Critique
Fight Club est typiquement le film qui vient poser une frontière infranchissable entre le public et la critique dite « sérieuse ». On en parlait sur la critique du second Twilight, il s’agit bien là du film culte d’une génération, celle des adultes de l’an 2000, le public a aimé, et même plus… au contraire de nos gardiens de la bonne morale cinématographique, qui ont pour sale habitude de démolir tout film qui prend la voie de l’insolence (je rigole encore des critiques de Dobermann, du caviar!). Et dans un seul et même cri de douleur, Télérama, les Cahiers du Cinéma, les Inrocks, le Monde et Libé ont détesté, usant même d’un très mauvais goût au moment de justifier leur effroi… Comme quoi on peut appartenir à une élite autoproclamée et ne rien comprendre à ce qui se passe à l’écran.
Fight Club a été taxé de film fasciste… mouais il faudrait déjà revoir la signification de ce mot et surtout apprendre à faire preuve du recul suffisant pour ne pas prendre le film au premier degré. Par contre anarchiste oui bien entendu, et c’est bien pour ça qu’il a accédé au statut de film culte! Le plus impressionnant est de voir à quel point en 3 films sur 4 ans David Fincher a imposé une sorte de révolution dans le cinéma. Se7en a changé le thriller à tout jamais, the Game, malgré ses grosses faiblesses, a imposé la loi du twist final, et Fight Club a décomplexé tout le monde vis à vis de la représentation de la violence à l’écran, qui se trouve ici traitée avec un réalisme rarement vu à l’époque. Et même 10 ans plus tard, après des dizaines de visionnages, c’est toujours un choc immense, aussi bien visuel que thématique. Comment mieux clôturer la décennie 90′s?

Sans doute que certains n’ont pas compris l’humour de ce film, alors que c’est pourtant très clair. Cette révolution n’a rien de sérieux et tout de grotesque, elle n’implique qu’un groupuscule à la tête duquel trône un mégalo misanthrope du nom de Tyler Durden. Fight Club doit se voir comme une farce nihiliste et non comme un pamphlet antisocial, et avec ce second degré nécessaire non seulement il prend tout son sens mais le spectacle n’en est que plus appréciable, loin des préoccupations morales bien trop faciles à attaquer. Et le plus fort dans tout ça c’est que même si on est dans du grotesque, même si il faut prendre ces images avec du recul… les voies de réflexions ouvertes sont presque infinies car derrière toute farce il y a une réalité bien réelle, et depuis que Chuck Palahniuk s’y est intéressé il y a 13 ans les choses ont continué dans la même direction… drôle, acide, cynique, le sous-texte derrière la révolution de pacotille n’est pas si con que ça.
Et les sujets traités sont vastes, la société Ikea (ou le règne de la conformité), la société de consommation dans sa globalité, l’importance du paraître, la manipulation, l’endoctrinement idéologique… et j’en passe. Mais c’est aussi un des plus grands films sur les dangers de la schizophrénie! En prenant le cas extrême de Tyler Durden, il nous parle à tous. Qui ne s’est pas rêvé un jour en playboy ultra-cool, érudit, philosophe et surtout complètement libre? L’idée du double fantasmé et de la catastrophe qu’il peut entraîner s’il prend le pas sur l’individu est excellente. Tout comme l’idée de faire tomber les fondations d’une société déshumanisée au profit de l’égoïsme matériel nous est montrée comme séduisante (et elle l’est profondément), le film ne nous la montre pas comme un idéal, puisqu’elle est elle-même pervertie par ses fondements extrémistes…
On retrouve tout le long ce paradoxe, le film en est un à lui tout seul, nous démontrant tout et son contraire… c’est ce qui le rend si intelligent car il ne nous donne aucune solution, même le chaos comme terreau pour un nouveau départ n’en est pas une…
Bref, sur le fond je ne vois vraiment pas ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’une ambition folle et le propos du roman de Palahniuk n’est jamais trahi, au contraire le film en est l’illustration parfaite. Plus qu’un film anarchiste, Fight Club est un film nihiliste qui va jusqu’au bout sans pourtant se prendre au sérieux (les groupes de soutien à la base salement glauques sont traités avec un cynisme à mourir de rire tout de même, il fallait oser!). Et le pire dans tout ça? Le film a réussi à marquer les consciences collectives dans ses détails… qui n’y pense pas en apercevant une brûlure de cigarette en haut à droite au cinéma? Ou pendant qu’on entend pour la énième fois les consignes de sécurité en avion? Ou encore en allant acheter son savon?…

C’est sa plus grande réussite, il nous parle de sujets qui nous concernent. En fait après réflexion, on peut très bien le voir comme une sorte de côté obscur d’Amélie Poulain, avec qui il partage ce goût prononcé des petits détails insignifiants mais qui caractérisent une personne.
Mais Fight Club ce n’est pas qu’un sujet passionnant et un scénario fantastique. C’est aussi et surtout (seulement pour certains) une démonstration technique tout bonnement hallucinante! Quand il est sorti, on n’avait jamais vu ça au cinéma, balancer sur presque 2h30 des figures de style issues du clip c’était une révolution. Car Fincher, que beaucoup ne considèrent que comme un habile faiseur de belles images, est un génie de la mise en scène tout simplement. Dans Fight Club ce sont 1000 nouvelles idées par plan quand même! Et j’abuse à peine…
Un générique qui a lancé une mode, une bande son extraordinaire, un côté tape à l’oeil carrément jouissif… Et on peut ajouter un casting démentiel. Brad Pitt parfait dans son rôle icônique (où l’acteur et le personnage souffrent du même paradoxe lié à leur image), Edward Norton qui confirmait après American History X un immense talent en devenir et bien sur Helena Bonham Carter, incroyable Marla Singer qui aura marqué à vie toute une génération… tous les ingrédients pour faire un grand film étaient réunis et le résultat est plus qu’à la hauteur.






[...] une marque de fabrique de tout thriller qui se veut à la fois cool et intello depuis un certain Fight Club qui s’ouvrait sur le héros avec un flingue dans la bouche. Citer le chef d’oeuvre [...]
[...] départ il y a cette mise en situation qui semble annoncer une sorte de Fight Club adolescent. Un jeune homme à l’allure de dandy, Enoch, s’incruste dans des [...]
@asimo : Merci c’est corrigé. Par contre à aucun moment je ne dis que c’est la seule lecture qu’on peut en faire
Je ne suis pas tout à fait d’accord sur la critique, la force de ce chef d’oeuvre étant bel et bien sa lecture multiple, il n’est pas nécessaire de le voir sous le filtre du grotesque pour l’apprécier.
Quoi qu’il en soit si je me suis décidé à commenter c’est pour « corriger les corriger fautes de fautes de frappe »(oui répétitions volontaires
) qui sont trop nombreuses à mon goût pour la critique d’un monument comme fight club:
Dans l’ordre:
- on en parlait en
- qui trouve se trouve
- vision(nage)s
- le règl(n)e de la conformité
- est séduisante nous est montrée comme séduisante
Bonne continuation
[...] n’est pas là. Bekmambetov a réussi le pari improbable de mixer Matrix et Spider-Man avec Fight Club en amenant des centaines d’idées de mise en scène toutes plus folles les unes que les [...]
Ca fait toujours plaiz de lire une critique de Fight Club !
C’est intéressant de voir les différents points de vue des critiques, côté presse il n’a pas été très apprécié mais la plupart de bloggeurs lui balancent 5 étoiles.
En tout cas ce film m’a bien ouvert les yeux, peut-être mon préféré.
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