Review
Il y a des années à Cannes où la Palme d’Or a vraiment de la gueule. C’était le cas en 2003, quand Gus Vans Sant l’a remportée face à Dogville de Lars Von Trier, the Brown Bunny de Vincent Gallo, Jellyfish de Kyoshi Kurosawa ou encore Mystic River de Clint Eastwood, soit une sélection de haute volée et assez burnée. C’était également la première fois que Van Sant se retrouvait en compétition officielle. Un titre énigmatique, un sujet délicat (le fantôme du massacre de Columbine), des images mystérieuses, Elephant n’est, malgré son prix de l’éducation nationale qui est sensé le destiner à un jeune public dans un but pédagogique, pas un film accessible, loin de là. Elephant est un film complexe, une oeuvre d’art sous forme de diamant noir du cinéma. Derrière le sujet grave il y a un film-concept qui s’inscrit dans la continuité formelle de Gerry et qui annonce Last Days, sa trilogie de l’errance, mais il y a aussi une forme de remake. Car après avoir refait Psychose d’Alfred Hitchcock presque à l’identique, dans un exercice de style mal aimé mais passionnant, il reprend cette fois l’idée générale d’un téléfilm coup de poing d’Alan Clarke au titre éponyme diffusé en 1989 sur la BBC. Moyen métrage expérimental, Elephant montrait 18 assassinats filmés suivant le tueur de dos, à Belfast. Sans effets, sans fard, Gus Van Sant reprend l’idée pour livrer un requiem, une illustration de la barbarie ordinaire qui échappe à toute rationalisation. Il signe un film qui ressemble à un poème et qui nous met une des plus grosses claques cinématographiques de la décennie passée.
Si vous cherchez à savoir pourquoi ces jeunes ont tout d’un coup pris les armes et ont commencé à tirer sur tout ce qui bougeait dans leur lycée, passez votre chemin, ou regardez le documentaire de Michael Moore Bowling for Columbine, qui est sans doute son meilleur film et qui cherche à tout prix à trouver des raisons concrètes à un tel drame. Gus Van Sant n’est pas intéressé par le pourquoi mais plutôt par le comment. Jamais il ne cherche à trouver une explication, il se contente de suivre les tueurs et leurs victimes dans une oeuvre qui dépasse largement le statut de film pour atteindre celui d’étude anthropologique à tendance poétique et symbolique. C’est sa grande force, mais également son aspect le plus obscur, celui qui nécessite de le voir et le revoir, encore et encore, car Elephant est bourré de symboles jusqu’à l’overdose. Entre l’utilisation des couleurs, des figures animalières, des plans séquences, des cadres ultra travaillés, des illustrations religieuses, il y a matière à écrire une thèse simplement sur cette symbolique. Le chef d’oeuvre de Gus Van Sant présente une densité thématique tout simplement inépuisable et les possibilités d’études et réflexions sont quasi infinies.
Mais il y a quelque chose au delà de l’analyse qui deviendrait vite ennuyeuse, il y a un objet cinématographique fascinant qui parvient à créer un malaise et une tension insupportable alors qu’on connait la conclusion avant même d’apercevoir la première image. En suivant tous ces personnages le plus souvent de dos comme s’ils étaient tous déjà morts, en s’attardant en de rares occasions sur ces petits détails qui font les immenses drames, Gus Van Sant pousse son concept vers des sommets rarement atteints. Il fait se conjuguer les éléments avec ses personnages, remanie l’espace et le temps avec une maitrise à rendre jaloux la plupart de ses contemporains, pour en arriver à une oeuvre complète et sans concessions, qui terrasse le public uniquement par sa simplicité apparente et son refus de l’émotion facile. Pourtant de l’émotion il y en a, le spectateur s’en prend une belle décharge sauf qu’on ne peux pas la voir venir, elle nous cueille par surprise, froidement, comme une lame dans le dos. On pourrait très bien réduire Elephant à l’illustration du malaise d’une certaine jeunesse, il en est question, mais ce serait tellement réducteur. C’est une tranche de vie à la veille de la mort que nous montre Gus Van Sant, quelques portraits éphémères d’adolescents perdus dans un labyrinthe social qui va exploser dans une fureur soudaine. C’est une claque monumentale.
Sur le plan formel, Gus Van Sant livre peut-être son meilleur travail, trouvant le dosage parfait entre expérimentations et mise en scène plus « classique ». On est toutefois devant un vrai cinéma d’auteur dans lequel aucun plan n’est laissé au hasard, où la moindre image est lourde de sens, où chaque recoin du cadre recèle une information capitale sur les intentions du réalisateur. Pour faire simple, Elephant est une succession de plans séquences virtuoses, la plupart du temps aux trajectoires hésitantes mais presque rectilignes sauf quand ce sont les tueurs qui sont dans le cadre et hors du vase clos que constitue le lycée. Ce sont d’ailleurs les seuls personnages qu’on voit dans un autre environnement, à leur domicile. Gus Van Sant cherche, avec succès, à créer une bulle spatio-temporelle. Il enferme ses personnages dans une boucle s’ouvrant et se fermant sur une image du ciel, d’un plan à l’autre le monde a changé, et on a vécu le changement sous tous les angles possibles, revivant plusieurs évènements à priori anodins, ceux qui font la vie et la jeunesse insouciante.
Gus Van Sant a choisi intelligemment de ne s’entourer que d’acteurs non professionnels, renforçant ainsi l’anonymat général qui parcourt son oeuvre. En effet si on sait inconsciemment où se passe le film, jamais aucun lieu précis n’est mentionné. Ces acteurs alors amateurs (certains sont aujourd’hui des professionnels) apportent une touche de réalisme qui crée immédiatement l’empathie sans qu’on ne remette jamais en cause la crédibilité du projet et des évènements se déroulant à l’écran. Michelle qui regarde le ciel, John qui conduit son père, Elias qui capte un instantané de vie dans son appareil photo, Alex qui prend son ultime douche avec son camarade de massacre, tous sont traités sur un pied d’égalité. Et ce même si John semble pendant un temps être l’attraction principale (Van Sant joue avec nous pour nous faire croire qu’il est le tueur), comme un tableau peint à un instant T, tous ne sont que des pions de l’étrange jeu du destin. Leur grande qualité à tous ces acteurs est de participer au malaise général par leurs regards si passionnés et innocents, c’est troublant.
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[...] ce rôle. Éblouissante de noirceur, elle embrasse le drame qui se voudrait variation d’Elephant sans jamais lui arriver à la cheville. En bref…Poseur, racoleur, lourdingue, We Need to Talk [...]
Quoi dire … un immense MERCI
[...] drame. Pour faire simple on est par exemple très loin du traitement apporté par Gus Van Sant sur Elephant, avec un sujet relativement proche finalement. Il y a quelque chose de gênant dans des Filles en [...]
Je vais sûrement me faire détester d’une bonne partie des gens qui liront cet avis perso, mais j’ai trouvé ce film assez mauvais. Il m’a laissé de marbre tout le temps, voire parfois même particulièrement agacé par les facilités dont fait preuve Van Sant. Que de clichés dans la mise en scène, le montage, les dialogues… Quant à la transition pseudo-contemplative avec Beethoven et les nuages, ça frôle l’amateurisme digne d’un étudiant d’Arts du Spectacle.
Non résolument, ce film m’a profondément ennuyé, comme la majorité des films de Van Sant des années 2000. C’est lent, banal, répétitif, superflu et au final assez énervant.
Je sais tout le monde va me tomber dessus, mais sincérement, ce film je n’ ai presque rien ressenti en le voyant, bien trop explicatif pour moi (brimade, douche-mais quel intêret pour cette scène???, les jeux vidéo….). Soit il explique, soit il explique pas, là il tente de faire les deux.
J’ ai pas détesté non plus, mais bof, il doit pas être fais pour moi…..
Sinon le pamphlet de Moore que j’ ai apprécié à l’ époque me file la gerbe maintenant, tant il a remonté son film pour faire dire à ses inteviewés se qu’ il voulait. C’ est gerbant.
[...] à travers les wagons d’un train qui ferait presque pleurer de honte le Gus Van Sant d’Elephant, un braquage d’anthologie qui nous dévoile le trio d’acteurs… franchement des [...]
C’est surtout grâce à Patrice Chéreau que l’on a pu découvrir ce film qui aurait eu du mal à être diffusé en salle ou qui aurait eu bcp bcp moins d’impact. Prix de la mise en scène ET Palme d’Or, contrairement à la loi en vigueur au festival de cannes, faut le faire. Il faut surtout découvrir de Van Sant « Gerry », inspiré grandement des oeuvres de Bela Tarr tout comme Elephant et Last Days. Outres une photographie appliquée, soigneuse et juvénile, la réussite d’Elephant tient aussi dans sa bande sonore particulièrement soignée où se mélange bruit de couloir, brides de conversations, sons d’espace et de ressentis. Un grand film, on est d’accord !
Enfin la critique de filmosphère sur ce chef d’œuvre moderne d’une force dévastatrice à chaque projection.
Par contre là où tout le monde se prête à dire que van sant ne donne pas son idée du pourquoi, je ne suis pas d’accord. A force de l’avoir revu, beaucoup de détail sont loin d’être anodin : les brimades, la scène de la douche, la cantine. Et puis surtout dans la bibliothèque quand Elias déclenche l’appareil photo juste avant le tir. De plus van sant imisse des thèmes qui lui sont propres : l’homosexualité, la photographie, l’adolescence, la mort. Mais tout se que je dis et bien sur contredisable, c’est mon avis^^.
En tout cas un pur chef d’œuvre. Et encore une fois, super agréable à te lire.