personnage est au départ secondaire mais pourtant il bouffe de suite l’écran, impose sa présence, son aura et construit les bases du mythe qui lui colle encore à la peau: cool-attitude, lunettes de soleil, imper noir, cure-dent, un flingue dans chaque main… Image qui l’a icônisé pour le meilleur et pour le pire (voir son utilisation aux USA où il ne sortira de ce personnage que pour jouer le chinois marrant de service…).
Reste que le Syndicat du Crime est une superbe histoire de fraternité entre frères et frères d’armes, un polar novateur pour l’époque, pas forcément transcendant si on le compare aux travaux suivants du réalisateur, mais dont les images marquent durablement par leur lyrisme et le statut héroïque des personnages. C’est aussi et surtout un film qui représente un virage à 90° dans l’histoire du cinéma HongKongais et même mondial, s’imposant peu à peu comme LE modèle du polar pour de nombreux cinéastes. Enfin le film nous prépare tout doucement à ce qui sera la véritable signature cinématographique de Woo, on y trouve vraiment tout mais à l’état embryonnaire. Il ne développera son style si flamboyant que quand il aura acquis une certaine liberté artistique.







[...] (le plus gros échec artistique de John Woo à ce jour, même ses films alimentaires précédant Le Syndicat du crime sont meilleurs) et Next (Lee Tamahori, sans doute frappé d’une mort cérébrale suite au [...]
[...] période), mais il s’agit surtout d’un polar fondateur au niveau mondial. Un an après le Syndicat du Crime de John Woo qui mêlait habilement l’héritage de Melville à certains éléments de [...]