Review
C’était l’évènement de l’année au festival de Cannes. Tarantino sur la Croisette, en sélection officielle avec un film sur un commando tueur de nazis… si le casting glamour aura eu le succès mérité, le film a laissé de marbre, accueilli froidement par un public sans doute déconcerté. Mais le film, qui comme tous les films du réalisateur, reste une série B de luxe, apparaît pourtant au palmarès, prix d’interprétation masculine pour Christoph Waltz… acteur de télévision allemand, quasi-inconnu… Et il est vrai qu’après un Boulevard de la Mort certes souvent jouissif mais un peu décevant de la part du mister cool d’Hollywood, on ne savait pas trop à quoi s’attendre malgré des bandes annonces absolument géniales… Le résultat est une véritable surprise, c’est la première fois que Tarantino fait un film aussi différent du reste de son œuvre. On pourrait appeler ça le film de la maturité, sauf que c’est clairement le travail d’un réalisateur qu’on espère voir rester immature encore pendant de longues années, car Inglourious Basterds, c’est une bombe, une vraie!
Il y a avec ce film une vraie prise de risque car depuis son dernier film c’est un fait, il n’est plus le chouchou du public et il ne rapporte plus autant d’argent au studio… donc c’est dire la pression que les Weinstein ont du lui mettre! Quoi qu’il en soit, dès l’ouverture d’Inglourious Basterds on sent bien que quelque chose s’est passé… En effet dans le premier chapitre Once upon a time in nazi-occupied France Tarantino nous livre une introduction d’une intensité qu’il n’avait jamais atteint. Un modèle du genre, plein de tension, entre un paysan français et le jew hunter Hans Landa (Christoph Waltz)… Bien sur la scène fait la part belle aux dialogues que chérit tant le réalisateur, jouant ici également sur des changements de langue (du français à l’anglais) dans un but purement dramatique. La scène impressionne vraiment, à tel point que tout le reste du film, à part le final, semble bien en deçà… On y découvre ce colonel allemand capable d’alterner une bonhomie sincère avec une haine contenue mais bien réelle. Un des plus beaux salauds qu’on ait pu voir. Tarantino a tout compris au précepte comme quoi pour réussir un bon film, il faut un bon méchant…
Dans la structure même de son film, Tarantino révolutionne un peu ses habitudes. A la narration linéaire de Boulevard de la Mort il rajoute le développement en chapitres qu’il avait imposé sur les deux Kill Bill. C’est la meilleure solution pour faire passer de longues ellipses narratives… Toujours est-il que le simple fait de s’attaquer à un film « historique », en costumes l’affranchit tout à coup de tout l’univers qu’il avait crée pour ses films et ceux de ses potes… Et comme libéré de certains clins d’œil obligatoires et de figures imposées, il signe ce qui s’impose en quelques instants comme son film le plus original… Un tournant dans son œuvre? Possible… en tout cas c’est une franche réussite car même si on a parfois l’impression que ce n’est pas SON film, pour les raisons évoquées ci-dessus, son talent de scénariste et de metteur en scène nous rattrape illico. Et l’ensemble prend d’autant plus de valeur que c’est son premier film qui ne fonctionne pas uniquement comme une référence à un genre du passé!! Besoin de reconnaissance pour son travail et non pour sa culture le Quentin? Sans doute oui!
Il réussit même à nous prendre par surprise… enfin seulement les plus crédules qui s’attendaient à un film bourrin avec des exterminateurs de nazis… Plus qu’un film de guerre, Inglourious Basterds est un film de vengeance, un film d’espionnage, une comédie… tout cela à la fois et bien plus encore. Ses références elles y sont toujours mais beaucoup plus habiles et discrètes, et elles brassent des genres innombrables. Et c’est particulièrement dans la musique qu’on le sent… comme d’habitude chez Tarantino elle tient un rôle indispensable. Sont ainsi cités le western et le film de guerre italien par la présence de Morricone (d’ailleurs la première partie de l’ouverture du film semble sortie de chez Leone!), le cinéma allemand des années 30 (Otto Preminger) et bien sur le film de guerre US avec les compositions de Lalo Schiffrin et Elmer Bernstein… comme toujours, chaque morceau de la BO provient d’un autre film.
L’utilisation des chapitres vient poser une narration à la fois simple et qui dérange un peu… En effet les ellipses sont telles qu’on a parfois l’impression que chaque chapitre est un film indépendant des autres. Le ton est différent, la mise en scène également… si le sujet n’était pas aussi passionnant on pourrait vite s’en désintéresser tant la trame principale semble parfois échapper à toute logique narrative… Sauf que cette histoire de vengeance et de commando spécialisé dans l’assassinat de nazis est bel et bien jouissive à souhait!!! Déjà les basterds eux-mêmes, qui ne sont finalement pas si présents que ça à l’écran, assurent un max. Brad Pitt en fait des tonnes avec son accent incompréhensible sorti d’un coin perdu du Tennessee, avec comme d’habitude chez l’acteur le look et la gestuelle qui vont avec. Il n’en est pas à sa première grosse performance d’acteur mais une fois de plus il est bluffant… Dans sa bande on trouve aussi Eli Roth, décidément bien meilleur acteur que réalisateur, et qui retrouve le temps de quelques scènes géniales sont binôme de Boulevard de la Mort, Omar Doom.
Du côté des allemands enrôlés, Til Schweiger est énorme en fou du couteau, il se pose comme le basterd le plus charismatique juste après Aldo « the Apache » Raine (Brad Pitt). Michael Fassbender est aussi excellent, qu’il soit face à un Mike Myers méconnaissable ou dans une taverne remplie de SS… Les rôles féminins ne sont pas en reste! Si Julie Dreyfuss fait une nouvelle fois très bien la plante verte, Diane Kruger est magnifique dans son personnage de traître et Mélanie Laurent, en plus d’être superbe, apporte un sérieux cachet dramatique. Mais tous, aussi excellents soient-ils, se font voler la vedette par Christoph Waltz à chaque scène… Il est effrayant, d’une intelligence rare, très drôle… cet acteur possède une présence à l’écran qui tient du miracle! Son prix à Cannes est loin d’être volé ça c’est certain.
Et puis il y a ce scénario dément qui revisite l’histoire d’une façon incroyablement efficace, qui nous surprend alors qu’on était persuadé de connaître le dénouement. Sa mise en scène toujours élégante qui se permet des excès toujours bienvenus (de superbes plans verticaux, des plans séquences géniaux…). Et ces dialogues… je ne comprends pas comment on peut les trouver faibles comparés à ses autres films! Une nouvelle fois il réussit à trouver l’étincelle qui va transformer une conversation banale en grand moment… et ce à de multiples reprises. C’est vrai que c’est bavard, c’est vrai que le rythme est plutôt lent… mais il n’y a là rien de surprenant! Il s’inspire du western et du cinéma japonais pour rythmer ses films, et ça fonctionne. On retrouve donc des excès de violence soudains, de longues tirades… du bon Tarantino quoi! Du très bon même… Si on n’atteint pas la perfection d’un Pulp Fiction ou d’un Jackie Brown, il y a fort à parier qu’au fil des futurs visionnages qui s’imposent d’eux-mêmes après cette découverte, le dernier film de ce petit génie va se découvrir comme un classique.
Pour l’instant c’est juste un grand cru, c’est sa plus belle déclaration d’amour au cinéma, bourré de scènes phénoménales immédiatement cultes et d’un final tout bonnement orgasmique! Et les derniers mots d’Aldo Raine résonnent comme un écho aux pensées inavouées de Quentin: This just might be my masterpiece…










[...] dans une composition certes connue (il reprend plus ou moins le même personnage que celui d’Inglourious Basterds) mais toujours agréable par la folie qui s’en dégage. Par ses excès, il rend la romance [...]
Voila du cinema, du vrai. La scène d’ouverture est juste parfaite. le scénario est géniale- le cinéma qui sauve l’homme mélé à une histoire de vengeance- et la BO déchire.
En plus, Brad Pitt hilarant et magnifique.
[...] Au final il ne reste pas grand chose, des actrices bien mignonnes (Jordan Ladd!!), un peu de cul, beaucoup de gore qui tâche sur la fin, un berger allemand qui bouffe les contaminés, un humour pas toujours très fin, un jeu d’acteurs lamentable et un final directement pompé de la Nuit des Morts Vivants de Romero… ah et puis aussi un plan gratuit sur un lapin géant à la Donnie Darko et un gamin qui se prend pour Chuck Norris! Pas de quoi s’extasier donc, si ce n’est la dernière partie plutôt fun et généreuse (c’est le cas également dans Hostel). Non Eli Roth n’est pas le grand espoir auto-proclamé du cinéma bis, c’est un cinéphile c’est certain, avec une belle culture, mais de là à le comparer au Sam Raimi des débuts, c’est ridicule. Depuis ce film, la meilleure chose qu’il ait pondu sur grand écran c’est la fausse bande-annonce Thanksgiving qu’on trouve dans le montage original de Grindhouse, entre Boulevard de la Mort et Planète Terreur… Il ferait mieux de se consacrer à une carrière d’acteur car là il est plutôt bon (cf Inglourious Basterds!). [...]
[...] En grand artiste du remix, car c’est au fond ce qu’il est (il n’y a bien qu’Inglourious Basterds qui sorte de ce schéma), QT nous livre ici un immense best-of des bases de sa gigantesque culture [...]
[...] a montré ses plus grandes faiblesses (même si je l’aime bien!). Sauf que cette année, avec Inglourious Basterds, Tarantino a enfin montré qu’il savait faire du très très grand cinéma sans forcément [...]
[...] cela. Toujours est-il qu’Un Prophète, après Les Etreintes Brisées, Antichrist et Inglourious Basterds, confirme que le festival était d’un très haut niveau cette année. Et je découvre là un [...]
[...] autant qu’il me fait peur) pour autant de réalisateurs que j’ai tendance à vénérer: Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, Public Enemies de Michael Mann et cet Imaginarium du Docteur Parnassus… [...]
[...] Matt Damon – Invictus Woody Harrelson -The Messenger Christopher Plummer -The Last Station Stanley Tucci -Lovely Bones Christoph Walz – Inglourious Basterds [...]
[...] À ses côtés Daniel Brühl (la révélation de Goodbye Lenin et le jeune soldat amoureux d’Inglorious Basterds) ne convainc qu’à moitié, en partie à cause de son physique qui n’a rien de celui [...]
@flud: On est d’accord
Pour le rythme, il est tout de même loin d’être soutenu, comme dans tout Tarantino
Un petit oubli: on ne peut pas oublier Christoph Waltz ! chapeau bas !
Et petit détail: dans la lignée de cette bande-annonce trompeuse, le film, c’est pas un film d’action et Brad Pitt il est pas le héros de ce film ! Je n’ai pas chronométré son temps de présence à l’écran, mais il doit être quasi un second rôle (j’exagère peut-être un peu, mais pour moi c’est Waltz qui est le vrai premier rôle de ce film)
Je suis d’accord à 100% avec tout ce que vous dites !
Je voudrais juste apporter une petite précision: si on s’en tient à la bande-annonce, on peut tout de même justifier la déception de certains: la bande-annonce, elle bande-annonce pas du tout le film !
On peut légitimement s’attendre à un film d’action. Alors qu’en fait il y a peu d’action.
Par contre moi je n’ai pas du tout trouver le rythme du film lent. J’étais complétement pris, presque hypnotisé, par toutes ses scènes un peu sournoises, où la violence est sous-jacente, puis se concrétise finalement dans une gerbe abrupte, intense et de courte durée ! (ça vous rappelle pas quelque chose ? )
Bref, je suis totalement fan de ce film, qui pour moi est à classer dans les films cultes.
J’adore aussi le final. Franchement, voir des juifs qui prennent leur revanche de façon aussi grand-guignolesque, avec ces deux tarés qui tirent à la mitrailleuse dans le tas, j’ai trouvé ça trop excellent. Chacun ses goût n’est-il pas ?
[...] « Inglourious Basterds » [...]