Review

Bon ben voilà un film plutôt étonnant de la part de celui que le monde a découvert avec OldBoy (bien qu’il avait déjà 2 gros films à son actif, JSA et Sympathy for Mr Vengeance). En effet après avoir bouclé sa trilogie de la vengeance avec un Lady Vengeance relativement faible comparé aux deux autres, on se demandait bien sur quoi monsieur Park allait s’engager. Je suis un cyborg représente pour lui une sorte de passage obligé après trois films noirs et violents, car qu’on le veuille ou non quand on est réalisateur on se retrouve plus ou moins contaminé par son travail. Une sorte de récréation ou re-création, un exercice de style léger qui a de quoi surprendre le public mais qui a surtout permis à ce talentueux metteur en scène de faire un break bien mérité avant de retourner vers l’univers qu’il affectionne particulièrement, la violence, et ça sera cette année avec Thirst, un film de vampires!

L’histoire qui nous est contée est simple : Young-goon est une anorexique à tendance schizophrène, elle croit être un cyborg qui se nourrit en suçant des piles… faut dire qu’elle est pas aidée, sa grand-mère croyait être un lapin et se nourrissait exclusivement de navets, et sa mère n’est pas en reste! Internée suite à une tentative de suicide (alors qu’elle voulait simplement recharger ses batteries sur le secteur), elle va peu à peu se lier à Il-soon, cleptomane se prenant accessoirement pour un lapin et persuadé de pouvoir rétrécir… On est loin des pulsions vengeresses des précédents films du réalisateur en effet! On est dans de la fantaisie pure, un conte, une comédie romantique, une bouffée d’oxygène selon les dires de Park Chan-wook mais un film plus profond qu’il n’y parait.

En effet comment ne pas voir dans ce bout de femme (elle se prend pour un robot mais travaillait sur une chaine de fabrication où les ouvrières ont tout d’automatique) une métaphore d’une société où l’apparence factice et la ressemblance à un modèle de perfection priment sur l’humanité? On peut être amené à y réfléchir, même si ce n’était sans doute pas le but du réalisateur…

Le film est complètement loufoque dans son ton et tranche complètement avec tout ce qui nous arrive de Corée du Sud. On trouvait déjà des idées fantaisistes dans Lady Vengeance mais on atteint ici des sommets de n’importe quoi. On navigue entre des scènes drôles, tristes, folles, oniriques… Je suis un cyborg part parfois dans tous les sens, et désorientera sans doutes les spectateurs les plus cartésiens.

Des couleurs pastels, des personnages tous plus loufoques les uns que les autres (la galerie de patients qui ont tous droit à leur présentation est vraiment excellente), on se croirait au croisement étrange entre les univers de Tim Burton, Michel Gondry et Takeshi Kitano… drôles de références! Le couple d’acteurs, Lim Su-jeong (vue dans le très bon 2 soeurs) et le chanteur pop Rain (ici sous son vrai nom Jeong Ji-hoon), qu’on a pu voir récemment dans Speed Racer et qui sera à l’affiche du très prometteur Ninja Assassin de Lewis McTeigue (V pour Vendetta), impressionne par leur faculté à jouer de cette folie ambiante, créant parfois une véritable alchimie. On pense à la scène de l’installation de l’appareil qui transforme la nourriture en électricité ou celle du repas. Tour à tour enfants, ados et adultes, ils forment à l’écran un très beau couple auquel on s’attache facilement.

On en vient même parfois à être contaminé par cette folie ambiante… mais non, les électrochocs ne lui rechargeront pas les batteries car elle est humaine… la frontière entre séquences « réelles » et imaginaires n’est jamais très visible, c’est ce qui désoriente le plus. Visuellement on sent bien la maitrise de Park Chan-wook, c’est très beau, mais il est clair que sa virtuosité avec une caméra s’exprime le mieux dans les déchainements de violence, et il y en a un assez sauvage ici, surprenant même vu le ton du film. En effet Young-goon est capable d’utiliser ses mains comme des mitraillettes (c’est d’ailleurs de cette image qu’est né le film) et sa mission première est de tuer les docteurs!

Belle histoire d’un amour bizarre entre deux personnages complètement barges, un amour pas tout à fait partagé mais sincère, fable fantastique sur la folie pure et sur la maladie, Je suis un cyborg est définitivement un film différent, si on le prend au premier degré il sera drôle, fou et très léger. Si on creuse un peu plus il se révèle encore plus poignant et triste car fortement pessimiste.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.