Review
Jackass, c’est un phénomène, tout un symbole. Le symbole d’une chaîne qui a finalement révolutionné pas mal de choses au début des années 2000, MTV. À l’origine des jackass, littéralement les « crétins » il y a plusieurs éléments: du skateboard, Johnny Knoxville, Jeff Tremaine, Spike Jonze et une belle dose de connerie ultra-concentrée. À l’arrivée c’est un des shows TV les plus dingues jamais vus, encore plus que tous ceux qui leur auront emboîté le pas par la suite (Dirty Sanchez, Wildboyz et autres…). La recette est plutôt simple, il ne s’agit que d’une bande de malades n’ayant peur de rien, des cascadeurs et showmen qui essaient les trucs les plus dangereux et dégueulasses qui leur passent par la tête. Show aussi drôle qu’impressionnant – on en rit autant qu’on ressent presque de la douleur pour eux – il s’agit de la glorification de la débilité profonde. Par cette position extrême, il est évident que devant une telle émission, soit on adore soit on déteste. Et sans surprise c’est la même chose vis à vis de ce troisième long métrage. Les amateurs aujourd’hui adultes seront aux anges de retrouver la joyeuse bande, les autres n’y verront qu’une ode au vide cinématographique, au mauvais goût et à la connerie. Oui Jackass 3D n’a rien d’un film intelligent, mais le public pour lequel il est calibré n’en a rien à foutre. Si on se déplace en salle pour voir ça, c’est pour avoir sa dose de caca, de vomi, de fractures, de chutes, de coups et de zguègue à l’air. Et sur tous ces points on est servis! Et en 3D en plus, c’est James Cameron qui doit être content!
« Hi, I’m Johnny Knoxville, welcome to Jackass! », c’est presque avec émotion qu’on entend ces quelques paroles à l’ouverture du film. Cela faisait 4 ans qu’on ne les voyait plus alors qu’il y a presque 10 ans ils rythmaient nombre de nos soirées étudiantes. Mais très franchement, on se posait quelques questions sur leur potentiel aujourd’hui, la plupart ayant quasiment la quarantaine, ainsi que sur la présence de la technologie 3D sur ce genre de film. Et pourtant pendant près de 1h15 on retrouve la bande telle qu’on l’avait laissée, ou presque. Ils n’ont rien perdu de leur folie, de leur goût du danger, de leur masochisme ou de leurs tendances scatologiques. L’ensemble ne ressemble bien entendu pas à une véritable oeuvre de cinéma, il n’y a aucun scénario mais une simple suite de sketchs sans fil conducteur, mais remplit tout à fait le contrat, car sauf à quelques exceptions près le rythme ne faiblit pas et on retrouve tout ce qui faisait le charme de cette série qu’on adorait.
Ainsi passé un court métrage d’introduction mettant en scène les très irritants Beavis et Butt-Head en 3D, on entre dans le vif du sujet avec un générique tout en ralenti qui justifie à lui seul la technologie déployée sur le film. Ensuite on assiste à ni plus ni moins que ce qui était prévu, avec peu de surprises, bien trop peu. Un cocktail de sueur, de grosses baffes dans la gueule, une éruption en gros plan qui n’est rien d’autre qu’un étron, des cascades folles, des litres de gerbe, des serpents des insectes… on est en terrain connu. Et c’est bien là la limite de Jackass 3D. Si on rit de bon coeur ou jaune, il faut avouer que l’ensemble des gags, aussi efficaces soient-ils, sentent tout de même le réchauffé. Et même à l’intérieur du film. En effet par exemple le gag avec le buffle se voit repris plus tard mais avec un bélier. Les jackass tournent en rond et finalement même le gag ultime le « cocktail de caca », n’est qu’une version améliorée d’un vieux sketch. Cela dit on atteint tout de même des sommets dans le dégueulasse scato.
Au-delà des performances extrêmes des cascadeurs et du défilé de guests (Tony Hawk, Spike Jonze, Sean William Scott, Mat Hoffman…), Jackass 3D étonne par son traitement visuel. On en viendrait presque à dire qu’il s’agit du premier film à utiliser intelligemment la 3D. Et ce même si balancer du vomi ou du caca vers le spectateur avec un effet de relief saisissant n’a rien de bien intelligent. Les autres séquences assez incroyables sont celles, nombreuses, en hyper ralenti. L’effet obtenu grâce à la caméra Phantom HD illustre en détail et au plus proche toutes les déformations des corps lors des coups. Concrètement on effectue un pas en avant comparé au traitement des cascades de Ong Bak par exemple, la référence en terme de rendu des coups. Et la 3D apporte également quelque chose, une profondeur très appréciable, dans ces séquences, et rend l’expérience assez unique.









@Alvaro: Merci
Pour ce qui est de la 3D, vaste sujet de réflexion… cela dit, si elle était c’est vrai exploitée de façon très intelligente dans Day & Night, je crois que dans Jackass on atteint un autre niveau. Le mot « intelligent » est sans doute mal choisi compte tenu du film mais c’est une des rares fois où on voit de vraies projections sortant de l’écran plus qu’un simple effet de profondeur. Une utilisation extrêmement ludique serait plus juste
@Dom: C’est vrai que c’est du déjà vu, c’est la grosse faiblesse que je souligne, mais y’a quand même de très grands moments de n’importe quoi!
@Guillaume: Je crois qu’on est d’accord sur toute la ligne
Jackass est une aventure trippante, observée par une série de situations dangereuses ou dégueulasses et poussée à l’extrême. Peu importe, le moment de rigolade est décidément assuré avec ce film en 3D. On aime ou non, le défaut est son manque d’originalité qui pourront en dérouter certains.
J’ai trouvé aussi la 3D très appréciable ; quant à dire qu’il s’agit du premier film à l’utiliser « intelligemment », il y a un pas que je ne suis pas prêt à franchir !
Amateur de ces conneries de mon adolescence, j’ai trouvé que le film peine énormément par ses sketchs déjà-vus et ceux ridicules et en aucun cas marrant (Steve-O + un autre gus et les abeilles ; La pomme dans l’anus de Preston et le cochon ; …)
Merci Filmosphere pour cette critique des plus intéressantes, comme d’habitude. La façon dont vous approchez le film est détaillée et bien menée, l’article s’en voit ainsi une réussite!
Par contre, je dois différer avec vous sur un point : c’est la première fois qu’on utilise la 3D intelligemment? Que faites-vous de ce petit court-métrage, tout mignon mais d’une intelligence frappante – voire, surprenante – qui s’appelle Day & Night? Il me semble que la réflexion sur la 3D, qui ne s’était jamais présentée sous cette forme était passionnante et juste.
Juste mon petit grain de sel, pour alimenter les questionnements au sujet de la 3D et de ce qu’elle pourrait apportera au cinéma (ou pas).