Review

Après avoir reçu les faveurs du public pour son Love Battlefield poignant et son Dog Bite Dog bien énervé, Soi Cheang revient avec un film dans lequel on pouvait placer beaucoup d’espoir. En effet en adaptant le manga Shamo d’Izo Hashimoto, œuvre violente et sexuelle sans morale, on en attendait beaucoup tant le précédent film du réalisateur nous laissait apercevoir un certain penchant pour l’ultra violence. Déception avant même d’avoir vu le film, il n’est classé à Hong Kong qu’en catégorie IIB, gros budget avec des fonds japonais oblige, et à priori expurgé de la noirceur originale du manga. Et à la vision du film, c’est confirmé, on est loin de la claque Dog Bite Dog, très très loin même! Déception oui, mauvais film surement pas.

Ce n’est pas tant que le film soit mauvais en effet, il y a beaucoup de bonnes choses. Mais si on est fan du manga il y a de quoi crier au scandale. L’adaptation est complètement râtée, la violence est édulcorée et l’aspect malsain du manga vis à vis du sexe (Ryo viole pour se calmer) a disparu. Que reste-t’il alors? Le personnage de Ryo Narushima, interprété par un grand Shawn Yue, magnifique même tant il s’éloigne de son image de beau gosse dans un rôle de fou furieux, dévasté par la prison et pour qui le karaté est devenu la seule raison d’exister. Un être plutôt abject qui, s’il a réels dons pour le combat, n’éprouve aucun remords à tricher lamentablement et de façon très cruelle s’il est en difficulté. Il manque tellement de repères que son côté animal prend souvent le dessus, et lui permet de vaincre des adversaires physiquement au dessus de lui, simplement par la haine et l’énergie animale qui l’animent.

S’il suit un schéma à priori classique du film de voyou devenant champion (meurtre, prison, entrainement, gloire… ou presque) Coq de Combat se démarque par une absence de morale et un manque de respect flagrant à l’univers des arts martiaux. En effet, celui qui devient le « maitre » de Ryo, Kurokawa, joué par un Francis Ng qui en fait des tonnes dans la coolitude, fume le cigare, vide les bouteilles de whisky à toute vitesse et préconise l’utilisation de stéroïdes! On est bien loin des enseignements habituels… Les personnages sont à peu près tous des raclures ou des êtres tellement broyés par la vie qu’ils semblent avoir perdu leur âme. Ca reste quand même très sombre!

Outre la perte d’humanité, il y a un autre theme qui rejoint Dog Bite Dog, mais moins évident. Il s’agit du choc des cultures. Dans le film précédent on le voyait à l’écran avec un tueur cambodgien qui vient perturber Hong Kong comme jamais, ici c’est tout le film qui est contaminé par ce mélange : Japon, Hong Kong et Thaïlande. S’il est censé se passer au Japon, on n’en reconnait pas grand chose niveau architectural ou culturel, les acteurs également viennent de tous horizons, production asiatique et non pas seulement HK oblige. Au passage c’est un peu dommage d’avoir doublé en cantonais les acteurs japonais… ça perd un peu de charme.

Personnages torturés, violence omniprésente, Coq de Combat rejoint sur de nombreux points le film précédent de Soi Cheang. On le voit aussi sur beaucoup de scènes qui reprennent des couleurs très jaunes et glauques. Toujours réalisé avec une grande classe, Coq de Combat nous emmène dans un voyage auquel on ne s’attendait pas, c’est sans doute pour cela qu’on est déçu au premier abord (sans reparler de l’adaptation ratée), mais le film mérite qu’on lui laisse une chance. Moins définitif que Dog Bite Dog, il contient pourtant un message plus profond absent de ce dernier. A voir au second degré donc, en faisant fi du pseudo twist final, vite désamorcé par un dernier coup bien vicelard!



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.