Review

À la vision de La Nuit nous appartient, la première réflexion qui vient à l’esprit est du type : « Mais pourquoi diable James Gray tourne t’il si peu et pourquoi n’a t’il pas la reconnaissance qu’il mérite? » Car en trois films magistraux qui brassent des thématiques fondamentales et intimement liées il a réussi à créer sa « patte ». Trois films noirs extraordinaires, trois polars efficaces, trois drames familiaux poignants.

Et si Little Odessa et The Yards ne souffrent déjà de presque aucun défaut majeur, La Nuit nous appartient peut être considéré comme un film pas loin d’être parfait. Au centre du récit, la famille, encore une fois. Une famille déchirée, deux fils que la loi oppose, un patriarche qui est obligé de faire des choix, un manque de communication… bref un cercle familial plutôt fragile. Autour du drame, un polar superbement écrit autour du traffic de drogue chez la mafia russe aux USA. Même si le sujet a été vu des milliers de fois, James Gray réussit le miracle d’éviter la redite et on redécouvre le milieu qu’on croyait connaître par coeur d’un oeil nouveau.

Mais si le scénario est solide, bien ficelé et surprenant, c’est encore la mise en scène de James Gray qui fait de La Nuit nous appartient une nouvelle date dans le cinéma US. Ce réalisateur s’appuie sur des figures imposées et les détourne avec une finesse incroyable. Aucun effet de style gratuit, pas d’esbrouffe, tout se fait dans la sobriété à tel point qu’on en oublie parfois la performance. Aussi au détour de quelques scènes d’action il réussit à être original sans tomber dans le piège clipesque de beaucoup de ses collègues. La poursuite automobile sous la pluie est à ce titre un pur monument de mise en scène même si plutôt courte, filmée comme aucune autre avant elle.

On ajoute à ce tableau déjà bien garni une interprétation absolument géniale. Joaquin Phoenix trouve sans doute le rôle de sa vie (avant le prochain, ce type est génial), Robert Duvall prouve que même à son âge et avec sa carrière mythique il est encore capable de surprendre, Mark Walhberg confirme qu’il peut être grand à condition d’être bien dirigé, Eva Mendes électrise le tout en jouant entre la séduction à outrance et une fragilité touchante. Le résultat est tout simplement beau. La Nuit nous appartient c’est émouvant, c’est fort, universel, c’est inoubliable et c’est un véritable monument. Un jour ce chef d’oeuvre, à l’image de toute l’oeuvre de Gray, sera réhabilité comme un jalon majeur de l’histoire du cinéma américain moderne.

Le polar mafieux à la sauce US est, depuis le nouvel Hollywood, la chasse gardée des réalisateurs italo-américains. James Gray a changé la donne. En quatre film, avec l’aboutissement de La Nuit nous appartient, il s’impose comme LE metteur en scène capable de traiter du polar, des gangs et du thème délicat de la famille. Entouré d’une famille d’acteurs géniaux qu’il sait façonner, il signe là un pur chef d’oeuvre aussi brillant sur le plan formel que simplement bouleversant.

Date de sortie cinéma : 28 novembre 2007

Synopsis : New York, fin des années 80. Bobby est le jeune patron d’une boite de nuit branchée appartenant aux Russes. Avec l’explosion du trafic de drogue, la mafia russe étend son influence sur le monde de la nuit.
Pour continuer son ascension, Bobby doit cacher ses liens avec sa famille. Seule sa petite amie, Amada est au courant : son frère, Joseph, et son père, Burt, sont des membres éminents de la police new-yorkaise…
Chaque jour, l’affrontement entre la mafia russe et la police est de plus en plus violent, et face aux menaces qui pèsent contre sa famille Bobby va devoir choisir son camp…



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.