Review
Alors que le prochain film du réalisateur surdoué, Inception, n’en finit plus d’exciter les cinéphiles du monde entier avec une campagne promo huilée et ultra efficace pour créer le buzz (voir la dernière bande-annonce d’une efficacité redoutable), c’est l’occasion de revenir sur un de ses films passé presque inaperçu. En effet à l’époque Nolan venait de faire renaitre artistiquement le personnage de Batman dans Batman Begins et tout le monde s’attendait à ce que son prochain film en soit la suite. Mais non, il a attendu avant de livrer au monde son grandiose Dark Knight et s’est permis entre temps une petite récréation, en apparence seulement. Car s’il n’a pas hérité de la même exposition malgré un casting des plus haut de gamme, le Prestige a tout d’un film majeur dans la filmographie du réalisateur anglais qui est tranquillement en train de se construire une oeuvre d’une cohérence absolue et qui ne souffre pour l’instant d’aucune fausse note, à tel point que c’est presque effrayant cette absence de faille majeure! En adaptant avec son frangin la nouvelle éponyme de Christopher Priest, il trouve matière à prolonger l’étude de ses obsessions thématiques tout en éliminant quelques artefacts formels que certains lui avaient reproché (en particulier à l’époque de Memento qu’une partie de l’audience n’avait vu que comme une démonstration vaine d’un jeune réalisateur roublard et sans grand talent, comme ils doivent s’en mordre les doigts aujourd’hui!). Dans les faits, il confirme avec le Prestige, comme il le fait film après film, qu’il est tout simplement un des réalisateurs anglo-saxons majeurs de notre époque, et il réussit un nouveau tour de force aussi humble que très malin.
À sa sortie, on a comparé le Prestige à Usual Suspects, simplement à cause d’un twist final concluant un récit manipulateur. Sauf qu’à l’inverse du film quelque peu surestimé du non moins surestimé Bryan Singer, le film de Nolan se souffre à aucun moment de nouvelles visions qui à chaque fois nous révèlent quelques indices discrets mais importants concernant ce dénouement surprenant. Le réalisateur laisse de ce fait plusieurs chances au spectateur de comprendre, et le film ne repose pas exclusivement sur cette manipulation habile mais frustrante. D’autant plus que ce retournement de situation n’est finalement pas le point central d’une oeuvre dense qui a bien plus de choses à raconter que ce qu’il laisse apparaitre au premier abord. Car au delà d’une géguerre entre deux magiciens, concept qui tournerait rapidement à vide, Nolan construit tout d’abord un véritable film noir. En effet, on y retrouve tous les codes, de l’ambiance ultra travaillée à la présence d’une vraie femme fatale au rôle central dans la manipulation (Ce n’est pas pour rien si Scarlett Johansson est au centre de l’affiche originale), et autour de laquelle tout gravite.
Mais pas seulement, car le Prestige est également un drame poignant, un thriller, un film de vengeance. Difficile dès lors de le classer dans un genre particulier, le film échappant inlassablement aux catégories. Mais il y a encore plus fort! Derrière ce récit construit de manière si habile, et qui confirme que Christopher Nolan est un des meilleurs conteurs contemporains, se cache quelque chose de bien plus subtil. Depuis ses débuts, le réalisateur est obsédé par les personnages en pleine perte de repères, qui cherchent leur place dans le monde, qui se construisent, et par l’illusion en général. Rien d’étonnant donc à ce qu’il parle ouvertement de magie, l’art de l’illusion. Mais en filigrane ce n’est pas tant les prestidigitateurs qui l’intéressent, mais le cinéma. En effet quel est donc l’art de l’illusion par excellence? Il est presque dommage que cette si belle métaphore sur le septième, si brillamment amenée, tombe quelque peu à plat à cause du dernier acte justement, qui lève tout mystère et devient donc l’antithèse du sujet traité. Et oui, pour que la magie opère, les magiciens ne doivent jamais révéler leurs secrets.
Mais qu’importe, car tout est mis en oeuvre pour nous berner de la plus belle des manières, et c’est tellement virtuose qu’on lui pardonne facilement ses quelques fausses notes. Dans le Prestige tout est magnifique. Les décors, les costumes, la musique, mais également la mise en scène et la lumière. Tout est réglé minutieusement pour que le spectateur s’émerveille et se fasse prendre au piège. À l’image du montage qui brouille tous les repères temporels jusqu’à nous donner le tournis si on cherche à savoir précisément à quelle temporalité correspondent les images à l’écran. Ça pourrait presque choquer mais ici cela semble logique, l’illusion et la manipulation des personnages et des images sont reines, le propos est cohérent. Autre tour de force, réussir à faire intervenir un narrateur à grands renforts de voix off sans que cela ne casse le rythme ou n’ennuie. Vraiment sur le plan technique, qu’il soit formel ou narratif, on ne peut pas lui reprocher grand chose.
Côté casting, Christian Bale rempile pour un de ses meilleurs rôles (c’est bien simple, dès qu’il ne fait pas la gueule il est excellent, mais c’est tellement rare), en face de lui c’est Hugh Jackman. Autant dire qu’on a là une belle rencontre d’acteurs au physique plutôt agréable, et qui en plus sont superbement dirigés. Que ce soit chez un ou chez l’autre, l’émotion transparait souvent, et même si pendant un temps on a l’impression de ne voir que Bale à l’écran, les deux sont au niveau. Egalement, le belle Scarlett qui illumine le film à chaque apparition, et l’habitué de chez Nolan, le grand, l’immense Michael Caine qui semble en retrait mais qui est LE fil conducteur du récit, LE personnage central présent à chaque étape importante. À la fois guide et narrateur, il semble toujours avoir un coup d’avance sur nous et nous promène ainsi avec un plaisir non dissimulé. Il n’y a plus de doute à avoir, Christopher Nolan n’a toujours pas pondu le moindre film mineur. Si le Prestige n’avait pas fait énormément parler de lui à sa sortie, c’est pourtant un grand film, superbement mis en images et doté d’un scénario d’une efficacité tout simplement redoutable.
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[...] underground dont L’Illusionniste sorti début 2007 souffrait de la proximité écrasante du Prestige de Christopher Nolan. Un réalisateur sans véritable identité rapidement tombé dans [...]
C’est en effet pourtant un grand film, brillant dans sa construction et sa tension.
[...] brillantissime d’une noirceur et d’un pessimisme rarement vus sur un si gros budget. Le Prestige, derrière l’attraction ludique et la simple histoire de vengeance, cachait un bijou du film [...]
A chaque fois que je le regarde, je découvre de nouveaux trucs et je ne l’en apprécie que plus. Un des rares films à grimper à chaque vision dans mon estime.
Yes ! J’ai entendu dire beaucoup de mal de ce film, et je suis content que tu partages mon avis !
Honte à ceux qui le décrivent comme « une œuvre mineure dans la filmographie de Nolan »… C’est un pur chef d’œuvre !
@Midnighter: Je crois qu’en fait beaucoup de monde le considère comme une petite merveille, mais je n’en reviens toujours pas qu’il n’ait pas fait plus de bruit que ça…
Pour les apparitions de Serkis et Bowie, c’est un choix, ils sont un peu la cerise sur le gateau, comme une surprise
@Jérémy: Ah ça me fait plaisir! Tellement de monde voue un culte à Usual Suspects, j’ai l’impression parfois d’être le seul à remettre en cause son statut!!
Tout à fait d’accord ! « Usual Suspects » est un film de petit malin, « Le Prestige » est un film de magicien : le film de Christopher Nolan possède des tripes (la vengeance), un coeur (les amours) et une âme (intelligente et émerveillée). C’est un film qui glace le sang tout en laissant béat d’admiration, comme face au meilleur numéro de prestidigitation.
voilà, tout est dis , quand je penses que je croyais etre un des seuls à penser que ce film est une pure merveille, je suis conforté dans mon ressenti, et tu n’ as pas parlé des apparitions de » gollum » et » ziggy stardust » qui font basculer le film dans un aura mythologique ,