Review
Dans la multitude de films d’auteurs français à tendance fortement ennuyeuse, dans laquelle on retrouve à peu près toujours les même acteurs (ennuyeux), la même mise en scène (ennuyeuse) et les mêmes thèmes (à se tirer une balle tellement ils sont ennuyeux… et dépressifs), apparait de temps en temps un rayon de soleil. Et cette année cette éclaircie se nomme Valérie Donzelli. On la connait actrice chez Anne Fontaine, Guillaume Nicloux, Gilles Marchand, et autres. Plutôt que d’attendre un nouveau second rôle elle décide de passer derrière la caméra, de se retrousser les manches et de sortir un film avec un budget qui frise le ridicule. Le résultat c’est la Reine des Pommes, un premier film extrêmement attachant, sélectionné au festival de Locarno l’an dernier et qui vient de récolter un beau prix du public au festival Premiers Plans d’Angers. Il s’agit d’un film déstabilisant, vraiment original, chose assez rare tout de même. Tout d’abord c’est une vraie comédie, très drôle et qui brise bon nombre de tabous. Ensuite c’est un film qui part d’un sujet traité des millions de fois au cinéma, celui de l’après-séparation, mais qui l’aborde sous un angle totalement différent. C’est carrément irrévérencieux, vraiment osé et rempli de cette fraicheur qui n’habite que les œuvres indépendantes. Et s’il n’y avait pas quelques soucis parfois rédhibitoires sur la forme, ça serait une franche réussite, ce qui ne l’empêche pas d’être un film devant lequel on passe un excellent moment en se sentant très proche des personnages évoluant à l’écran.

Il y a dans la Reine des Pommes un fort aspect amateur, qui dessert le film en même temps qu’il lui donne tout son charme. C’est assez paradoxal, et c’est la conséquence d’un manque de budget évident qui a causé/permis un tournage dans l’urgence et en totale liberté. Autant être franc, les images ne sont pas très belles, pour ne pas dire parfois moche. Souvent l’aspect général fait bien trop cheap et peut vraiment rebuter les amoureux du scope. D’autant plus que le film est shooté en 1.33, ce qui n’est pas vraiment le format idéal au cinéma. De la même façon, la réalisatrice se réclame d’influences de la nouvelle vague (elle cite Rohmer, Truffaud, Varda, Demy) mais n’en retient que cet aspect cinéma-réalité assez horripilant. Sur le plan technique il n’y a vraiment rien de transcendant, c’est même assez agaçant en fait.
Heureusement que sur le fond, c’est d’un tout autre niveau. Avec son pitch tout bête, le traitement appelle à une autre référence autrement plus prestigieuse (remarque tout à fait gratuite du rédacteur), Pedro Almodovar. Comment ne pas reconnaître dans ce portrait de femme et les personnages qui gravitent autour, tous bercés dans une douce folie, l’influence du réalisateur espagnol? C’est une sorte d’évidence, car la même ambiance, sans le folklore bien sur, règne dans la Reine des Pommes. Et cette histoire de deuil d’une relation amoureuse prend des allures de fable complètement déjantée en même temps que de récit initiatique. Le traitement est très étonnant!

Tour à tour planant, hilarant, surréaliste, onirique, le film ne cesse de surprendre. Il est surtout très drôle avec son personnage principal forcément attachant. Elle est une épave, une fille complètement immature, gentiment niaise, et qui n’arrive pas à décrocher de son ex. Elle le voit partout, y compris dans les hommes qu’elle rencontre par la suite. Cela donne lieu à des séquences ingénieuses, tant sur le plan narratif que budgétaire. Et ça fonctionne grâce à des acteurs juste excellents, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm (qu’on a pu voir dans l’excellente série le Bureau, adaptation française de the Office), qui déclament leur texte de façon hyper théâtrale sans que cela soit vomitif, chapeau!
Ce n’est pas la comédie du siècle, ni même de l’année sans doute, mais c’est un premier essai qui laisse de beaux espoirs. Un scénario original, de véritables audaces (qui vont même très loin), des scènes au pouvoir culte, une bande originale et des chansons vraiment bien senties, le bilan serait vraiment excellent si la forme n’avait pas été aussi bâclée, même si c’est une conséquence des restrictions de la production.







[...] la Reine des pommes [...]
@Silice: Je ne connaissais pas non plus et j’ai eu la chance d’assister à une projection. Le film sort bientôt (voir les infos en haut à droite de la page) j’espère qu’il aura assez de salles pour être vu mais bien entendu pour l’instant ni DVD ni net
Wouh, j’en avais encore jamais entendu parler mais voilà qui me donne quand même envie, le coté « indé » même si je ne suis pas une habituée des films français -oui, je suis même globalement allergique… c’est comme ça, j’y peux rien, ou du moins, je cherche pas vraiment à y remédier-. Je ne sais pas comment je vais faire pour le voir, j’imagine qu’il est difficile à trouver le net ou en DVD, rah, je le verrais quand même un jour.
J’imagine que c’est le genre de films pas grandiose mais bien sympa.