Review
Ce qu’on aime particulièrement dans le cinéma de genre britannique, c’est son côté jusqu’au-boutiste et souvent original, et ce peu importe l’importance du budget, tant qu’il y a la passion et la générosité. Donkey Punch, qui doit son titre à une pratique sexuelle du même nom qui tient plus de la légende urbaine américaine que d’autre chose1, semblait tout posséder pour s’inscrire dans cette nouvelle vague anglaise si souvent passionnante. Avec un sujet pareil on pouvait s’attendre à quelque chose de très sexy, violent, subversif et très malsain. Pour l’aspect sexy on y a bien droit, pour le reste on est très loin du compte. Ce premier film au format long d’Oliver Blackburn, scénariste plus qu’émérite de l’extraordinaire et infernal Vinyan, ne décolle jamais vraiment, ne propose pas de concept extrêmement original et se pose finalement comme une sorte de mélange bâtard entre le teen movie façon American Pie et le thriller en mode Very Bad Things, mais sans l’humour gras du premier ou noir du second. À l’arrivée on se retrouve face à un film de genre parfois efficace mais souvent maladroit en particulier pour mettre en place un minimum de tension dramatique. Pas vraiment mauvais mais pas aussi bon qu’on l’espérait, plus un coup dans l’eau qu’un coup du lapin (ou de l’âne donc).
Quoi de mieux pour trois jeunes anglaises qu’une escapade à Majorque pour oublier, dans la fête, l’alcool et la baise, un chagrin d’amour? C’est le point de départ de ce Donkey Punch qui prend son temps pour nous présenter tout son petit monde, les sept personnages principaux. Une longue exposition qui frôlerait presque l’ennui s’il n’y avait pas ces images toujours très léchées façon clip de Fashion TV, ces jolies filles pas farouches et une bande son dopée à la bonne pop anglaise (the Knife, Block Party…). Il faut une bonne demi-heure à Oliver Blackburn pour mettre en place tous ses éléments avant que le film n’entre vraiment dans les choses sérieuses. Et ce même si sérieuses est un bien grand mot pour définir ce qui se passe. Après de grosses doses d’alcool et de drogues en tous genres c’est l’orgie attendue et le drame tant attendu du fameux donkey punch qui dérape. Dès lors le film change de direction et lâche définitivement le teen movie alcoolisé pour suivre sa veine de thriller déjà vue des milliers de fois: une mort « accidentelle », que faire du corps? Comment s’en sortir? Et tous les problèmes moraux liés au groupe qui en découlent.
Rien de bien passionnant ou de transcendant, on a la vague impression d’avoir déjà vu ce film mais en mieux. La seule différence tient du décor unique qui se trouve être un joli petit yacht. Entre thriller et rape & revenge bien gentillet comparé à la Dernière Maison sur la Gauche par exemple, Donkey Punch peine à trouver son identité et son rythme. Il lui manque vraiment quelque chose car on n’a ni une bonne dose d’humour noir qui rendrait la chose dérangeante ni une véritable sauvagerie qui la rendrait impressionnante. Alors certes le budget est limité mais un manque de moyen peut se transcender par de grandes idées. Ici la pratique sexuelle en question, le donkey punch, n’est qu’un vulgaire jalon dans le récit et sonne comme un simple argument commercial, les quelques meurtres à la fusée éclairante, au couteau ou à l’hélice de moteur sont assez vite expédiés et il leur manque vraiment une puissance graphique qui les rendrait impressionnants. L’affiche du film revendique un choc, on en est très loin.
Visuellement c’est plutôt réussi, les images sont léchées mais sans tomber dans du bling bling de mauvais goût. Oliver Blackburn adapte sa mise en scène intelligemment selon les situations et on passe d’un style clipesque à du thriller tendu en un clin d’oeil, sans oublier la séquence de sexe qui semble tout droit sortie d’un porno soft, que ce soit par la situation elle même ou les cadrages. Le soucis est qu’en privilégiant la belle image le réalisateur passe à côté de son film, on ne ressent ni véritable tension ni, et c’est bien pire, proximité avec les personnages victimes. De ce fait on n’y croit jamais vraiment et on se fout royalement de leur destin, aussi tragique et gore soit-il. On espère en vain un véritable déchainement de colère et de violence qui ne viendra jamais, le final tombant à plat au terme d’une ultime scène légèrement grotesque et tirée par les cheveux. C’est bien dommage car avec l’idée de faire un film autour d’un mythe sexuel malsain est excellente, mais le développement ici l’oublie complètement au profit d’un ton ultra convenu et donc très loin de choquer ou même de mettre mal à l’aise un instant.
Côté acteurs, les jeunes s’en sortent tous plutôt bien, même s’ils héritent chacun de rôles extrêmement codifiés et dont l’évolution ne surprend jamais. le gentil n’a pas d’autre choix que d’être un peu méchant, la timide devient une warrior, la salope reste une salope, le salopard reste un salopard manipulateur, bref rien de nouveau sous le soleil. Cela dit il convient de souligner que le réalisateur réussit véritablement quelque chose en terme de gestion d’un espace pas évident à filmer, à savoir un intérieur de bateau toujours très limité. Sur ce point c’est excellent, pour le reste on a de quoi être déçu.
- Le donkey punch est un terme argotique désignant une pratique sexuelle potentiellement létale qui consisterait, lors d’une pénétration anale, à frapper l’arrière de la tête du partenaire pour provoquer chez elle ou chez lui une contraction de l’anus, ce qui aurait pour effet d’augmenter le plaisir de la pénétration pour les partenaires. [↩]








