Review
Comment un film devient-il un classique? Aussi excellent soit-il, cela prend habituellement des années, ou plutôt des décennies. C’est dans sa capacité à traverser les époques et les modes sans faiblir qualitativement que se révèle un classique. Infernal Affairs date d’il y a moins de 10 ans (6 ans même pour la France) et il est pourtant considéré comme un classique en puissance. Pour celles et ceux qui ne seraient pas au courant, il s’agit du film sur lequel s’est appuyé (ou qu’a pompé ça marche aussi) Martin Scorsese quand il a réalisé les Infiltrés, le film qui lui a valu son premier et unique Oscar du meilleur film, récompense absolument pas méritée si on s’attarde sur les autres films en lice (Babel et Lettres d’Iwo Jima) ou tout simplement sur la filmographie antérieure du grand Marty. Inutile de dire que comme souvent, le film original pulvérise le remake sur presque toute la ligne. Mais si Infernal Affairs a obtenu le statut qui est le sien aujourd’hui c’est car il est sorti dans un contexte bien précis. Petit retour sur l’histoire de Hong Kong: en 1997, c’est la rétrocession de Hong Kong par l’Angleterre à la Chine. Par peur de l’évolution des conditions de travail dans l’industrie (et notamment la censure) les réalisateurs majeurs, qui avaient fait du polar HK un modèle pour le monde entier dans les années 90, s’exilent à l’étranger. En tête, le trio infernal John Woo, Tsui Hark et Ringo Lam. Leur départ permettra à un grand nom de se faire sa place au soleil, Johnnie To, mais pourtant ses films souvent conceptuels ne ravivent pas la flamme d’un genre devenu moribond. Et 5 ans plus tard, c’est le choc! Un des plus beaux castings jamais vus dans un film HK (autre que chez Wong Kar Wai), un scénario en béton, une mise en scène d’une classe folle, le polar made in HK renait de ses cendres et Infernal Affairs devient un classique instantané.
Ce n’était pourtant pas gagné, surtout si on a suivi la carrière du duo de réalisateurs. Andrew Lau est à l’origine un excellent directeur de la photographie qui a éclairé quelques chefs d’oeuvres de City on Fire à Chungking Express en passant par Crime Story, et qui est devenu une sorte de yes-man en tant que réalisateur. Un paquet de succès publics sans grand intérêt artistique, mis à part l’excellent Stormriders (pour son côté jeu vidéo live), et un des pires films jamais produits dans l’ex-colonie, the Avenging Fist, une adaptation non officielle de Tekken. Le seul coup d’éclat de l’autre moitié du duo, Alan Mak, n’était à l’époque que le très bon polar A War Named Desire. Autant dire que la réussite artistique d’Infernal Affairs n’était absolument pas garanti. Mais pourtant le binôme à la réalisation enchaine les bonnes idées, avec en tête bien sur un scénario impeccable. Avec le recul il est d’une simplicité déconcertante, sauf que l’idée est géniale. Des films montrant des flics ou des gangsters infiltrés dans le camp adverse on en a vu des tonnes, mais mettre ces deux formes d’infiltration en parallèle au sein d’un même film, jamais.
C’est dans sa simplicité qu’Infernal Affairs tire sa force, dans sa sobriété également. les scénaristes ont injecté dans ce polar classique des éléments universels, de l’histoire d’amour contrariée à la paternité (réelle ou symbolique), en passant par l’accès au pouvoir et la quête identitaire. Tous ces points font qu’on s’identifie facilement aux personnages, qui évoluent chacun dans le camp de l’autre comme dans un miroir. Les notions de bien et de mal et la difficulté à suivre une ligne de conduite sont au centre des débats, à tel point que l’enquête pour déterminer qui est la taupe chez l’autre devient presque secondaire. il s’agit certes d’un film policier, mais surtout d’un film de personnages, tous complexes et passionnants dans leur évolution. C’est à cette qualité d’écriture, plus encore qu’à la mise en scène, que le film doit son succès. En ramenant au goût du jour de vieilles valeurs toujours efficaces, telles que le sens de l’honneur et de la justice, l’équipe derrière le film tape juste là où il fallait, ni plus ni moins.
Sans atteindre des sommets de sophistication, la mise en scène est là aussi d’une justesse remarquable. De gros mouvements à la grue et du grand angle pour les extérieurs qui nous montrent Hong Kong sous un nouveau jour, avec ces plans au sommet des immeubles beaux à en pleurer, et des cadres audacieux pour les scènes d’intérieur. Souvent très proches des acteurs, avec des caméras légèrement inclinées, l’effet est ultra efficace. La photo est juste sublime, logique pour un film réalisé par un chef opérateur qui en plus s’est fait aidé par celui qu’on peut considérer comme un des meilleurs directeurs de la photo au monde, Christopher Doyle, l’australien qui a éclairé presque tous les films de WKW dont In the Mood for Love (peut-être son travail le plus abouti). On ajoute à cela un montage d’une élégance et d’une précision rare (pas un cut ou ralenti qui ne soit pas justifié) et une musique mélancolique qui crée ce qui manque cruellement au remake de Scorsese, de l’émotion, et on a devant nous tous les ingrédients d’un grand film.
On l’a dit plus haut, en plus d’être un polar hors normes, Infernal Affairs est une tragédie qui repose sur ses personnages, il fallait pour que ça fonctionne un casting de haut niveau. En tête d’affiche, Andy Lau, le chanteur depuis longtemps reconverti au métier d’acteur et qui trouvait là un de ses très grands rôles, et surtout l’immense Tony Leung Chiu Wai, qui fait partie aujourd’hui des 5 plus grands acteurs du monde. Avec des jeux tout en nuances, sans jamais en faire trop, ils réussissent à rendre leurs personnages difficiles très complexes et naturels. Mais derrière eux, on trouve deux grands noms de la génération précédente, Eric Tsang et Anthony Wong, toujours aussi bons et qui se livrent un duel à distance qui atteint son paroxysme dans la séquence de commissariat (qui sera parodié de fort belle manière dans Men Suddenly in Black). À ces valeurs sures s’ajoutent tout un tas de guests qui confirment l’importance de ce projet. Au final, comment bouder son plaisir devant un film qui aborde le polar sous son angle le plus pur, dont le rythme ne faiblit jamais, parcouru de réelles fulgurances, qui est réalisé avec tant de classe et interprété par des acteurs fabuleux? On ne peut pas, et c’est pour cela qu’Infernal Affairs est aujourd’hui considéré comme un film majeur. Mais le plus fort dans tout ça, c’est que sa suite lui est encore supérieure!









c’est un scandale! seulement 4.5/5. Il vaut largement les 5/5.
[...] sachant qu’il ne s’agit que d’un remake fade et à la morale sauve du brillant Infernal Affairs de Andrew Lau et Alan Mak. Comme si l’inconscient collectif avait oublié qu’il était [...]
Le film réussi de bout en bout. Les acteurs sont absolument prodigieux, ils portent sur leurs épaules toute la tension distillée tout le long du film. Une mention particulière aux acteurs Andy Lau et Tony Leung qui tiennent leur rôle à la perfection. 20/20 sans aucune hésitation possible.
[...] duo inédit Christopher Doyle (ex-chef op attitré de WKW) et Andrew Lau (co-réalisateur d’Infernal Affairs), porté par les refrains entêtants de California Dreamin’ et la reprise de Dreams des [...]
[...] également le premier film du directeur de la photo Andrew Lau, futur réalisateur d’Infernal Affairs, qui signe une image [...]
[...] jalousie maladive. Donc quand en 1998 Stormriders d’Andrew Lau (alors futur co-réalisateur d’Infernal Affairs) devient un carton commercial sans précédent à HK et Tsui Hark décide alors de mettre en [...]
[...] s’agisse d’un simple remake pensé pour le public américain du brillant polar HK Infernal Affairs, les Infiltrés ne manque pas d’atouts. Film peut-être le plus accessible de Scorsese, ce [...]
@Niko Ah ben, je crois que c’est pour ça que j’ai pas aimé le 2 ^^.
@Brice: Carrément d’accord sur les acteurs, qui ont d’ailleurs beaucoup progressé depuis. À l’époque (bon c’était y’a pas si longtemps ^^) c’était vraiment des jeunes gueules d’amour pour aguicher les minettes, pas des grands acteurs.
@Niko En fait, j’ai pas aimé le temps même si l’histoire sur la jeunesse respective des deux héros est intéressante, les deux acteurs les représentants manque un peu de charisme. Franchement, il est possible de rajeunir un acteur de 10 – 15 ans avec le maquillage, voir plus avec des retouches numériques. Parce qu’on remplace pas Andy Lau et Tony Leung comme ça! Par contre le 3, c’est du fan service, ou les scènes coupées du 1 pas forcément nécessaire à la compréhension de l’intrigue d’origine. Mais je suis d’accord que le film depasse son statut de film et qu’il s’agit d’un fresque qui a marqué l’histoire du cinéma hk et du monde (avec malheureusement le remake oscarisé qui ne le méritait pas)
@Brice: Et pourtant certaines personnes préfèrent la version de Scorsese… ça me déprime parfois.
Sinon concernant les suites, je trouve le 2 supérieur à celui-là, même si les acteurs sont nettement moins bons. En fait c’est vraiment ce que j’aime dans les films de gangsters, une vraie fresque. D’ailleurs je vois la trilogie Infernal Affairs comme celle du Parrain: un premier film excellent, un second encore meilleur et un troisième bien plus faible…
Alors la, je ne peux qu’être de ton avis! Again! L’original comme tu dis pulvérise le remake! Pourquoi faire un remake d’un tel film, tellement abouti, maitrisé? Et surtout avec un tel casting. Marty, Matt Damon, ce n’est pas Andy Lau (qui a plusieurs dizaines d’années et des centaines de films/téléfilms/séries dans sa filmo), et Di Caprio n’est pas Tony Leung (idem).
Par contre, j’ai été très déçu des suites (qui sont en fait des préquels et séquences alternatives).
[...] de références en tout genre et les parodie à la perfection. Ainsi on retrouve Heat, mais aussi Infernal Affairs (la scène de l’interrogatoire d’Eric Tsang reprise ici à l’identique avec le [...]
[...] parfois avec succès. Eric Tsang, qu’on connait surtout comme acteur (Men Suddenly in Black, Infernal Affairs…), s’est fixé comme objectif en tant que producteur de dénicher de jeunes [...]