Review

Attention OFNI! (Objet Filmique Non Identifié pour le 2 du fond qui ne suivent pas) Battlefield Baseball est typiquement le genre de film qu’on ne verra jamais produit chez nous, heureusement ou malheureusement c’est selon les affinités de chacun. Adaptation fidèle du manga éponyme de Gatarô Man, irrévérencieux et déjanté, le film ne laisse finalement que peu de place au baseball, LE sport national japonais (oui, ça surprend) pour se concentrer sur une accumulation souvent bancale de comédie à tendance Z et d’action, dans le plus pur esprit manga, à savoir du grand n’importe quoi qu’il vaut mieux éviter si on n’accroche pas. Car l’humour est très bête, parfois inaccessible dans ses clins d’œil (il parait qu’il y a un caméo d’un mangaka…), mais que voulez-vous… voir un bad boy super looké faire son lancer spécial en hurlant « Super Tornado » dans ce qui ressemble parfois à un mélange d’Olive et Tom et Saint Seya, ça fera toujours rire…

En gros le pitch est des plus simple, le lycée Seido compte bien remporter le tournoi de baseball et aller au légendaire stade Koshien sauf que face à eux se dresse le terrible lycée Gedo, avec son équipe de zombies cannibales, la solution c’est Jubei et son super tornado… Ne surtout pas essayer toute comparaison avec Shaolin Soccer, on se situe à mille lieux de la bombe de Stephen Chow. Là on est dans du pur délire, un manga-live très con et très cheap, mais qui transcende ses limites de budget par une profusion d’idées carrément dingues, au risque de laisser sur le carreau le spectateur lambda psychologiquement non préparé à ce joyeux bordel qui part souvent dans tous les sens, pas toujours maîtrisé mais tellement généreux.

Du coup les promesses d’action ne sont pas vraiment tenues, on n’a droit qu’au résultat des affrontements qu’on imagine dantesques… on voit donc des jeunes transpercés de battes de baseball, la tête sur un piquet, scotchés au tableau d’affichage des scores… mais on ne voit pas comment ça leur arrive, c’est dommage. Reste quand même quelques fights dont un duel final plutôt sympathique entre Jubei et l’entraîneur zombie. L’intérêt se situe ailleurs, clairement, et c’est du côté de l’humour. Car Battlefield Baseball est une accumulation de gags! Bien sur tous ne sont pas drôles mais quand même, c’est souvent tordant. Le running gag de Bancho qui change d’apparence à chaque résurrection, le mécha-Gorilla, l’entraîneur qui commente les bastons comme des matchs, les pom-pom girls et la mère du bigleux qui sort son marteau immense digne de City Hunter… c’est très « manga » dans l’esprit donc absurde et assez sélectif comme humour. On peut trouver ça très très nul.

Dans le rôle titre de Jubei on retrouve sans surprise Tak Sakaguchi, révélé à l’époque par Versus de Ryuhei Kitamura qui officie d’ailleurs ici en tant que producteur. Si l’acteur ne montre pas vraiment ici ses (grandes) qualités martiales il fait preuve d’une belle auto-dérision. Mais il est clair que ce film ne vaut pas non plus pour son jeu d’acteurs, qui en font tous des tonnes dans le cabotinage et passent leur temps à hurler! Le summum se situant du côtés des étudiants zombies du lycée Gedo, qui nous rappellent par leurs maquillages verts la bonne époque de tonton Romero sans parler de cette marionnette qu’ils agitent en permanence (dans le genre WTF on atteint des sommets là).

Ultra cheap c’est bien l’adjectif qui convient le mieux pour ce film, le premier de Yûdai Yamaguchi qui avait jusque là bossé comme scénariste chez Kitamura. Il a ensuite confirmé cet esprit complètement bis en adaptant avec brio le Bahut des Tordus, autre délire manga… Pour sa mise en scène il fait ce qu’il peut avec son budget, trouve des artifices pour cacher la misère et s’en sort vraiment bien en imprimant un ton résolument décalé, référentiel (l’inévitable clin d’oeil à Evil Dead), n’hésite pas à transformer les flashbacks de l’enfance du héros en morceaux de comédie musicale, vient poser des twists de narration d’un autre monde, et use d’un humour souvent absurde mais parfois carrément noir (pourquoi Jubei a arrêté le baseball? La réponse est assez glauque quand même).

Le résultat n’est pas un grand film bien entendu, et il faut faire preuve d’une certaine ouverture d’esprit pour l’apprécier (une constante avec les délires nippons) mais c’est fun, divertissant, barge, carrément bis, où ça se bastonne à la batte (Mr Castle appréciera) et très prometteur comme premier film.



About the Author

Nicolas Gilli
A crée Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro et Tsui Hark.