Review

Attendu sans doute trop longtemps par toute une partie du public amateur de cinéma à sensations, à grand renfort de photos de production chocs et salement aguicheuses, de messages d’attention du CSA qui lui firent la plus belle des publicités en vantant sa sauvagerie… Frontière(s) s’annonçait comme LE grand film de genre à la française qui allait enfin faire décoller le genre, suivant le chemin tracé depuis bien trop longtemps maintenant par Haute Tension d’Alexandre Aja. Avec à la barre un réalisateur reconnu pour avoir assisté les grands Tsui Hark et Ringo Lam (sur leurs films les plus mineurs, Double Team et Risque Maximum, mais tout de même) ainsi que pour avoir pondu le meilleur segment de l’anthologie horrifique française Sable Noir, le film a pourtant vite fait déchanter tout le monde, se trainant depuis une sale réputation de nanard violent, complaisant et gratuit. C’est donc avec une véritable appréhension qu’on se lance dans l’aventure et heureusement, sa mauvaise réputation n’est absolument pas justifiée. Frontière(s) n’est pas le grand film fantasmé mais le contrat est en partie rempli.

Frontière(s) c’est un film comme on en voit que trop peu dans notre pays, un film qui va jusqu’au bout de son idée, qui ne fait aucune concession, et qui touche pile-poil son audience, sans avoir peur d’en faire trop ou de sombrer dans le ridicule. Il n’évite pas ainsi quelques fautes de goût mais sa sincérité fait plaisir à voir. Sur la forme, Xavier Gens s’est fait plaisir et nous livre une peloche lêchée, à la mise en scène élaborée et à la photo franchement classe (encore bravo à Laurent Barès, décidément très doué). Aussi classe que puisse être une ambiance super crasseuse, du moment qu’elle colle parfaitement au sujet. Les acteurs sont dans l’ensemble assez bons et crédibles dans les archétypes construits ici, même si Samuel Le Bihan aurait pu faire un effort de sobriété comme le demanderait son rôle. Le scénario est surtout un prétexte, comme souvent dans un survival, mais se permet tout de même quelques originalités bienvenues et un brin WTF. Des cannibales nazis… Ça fait toujours plaisir de voir un aussi mauvais goût (dans le bon sens du terme) sur grand écran.

Avant tout, Frontière(s) est un film de réalisateur-cinéphile/phage. À l’image d’un Christophe Gans, Gens déploie toute une culture de cinéma bis en l’arrangeant à sa sauce. Souvent l’hommage est un peu trop appuyé. La structure et l’ambiance poisseuse sont les mêmes que Massacre à la tronçonneuse, des scènes sont très ouvertement inspirées de The Descent, La Mouche ou même Psychose. Mais on ne peut qu’aprécier l’effort du réalisateur qui a réussi un film jusqu’au-boutiste, à la violence très graphique, agrémenté de vraies séquences d’action (dommage que le montage les ait un peu affaiblies) et qui a une véritable personnalité, chose rare On mettra de côté le pseudo-message politico-social sur le fascisme et les dernières élections françaises, inoffensif pour rester poli, ainsi que des dialogues parfois lamentables.

Frontière(s) est un film bourré de petits défauts et qui risque de ne pas vraiment faire date. Pourtant il n’a pas mérité sa réputation de vilain nanar, loin de là. Xavier Gens livre un pur film de genre sauvage et poisseux, ultra référencé et qui provoque un véritable plaisir malsain devant un film français couillu qui annonce de belles promesses pour le futur du cinéma de genre, en attendant Martyrs.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.