Critique
Avec un titre pareil (pour une fois fidèle au titre original même si « brute » vient remplacer « fils de pute »…), il fallait assurer! En effet citer de cette manière le Bon, la Brute et le Truand, un des (le???) plus grands films de l’histoire du cinéma, revient à prendre un gros risque vis-à-vis d’un public qui va forcément en attendre beaucoup. Et bien on peut dire que le pari du réalisateur coréen est rempli haut la main, il peut être fier d’afficher au générique de fin « An Oriental Western by Kim Ji-Woon » car en deux heures il enterre les deux derniers hommages en date au western spaghetti: Sukiyaki Western Django de Takashi Miike et Kill Bill vol. 2 de Quentin Tarantino, rien que ça!! Il reprend à sa manière la recette appliquée par ce dernier sur la plupart de ses films mais dépasse largement le simple hommage en livrant un morceau de pelloche aussi jouissif par ses références que par sa structure même. On se retrouve en face d’un film qui transpire l’amour du grand cinéma de genre à chaque plan, mais qui propose encore plus afin de ne laisser aucun spectateur au bord de la route.
On sait que Kim Ji-Woon est un réalisateur doué, il l’a prouvé au fil de ses précédents films, de 2 Soeurs (magnifique histoire schyzo) à A Bittersweet Life (meilleur polar coréen depuis Memories of Murder). Qu’on aime son cinéma ou pas, une chose est indiscutable, ce type est un esthète et sur un plan purement plastique c’est un virtuose! Alors quand en plus il vient titiller l’amoureux de Sergio Leone, c’est un bonheur immense. Il cite le maître sans jamais tomber dans la révérence ou le ridicule, sans en abuser. Il place son récit de chasse au trésor dans une Mandchourie fantaisiste, ne se préoccupant d’aucune réalité historique ou politique, et où se croisent bandits coréens, russes et mandchous, ainsi que des militaires envahisseurs japonais. Comme dans la plupart des westerns italiens il n’y a pas vraiment de personnage complètement bon, celui qualifié comme tel n’étant qu’un chasseur de primes!

Et ça commence avec une séquence d’intro qui restera dans les annales (sans jeu de mots par rapport à deux scènes qui suivront). Un plan séquence à travers les wagons d’un train qui ferait presque pleurer de honte le Gus Van Sant d’Elephant, un braquage d’anthologie qui nous dévoile le trio d’acteurs… franchement des premières scènes comme ça j’en veux tous les jours!! C’est super rythmé, la mise en scène est d’une classe folle, la galerie de personnages est excellente (on est dans un western et on trouve un géant barbare qui fracasse tout avec une grosse masse!). Kim Ji-Woon peut enfin se lâcher sur de gros mouvements de caméra qui lui étaient impossible sur ses précédents films (because beaucoup de scènes d’intérieur), il filme les étendues désertiques qui s’étendent à l’infini avec un réel amour des grands espaces… tout ce qu’on aime dans les westerns!
Passée cette monumentale scène du train, on a une sérieuse baisse de rythme mais qui permet aux acteurs de s’exprimer. On comprend un peu plus leurs motivations, leur background nous est dévoilé petit à petit, jusqu’au final. Et c’est dans cette partie un peu plus molle qu’on s’identifie un peu plus, grâce à trois acteurs exceptionnels (manquent Choi Min-Sik et Shin Ha-Kyun et on avait ce qui se fait de mieux!). En tête Song Kang-Ho, qui reste un acteur d’exception et qui est ici LE personnage principal alors que c’est clairement le gros bêta de service. Il est énorme dans ce rôle qui lui va comme un gant, se dévoilant de plus en plus sombre au fur et à mesure qu’avance le film. Ce sont ses retrouvailles avec le non moins excellent Lee Byung-Hun, huit ans après JSA. Il est la brute, un tueur froid, implacable, prétentieux et légèrement instable sur les bords. L’acteur donne à son personnage une classe et un style absolument géniaux. Enfin, dans le rôle du bon, Jung Woo-Sung, acteur habitué des grosses productions coréennes (Musa, The Restless et Phantom: the Submarine). S’il n’arrive pas à la cheville de Clint Eastwood chez Leone, il réussit à imposer un style cool qui colle très bien à son personnage.

Et une fois qu’on a compris tout ce que ce petit monde plus les nombreux seconds rôles voulait, simplement une carte au trésor, que chacun a fait son numéro drôle ou effrayant, on repart dans une scène d’action monumentale, celle du marché. Là, c’est comme si Tsui Hark prenait les commandes d’un western. Des mouvements de caméra incessant, des travellings et des plans séquences dans tous les sens… on obtient un des plus beaux gunfights de ces dernières années, rythmé, inventif et drôle! Et comment ne pas penser à Time and Tide quand Park Do-Won descend tout le monde accroché à sa corde… du grand spectacle mais ça n’est pas fini car on en vient au gros morceau: une course poursuite qui dure pas loin d’une demi-heure et où se mêlent chevaux, motos, voitures, canons, mitraillettes…
Dans le genre c’est la plus grosse scène de poursuite vue au cinéma depuis au moins dix ans! C’est Leone qui rencontre Mad Max avec un nombre de figurants inimaginable, ça flingue dans tous les sens, ça tire au mortier… la moitié des troupes japonaises se fait descendre à la Winchester (bon sang quel pied!!). Bref, on n’a pas envie que ça finisse, surtout que toute la scène est bercée par le Don’t let me be Miss Understood de Santa Esmeralda (petit clin d’oeil au passage au plus cinéphile des réalisateurs ricains). Mais on attend aussi ce duel à trois… cette scène d’anthologie dans le chef d’oeuvre de Leone trouve ici une issue pour le moins originale, un joli pied de nez qui arrive alors qu’on comprend enfin ce que cherche chaque protagoniste.
Alors certes malgré une réalisation impeccable (on trouve vraiment des plans magnifiques) le film a des défauts, mais un peu à la manière de ce qu’a fait Neil Marshall avec Doomsday, ici c’est le plaisir du spectateur qui prime sur tout le reste. Le scénario est finalement d’une simplicité déconcertante mais peu importe, on prend son pied car le cinéma c’est aussi ça, du plaisir, et dans le Bon, la brute et le Cinglé on en a pour son argent!!






[...] Tarantino et Tsui Hark, ses aînés auxquels il a d’ailleurs rendu un brillant hommage dans Le Bon, la brute, le cinglé, son génial néo-western. Avec J’ai rencontré le Diable, il va très loin et [...]
[...] avec THE FOUL KING, au film d’horreur avec 2 SŒURS, mais aussi au Western ‘Kimchi’ avec LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE, puis au film noir avec le superbe A BITTERSWEET LIFE, le réalisateur paisible en surface, noir et [...]
[...] en France, et qu’il semble revenir à un ton plus sérieux après l’excellent western le Bon, la Brute, le Cinglé, il était temps de se replonger dans A Bittersweet Life, pur film noir et polar lyrique qui reste [...]
@zirko: Ben pourquoi t’hésitais? T’aimes bien les westerns non?
Voila un film que j’hésitais à acheter et bien c’est décidé demain en plus de Inglourious Basterds, je prends Le Bon, la Brute et le Cinglé
@zack: Ben ouais tu dois bien en avoir besoin
bon ben je sais ce qui me reste a faire des maintenant! ca me fera une pause sur justice
@zack: Ben regarde-le andouille!! C’est super fun et même si t’aimes pas les westerns y’a de quoi prendre son pied
@Mat Castle: Yep sur la réalisation c’est carrément hallucinant (comme sur a bittersweet life et 2 soeurs de toute façon) et pour les acteurs t’as tout bon ce sont eux!
découvert sur c+ cinéma Derniérement (le mercredi font souvent des contre programations assez agréables comme les films hush ou redbelt) le real est un vrai virtuose, décochant des plans trés travaillés et magnifiques. Alors bien sur la forme vaut plus que le fond mais on passe un bien bon moment nottament grace à un twist sympa et a des acteurs vraiment tordants (c’est bien le pataud de the host et de memories of murder,hein?) et le méchant (enfin l’officiel!) il tenait le role pricipal de ‘a bittersweet life’, je l’ai reconnu…
tu m’a donné envie de le voir!
@Vance: Le blu-ray est splendide (rhaaa les étendues désertiques, quelle beauté!).
Je suis content que ça t’ait plu en tout cas
Vu récemment en DVD (déjà magnifiquement encodé, le blu-ray doit être une tuerie) : beaucoup de plaisir, beaucoup d’humour et de dérision, un rythme en dents de scie mais au final du bonheur.