Review

In the mood for love c’est le film qui a définitivement placé Wong Kar Wai sous les projecteurs, tardivement car ses films précédents sont tous aussi bons. C’est peut-être le changement de rythme qu’il a apporté à celui-ci qui aura conquis. Délaissant le montage très serré et nerveux (il l’avait initié sur Happy Together) il livre une œuvre très mélancolique, stylisée à l’extrême, dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard. Le travail d’orfèvre réalisé sur les cadrages impressionne et marque la signature d’un génie déjà capable de faire un bilan de son travail après seulement 5 films impressionnants!

In the mood for love ne se regarde pas vraiment comme un film banal, il se vit un peu comme un rêve bercé d’une musique douce et triste. Wong Kar Wai manipule la notion du temps avec une facilité déconcertante et nous propose une succession de scènes qui semblent se dupliquer, étire certains moments à priori futiles en utilisant excessivement les effets de ralentis (chez d’autres c’est poseur et ridicule, chez lui c’est beau!). En s’appuyant sur une lumière magique de Christopher Doyle et en reprenant l’esthétique d’Happy Together (poussée plus loin) et une thématique proche de Chungking Express et Days of being wild, WKW raconte ce qu’il maitrise le mieux, une histoire d’amour nostalgique et qui n’aboutira jamais au bonheur. Un couple qui se rencontre en emménageant sur le même palier et qui va se rapprocher sans vraiment le vouloir, chacun étant la victime de l’infidélité de son conjoint.

Entre dénis, tristesse et résignation, le couple formé par Tony Leung Chiu Wai et Maggie Cheung va passer par tous les stades du deuil d’une relation détruite par la trahison, les 2 l’abordant de façon différente. Ils vont vivre leur propre histoire à part d’une manière tout à fait platonique, en gardant du respect envers ceux qui leur font tant de mal…

Les deux acteurs forment un couple magique, beaux et élégants, ne laissant s’exprimer leurs sentiments que par des regards. Quand ils se laissent aller aux larmes ils sont seuls et d’autant plus émouvants. In the mood for love représente avant 2046 toute la quintessence du cinéma de WKW, tout n’y est que fantasmes et jeux de séduction. Fantasme d’une relation parfaite, fantasme de l’aveu d’adultère, fantasme d’une séparation qui n’arrivera jamais. On y parle d’êtres seuls qui n’ont qu’un besoin: la présence de l’autre.

Intelligemment WKW travaille ses cadres comme il a l’habitude, plaçant toujours quelque chose au premier plan comme pour donner au spectateur la sensation d’être caché quelque part pour observer telle ou telle scène. Il prend aussi ce parti-pris de ne jamais montrer le visage des coupables de l’adultères, on les voit tout d’abord de dos puis au fur et à mesure que le film avance ils deviennent des silhouettes pour ne finir qu’en étant une voix et un souvenir… On peut y voir la disparition progressive de l’autre.

En esthète brillant, le réalisateur le plus romantique et élégant du monde nous offre un film magnifique à tous les niveaux, mélange d’influences chinoises et latines, à la fois mélancolique et moite. Il symbolise l’action du temps sur les sentiments jusque dans ce beau final dans les ruines d’Angkor où l’on enterre ses souvenirs. Et cette façon de suspendre le temps… c’est juste fascinant.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.