Review

Il y a des films sur lesquels poser des mots parait bien dérisoire… Des films qui ne se racontent pas mais qui se vivent, des œuvres capables de marquer à vie le plus blasé des spectateur, des films dont la vision se doit d’être partagée avec l’être aimé pour en ressentir toute l’émotion et faire corps avec ce qui se passe à l’écran. Happy Together est de ces œuvres-là, rencontre entre les cultures asiatiques et latines, histoire d’amour tragique, douloureuse, magnifique…

Happy Together est aussi un moyen pour Wong Kar Wai d’exorciser ses démons face à la peur de la rétrocession de HK à la Chine, en parlant d’exil bien sur, mais aussi en faisant un film avec des protagonistes homosexuels, ne sachant pas si cela serait possible une fois de retour sous la censure chinoise…

Happy Together se vit comme la lente destruction du temps sur les sentiments amoureux et le désir, sur un couple qui s’aime et se déchire, se quitte et se retrouve infiniment. Tout le film est ponctué d’images immuables, des horloges, les chutes d’eau d’Igazu, comme pour illustrer cette progression impossible à arrêter. Et quelle belle idée que de situer le récit en Argentine, pays d’une sensualité folle et berceau du tango, la danse la plus paradoxale et la plus belle, à la fois sensuelle et violente, cruelle. La musique joue comme souvent chez WKW un rôle principal, entre jazz et tango on est transporté très loin de chez nous.

Des regards fugaces, des corps qui s’enflamment, une atmosphère moite… Tout est sublimé par la caméra toujours virtuoses de WKW en symbiose totale avec la photo de ce génie qu’est Christopher Doyle. Et on est d’autant plus impliqué que le tout est porté par un duo d’acteurs au sommet de leur art et prenant un risque inimaginable, Tony Leung Chiu Wai et le regretté Leslie Cheung, pour qui ce film avait tout du catharsis.

On finit le film avec des images somptueuses en tête et le cœur lourd. Des chutes d’eau immenses à la scène du taxi, on en sort difficilement. Un film qui touche droit au cœur, artistiquement parfait et qui constitue une expérience de cinéma rare.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.