Review
Comment se relever après une trilogie aussi terrassante que Pusher? Le réalisateur danois a trouvé la réponse parfaite avec ce biopic sur le prisonnier le plus dangereux d’Angleterre, Michael Petersen aka Charlie Bronson. Biopic qui n’en est pas vraiment un en fait… Bronson c’est un peu l’inverse de ce qu’on pouvait attendre de ce genre de film, une surprise totale pour un film carrément expérimental et conceptuel. Là où d’autres réalisateurs plus ou moins bien intentionnés auraient versé dans l’ultra violence à outrance avec un propos qui s’y prêtait vraiment, ce virtuose de NWR nous sort un portrait comme on n’en a jamais vu… ou presque car il invoque tout de même une sacrée référence, Orange Mécanique de Stanley « Dieu » Kubrick.

On sait que le réalisateur vénère Kubrick, sur son premier essai hors Danemark, Inside Job, il avait fait appel au chef op de Eyes Wide Shut et Barry Lindon… pour un film sous influence évidente. Ici il profite de ce faux biopic d’un vrai grand malade pour livrer sa version sous acide du chef d’oeuvre violent avec Malcom MacDowell. Scènes de violence inouïe parsemées par ci par là, musique classique omniprésente et en décalage total… on est devant un film bizarre. Bizarre car pendant 1h30 on ne voit quasiment qu’un seul personnage à l’écran, Charlie Bronson, sur une scène de one man show, en train de nous présenter le spectacle de sa vie qu’il souhaitait si importante. Seulement voilà, NWR aime les loosers, les pauvres types qui aspirent à la gloire alors qu’ils ne sont que des minables… même s’il s’agit d’un film de commande pour financer le sans doute génial Valhalla Rising, il apporte tout le soin possible à un sujet qui semble le passionner et qui lui correspond à 100%.
Bronson n’a rien du biopic flamboyant à l’américaine ou ennuyeux à la française… la construction de ce récit déstabilise immédiatement. En effet, on assiste à une succession de scénettes qui s’entrecoupent avec ce one man show fantasmé, où Charlie Bronson s’adresse au public et parfois même au spectateur. Le seul truc que ce mec-là voulait faire au départ était être célèbre, mais comme c’était un abruti, il voulait surtout être célèbre en prison, son hôtel personnel en fait… le seul endroit où il pouvait inspirer le respect et l’admiration. Mais son cheminement ne s’arrête pas là. Il a beau être simple d’esprit, il va évoluer d’une façon vraiment étonnante, se transformant peu à peu en artiste extrême en même tant qu’en oeuvre d’art grotesque modelant son corps.
Donc en gros on a Bronson à l’école, Bronson chez ses parents, Bronson en prison, Bronson à l’asile, Bronson dans des fights clandestins, Bronson amoureux puis re-Bronson en prison pour arriver à un long final surprenant… Autant dire que NWR s’affranchit de toute convention narrative et le résultat peut laisser songeur. Car sans réelle trame habituelle, on se retrouve à la fin avec la drôle d’impression d’avoir suivi 1h30 de vide. Alors que ce n’est pas le cas, mais du tout! Car avec cette sorte d’icône du mal incarné, Bronson brasse pas mal de choses importantes, dont l’histoire anglaise récente, et une étude de personnage passionnante si on prend le temps de passer outre cette construction étrange. Bronson, un film exigeant? C’est une surprise, oui!

Avec un propos extrêmement ambigü, entre glorification d’une ordure et vision tragique d’un looser qui se croit grand (c’était déjà le cas dans la trilogie Pusher), NWR livre un film un peu hors du temps, qui aurait très bien eu sa place dans le cinoche trash des années 70… A la fois très référencé mais carrément original dans son traitement bicéphale (première partie dans l’esprit de Bronson, deuxième vu de l’extérieur), ce film a tout d’une belle claque dans la gueule pour peu qu’on fasse l’effort de le voir de la bonne façon… ainsi se dévoile une puissance incroyable dans ces vingt dernières minutes portées sur l’art, quand Bronson tente de recréer en live le tableau le Fils de l’Homme, de Magritte… aussi pathétique que génial, et aussi inspiré par une volonté artistique que par celle de retourner une fois de plus à la case départ : se faire tabasser, tabasser, et retourner en cellule…
NWR nous sort donc un film vraiment déroutant, qui peut très bien laisser de marbre comme il peut passionner, car derrière l’aspect copie d’Orange Mécanique, il y a pas mal de choses à y voir. Sur le plan esthétique, c’est assez incroyable. Le réalisateur construit des images complexes, joue avec toutes les couleurs possibles, enchaîne les effets de montage… c’est vraiment à la limite de l’expérience et d’une beauté plastique à couper le souffle. Et puis il y a Tom Hardy… impressionnant, théatral, imprévisible, il porte le film tout seul dans une performance digne des plus grands acteurs. Vraiment il est bluffant dans ce rôle complètement schyzo! Bronson c’est donc un film assez difficile à conseiller car difficile à appréhender. A la fin il laisse une impression étrange d’avoir assisté à un non-film radical et quasi-hypnotique, puis se révèle d’une richesse étonnante derrière une mise en scène juste virtuose.







3 ans après le film est toujours excellent je trouve. C’est pas du grand effet spéciaux mais moi j’aime !
[...] tout en révolutionnant complètement leur univers à chaque film. Entre la trilogie Pusher, Bronson et Le Guerrier silencieux, l’exemple est flagrant mais pourtant il ne fait aucun doute sur [...]
[...] de Scorsese, à laquelle s’en est ajoutée une autre non moins difficile à masquer, celle de Bronson de Nicolas Winding Refn. Concrètement le risque de tomber dans la pâle copie sans âme comme ce [...]
Le film est bien mais je le pensais plus violent, mais bon il est bien barge
[...] qui nous ont déjà tous bluffé dans au moins un film avant Inception (Hardy dans Bronson, Gordon-Levitt dans Mysterious Skin, Watanabe dans Lettres d’iwo Jima, Murphy dans Sunshine [...]
[...] le réalisateur annonce doucement ses délires visuels qu’il poussera très loin sur Bronson ou le Guerrier Silencieux. Il imprime à son film un rythme nerveux et sec, nous plonge dans cet [...]
[...] surprise là où on ne l’attendait vraiment pas. Et si jusque là, que ce soit avec Pusher ou Bronson, il a enchainé les excellents films, il passe à la vitesse supérieure avec Valhalla Rising qui [...]
@Dasola: Bonjour
C’est clair qu’on est dans du cinéma tout sauf conventionnel ici, et c’est ce qui fait toute la puissance de Bronson. J’ai très très hâte de voir le film suivant de ce réalisateur décidément hors du commun!
Bonjour Niko, je pourrais dire que pour des spectateurs qui veulent voir un film qui sort des sentiers battus, je conseille chaudement Bronson. C’est une vrai réussite. Par moment, on dirait qu’on est sur une scène de théâtre. Tom Hardy (acteur que je ne connaissais pas) est sensationnel. Bonne après-midi.
@nelsHD: Ça tombe bien il vient de sortir!
Tu m’as donné envie de voir ce film en Blu-Ray dis moi
Merci !
Je passe rapidement te faire le coucou entre deux séances de douleurs post-opératoires pour te dire que ma critique de Bronson sera bientôt publiée…Très bon film mais qui manque parfois de liens!!