Review
Il s’était fait relativement discret pendant les 6 ans qui ont suivi l’échec commercial de ce qui restera pourtant comme son chef d’oeuvre, Jacky Brown, préparant minutieusement le film qui le replacerait dans la A-List des réalisateurs américains. Et voilà qu’en 2003 déboulait sur les écrans celui annoncé en grande pompe comme le quatrième film de Quentin Tarantino (ce qui n’est pas tout à fait exact si on prend en compte son premier film aujourd’hui invisible My Best Friend’s Birthday et son segment de Four Rooms mais passons), le cinéaste le plus cinévore de la planète, au moins en apparence. Et ce qui est assez dingue au moment d’aborder Kill Bill, c’est quand même qu’après seulement 3 films et l’aura incroyable qu’ils lui ont crée il en arrive déjà à nous pondre ce qui s’apparente sans l’ombre d’un doute à un film somme. En grand artiste du remix, car c’est au fond ce qu’il est (il n’y a bien qu’Inglourious Basterds qui sorte de ce schéma), QT nous livre ici un immense best-of des bases de sa gigantesque culture cinématographique sans pour autant tomber dans le simple hommage pour l’hommage. Tarantino fait depuis toujours du cinéma ultra référentiel c’est clair, mais ses références ne peuvent pas parler à tout le public au premier coup d’oeil, c’est impossible. Il possède ce talent dingue pour marier élitisme cinéphile et cinéma pop grand public afin de ne laisser personne de côté, la marque des grands à l’image de son idole Brian De Palma. Mais Kill Bill marque également un changement profond dans le style Tarantino, une révolution même, et ça on ne l’attendait pas vraiment!

Se mettre en tête de lister les différentes influences qui se téléscopent dans ce premier volume tient de la folie tant elles sont nombreuses. Mais plus qu’à des films en particulier c’est à des genres que QT fait référence, parfois furtivement, parfois de manière frontale. Ainsi après la nouvelle vague et les polars HK dans Reservoir Dogs, la blaxploitation dans Jackie Brown et le véritable pot-pourri de Pulp Fiction, il nous fait partager cette fois sa passion sans limite pour le cinéma asiatique tout en adoptant la trame narrative simple et efficace du rape & revenge américain ou japonais, en la déstructurant comme à son habitude. Ainsi il cite volontiers le chambara, le yakuza eiga, le pinku eiga et le film de kung-fu, tout en se permettant d’insérer quelques emprunts au giallo ou au cinéma de De Palma. Ça pourrait rapidement tomber dans de l’hommage bas de gamme et sans intérêt dans d’autres mains, chez lui ça touche au sublime, du pur cinéma jouissif.
La révolution mentionnée ci-dessus vient en particulier du traitement réservé aux dialogues et à l’action. En effet QT s’était monté sa marque de fabrique, sa signature, sur des dialogues à rallonge, aussi savoureux que surréalistes et n’abordant de ce fait jamais l’action de manière frontale. Il n’y a qu’à se remémorer Reservoir Dogs qui était une relecture de City on Fire de Ringo Lam sans la scène de braquage, remplacée par une profusion de bavardages. C’est tout le contraire cette fois, Tarantino a réduit considérablement les dialogues pour se concentrer justement sur l’action. Et sur ce point il fait même dans la surenchère, le film filant à toute vitesse avec une générosité de tous les instants. Construit en chapitres comme autant de séquences indépendantes au sein d’un ensemble d’un cohésion totale, Kill Bill enchaine les morceaux de bravoure et n’en finit plus de créer des tableaux tout simplement inoubliables. Le premier fight chez Vernita Green, l’enfance d’O-Ren en animation, le passage sur l’archipel d’Okinawa et bien sur le combat final de la Blue House, du bonheur sur pellicule, rien de moins.

Un découpage millimétré, un montage dément, techniquement Kill Bill est bijou. Car si dans les sujets qu’il aborde QT recrache sa contre-culture, au niveau de la mise en scène c’est lui qui dicte les règles, et c’est un régal. Pas un cadre qui ne soit pas sophistiqué à l’extrême, des mouvements de caméra complètement fous (le plan séquence qui prépare à l’affrontement contre les crazy 88 est juste un modèle du genre!), il nous balance son talent pour l’image en pleine gueule en s’appuyant sur le non moins talentueux Yuen Woo-ping pour les séquences d’action à la fois virevoltantes et superbement cadrées pour ne rien gâcher du travail effectué sur les chorégraphies. Sur ce point Tarantino se démarque largement de l’ensemble des réalisateurs occidentaux incapables de filmer un combat correctement. Gerbes de sang irréelles, démembrements, ombres chinoises, le réalisateur s’amuse des codes et des techniques de cinéma pour en livrer sa vision en démystifiant cet art de l’illusion à sa manière (on voit des câbles dans le cadre, l’extérieur devient d’un coup enneigé…). Il en résulte un film non seulement orgasmique mais également intelligent sur le cinéma lui-même.
Comme à son habitude, pour mener à bien l’entreprise QT fait appel à une brochette d’acteurs tous plus charismatiques les uns que les autres, avec à leur tête une Uma Thurman qui n’a jamais été aussi belle et impressionnante. Lucy Liu entre dans la peau d’une Meiko Kaji moderne froide et brutale, Sonny Chiba illumine le film par sa simple présence et son statut d’icône, tandis que Gordon Liu (avec son masque de Kato) et Chiaki Kuriyama (la révélation de Battle Royale ici armée d’un instrument rappelant la flying guillotine) assurent les petits seconds rôles délicieux. On trouve également, une fois de plus, une bande son qui touche à la perfection, du culte instantané. En nous livrant ce premier volet, indissociable de sa suite (d’où la frustration terrible lors du cliffhanger final lors de la diffusion en salles), Quentin Tarantino réussit son pari de ne coucher que du plaisir brut sur pellicule. Forcément, le film touche encore plus les spectateurs sensibles aux genres qu’il aborde, mais il y a là quelque chose de sublime dans cette façon de se faire rencontrer des genres qui au cours de l’histoire se sont toujours nourris l’un de l’autre (le western et le film de sabres) dans une habile synthèse d’influences qu’il s’approprie complètement pour en faire son cinéma à lui, reconnaissable entre milles. Chapeau bas!
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Je ne suis pas du tout d’accord avec toi « Knorc », Boulevard de la mort (Death Proof) est un chef d’oeuvre, surtout pour la scène du LapDance mais aussi en sa généralité. Tout le film se base sur des pulsions sexuelles nuancées dickhead!
[...] plus d’un an. L’acteur revenu en état de grâce par la magie de Quentin Tarantino et Kill Bill avant de retomber dans les travers de la série Z bulgare s’est donné la mort pendant le [...]
[...] Il use et abuse du grand angle, des dutch angles et des contre-plongées, citant au passage le Kill Bill de son pote Quentin, développe une poignée de scènes proche du génial et surtout il traite [...]
Death Proof m’amuse bien. Il est mineur mais fun. Kill Bill tourne en rond. Le talent de Tarantino (le génie même, on n’a pas vu tel gradation de niveaux de lecture depuis Orson Welles!) c’est que tu peux prendre ses films au premeir degré, à savoir un truc fun. Et puis, que ça soit Pulp Fiction, Reservoir Dog et cie, on peut lire un second degré. Par exemple Reservoir Dog, il montre (de façon légère) la gangrène des bandes armée. On va encore me traiter d’intello mais il résume en micro-cosme comment la pègre américaine s’est auto détruite (comme dans le film où ils s’entre tuent). Jackie Brown se que j’aime c’est l’histoire d’amour en parallèle. Et puis le tour de force d’inglorious c’est de montrer la sauvagerie de nos âme quand on ressent une jouissance à voir les nazis mort; Ajoute à ça tout le côté référentiel que j’adore et tu obtient Tarantino. Son génie c’est de ne surement pas avoir conscience de toute la profondeur de ses œuvres.
Kill Bill, j’arrive pas à trouver un quelconque second degré de lecture. Rien nada. Une morale sur la vengeance? Bof. Et puis, même le côté référentiel est moins bien amené. Il déroule son savoir. j’ai toujours trouvé ça très nombriliste.
@FredP: Merci
Même si je suis sur qu’on peut faire mieux ^^
Le deuxième arrivera ce weekend je pense, et je le préfère encore au premier.
@alexandre: Euh… les autres films de Tarantino véhiculent un quelconque message? C’est quand même étrange ta réaction vis à vis de ces deux-là qui ne sont finalement que de la série B de luxe… comme tous les films de QT sans exception. Certes il privilégie pour une fois l’action aux dialogues (quoique c’est différent dans le vol. 2) mais ça reste ancré dans son cinéma hyper référentiel. Et c’est quand même vachement mieux que le trop bavard Death Proof
@Zirko: Yep, on est d’accord!
@Mat Castle: Quand je l’ai vu la première fois ça ne m’a pas tant choqué que ça vu que j’avais pas encore pu mettre la main sur City on Fire ^^
Mais concrètement c’est plus une variation qu’une reprise vu qu’il l’aborde de façon totalement opposée (en virant le braquage)
@Knorc: Pour moi aussi Death Proof est clairement son plus faible, il est allé au-delà des limites de son style et c’était limite chiant.
Après c’est pas con ta segmentation en périodes, même si Boulevard de la Mort n’est pas si sanglant. Et par rapport aux giclées de sang dans Kill Bill, c’est typique du chambara ou des films de sabre de la Shaw Brothers
@I.D.: Je parlerais pas de plagiat mais plutôt de forte influence car à part pour Reservoir Dogs il ne reprend jamais la trame de ses sources d’inspiration. Et puis il peut se le permettre car ça permet à certains spectateurs de découvrir des pépites de cinéma pas vraiment mainstream et surtout ce mec a un vrai don pour l’image.
Tarantino ! Le cinéma mixeur. Tu prends un peu d’ici, un peu de là, tu mixes le tout et t’as le résultat. Au moins, même s’il lui arrive de souvent plagier, il a au moins le mérite de la faire bien et avec une touche propre.
C’est bien de souligner que Réservoir Dogs est une relecture (plagiat) de City on Fire de l’ami Ringo Lam tout comme ce dernier avait fait une relecture du Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville avec ce même City on Fire.
100% d’accord avec Alexandre Mathis ! Kill Bill est très loin d’être mon Tarantino préféré. Il y a quelque chose qui me dérange dans ce film, c’est que le sang qui gicle de partout ressemble à des arrosages automatiques… J’aimais mieux le style Tarantino dans les bons vieux films de gangsters qui sont infiniment mieux que Kill Bill : Reservoir Dogs, Pulp Fiction et Jackie Brown.
(Bon, j’aime quand même Kill Bill hein ! Me faites pas dire ce que j’ai pas dis!)
Pour moi le pire Tarantino c’est Boulevard de la mort, on dirait un film d’un gamin de 12 ans. Avec Inglorious Basterds, il a su retrouver une certaine maturité.
J’ai l’impression que Tarantino, comme Picasso, marche par périodes.
Période gangster sanglant : Reservoir Dogs, Pulp Fiction, Jackie Brown
Période n’importe quoi sanglant : Kill Bill 1, Kill Bill 2, Boulevard de la mort
Nouvelle période : Inglourious Basterds, …
Qu’en pensez-vous ?
tu fais bien de nommer city on fire de ringo lam, peu de personnes le savent mais Q a bien pompé son intrigue sur ce polar made in HK avec Chow yun Fat. je t’avoues j’ai été méme un peu choqué quand je l’ai découvert, pourtant shui un méga fan de « dogs » (pour nottament ses dialogues devenus cultes….)
Pas grand chose à dire de plus.
Ce tarantino est excellent et parfaitement maitrisé !
je suis un grand fan de Tarantino (j’ai du te saouler avec déjà pas mal de fois d’ailleurs) mais j’ai vraiment un réticence sur le dyptique Kill Bill, vraiment. Encore le premier ça passe, mais le second c’est lourd.
En fait ce que je n’aime pas tellement c’est le côté pot-pourris pas toujours très fin. j’aime moins les dialogues que dans ses films précédents, je trouve que ça manque de liant. Pour moi, c’est une succession de clip très beau (belle images, Bo comme d’hab géniale) mais ça n’est pas un film pour moi. Et ça n’est pas un problème de référence, juste une irritation sur l’aspect nombriliste. Kill Bill ne sert à rien, ne sert personne ne véhicule aucun message.
Je prends ça pour une récréation amusante, sauf que ça m’énerve que ça soit presque le plus culte des Tarantino (après Pulp Fiction), c’est son moins bon.
Je crois qu’on ne pourra pas faire meilleure analyse (heureusement que mon culte du dimanche a un angle différent pour ne pas souffrir de la comparaison). Hâte de lire ton analyse de la seconde partie du coup.